The Strokes - The New Abnormal

Chronique CD album (45:07)

chronique The Strokes - The New Abnormal

On sait très bien que la pop music, et la musique au sens large n’ont jamais eu vocation à renverser les consciences ou à jouer leurs partitions – du moins très relativement - dans l’émancipation sociale et culturelle de nous autres. Aussi, la pop s’est souvent montrée ostensiblement frivole, consensuelle et insensible aux mouvements de l’Histoire. Et après tout où est le mal à ça ? Sa force réside souvent dans cet écueil. Alors pourquoi dénigrer un genre « aussi futile », et vouloir dissocier « nos périodes » Pops fleurs bleues inoffensives, Rocks Status Quo à papa, Punks-Rebel en mousse, ou encore Metals puriste au premier degré etc., Nos existences, nos gouts et nos histoires se comprennent et se racontent toujours dans leur entièreté, même si parfois vertigineuses… Ferme-la Sigmund!! ou ta stache ne survivra pas à cette chronique...

Pourquoi donc ne pas assumer toutes ces distorsions et asymétries en matière de goûts musicaux ?! Quand bien même certains, notamment "l’inconséquente et aliénante Pop » , ne font pas socialement très sérieux ni très déconstruits. Après tout ce n’est que d’la musique, alors merde !! Voilà en somme ce que m’inspire l’électro popisant et très bon public album de The Strokes, The New Abnormal.

 

De manière générale The New Abnormal se rapproche beaucoup plus de ce que peut faire Julian Casablancas avec son Side Project The Voidz. Oubliez donc le rock fiévreux et exalté de l’antique album (et oui déjà 14 ans…) First Impression Of Earth. The Strokes se tourne désormais vers des sonorités bien plus électro/synthétiques, et ce à contre-courant de ce qui se fait et marche plein « tubes » de nos jours Aha ! La belle affaire !!! The Strokes a toujours été un groupe Trendy, et ce même à l’époque de son Rock classieux donc à la rigueur on n’a que faire de son obsession pour les tendances.

Pour celles et ceux toujours en proie au déni après l’écoute succincte de la machinale intro du titre inaugural de The New Abnormal, « The Adult Are Talking », la troisième piste « Brooklyn Bridge To Chorus » devrait confirmer ou lever vos inquiétudes quant à l’orientation électro prise par le combo new-yorkais. Fini le temps exclusif des riffs de guitares, il va falloir composer avec la modernité ambiante. Alors heureuse ou malheureuse la tendance ?

 

Absolument pas originale mais super efficace et totalement décomplexée, j’en veux pour preuve le kitschissime titre « Brooklyn Bridge To Chorus », The Strokes va donc piocher de-ci de-là dans les influences rétro 80’, qu’elles s’incarnent au travers de la Synthwave la plus hypée ou encore du Post-Punk New-Yorkais. On retrouve donc toute la matérialité d’antan, beaucoup de synthés, quelques percus digitalisées, des parties d’orgue, du Chorus sur certaines parties grattes etc.

Le travail à la voix de Julian est bluffant de justesse, tant dans l’émotivité, dans sa technique que dans un placement toujours aussi précis et intuitif. Son chant désabusé et sa nonchalance sensible servent à la perfection la tonalité générale de l’Album. Un chant qui se déploie pleinement à partir d’ « At The Door » et la deuxième partie de l’album et son point d’orgue suave et mélancolique qu’est « Ode To The Mets ». Enfin, le mixage laisse très souvent à la voix de Julian une place de premier plan, et nous délecte au passage du timbre chaleureux et à la fois enlevé de ce chanteur hors pair.

Les guitares, bien que plus discrètes sur cet LP, trouvent toujours le moyen de se faufiler entre les lignes, au détour par exemple de quelques cocottes, et pour parfois renouer avec tout le clinquant et toute la verve d’antan « Bad Decisions », « Why Are Sundays So Depressing ». On pourra aussi s’émouvoir sur les rachitiques mais subtils et précieux solos de « Why Are Sundays So Depressing », « Selfless ». Des solos épurés et dépouillés au possible, agrémentés de Slides discrets et de vibrants Bends.

 

De la douceur, de la frivolité et une mélancolie douce-amère, voilà les seules motivations et paresseuses ambitions musicales qui figurent sur le dernier album électro-pop des Strokes. Laissons tomber cette habitude à vouloir réduire la musique à des considérations snobs et identitaires, c’est valable pour les Strokes et tant d’autres ; car toujours la "bonne Pop", dans son sens le plus inclusif et populaire du terme fait du bien. Elle nous réenchante par ses mélodies accrocheuses et candides, fédère et réconcilie les plus cuistres d’entre nous, sur des dance-floors récréatifs où seul le lâcher prise et la douce ivresse du moment sont à même de nous rassembler.

 

Plus que jamais « easy listening », l’album électro-pop des Strokes, avec ses boucles mélodiques entêtantes peut prétendre, et c'est avec la sens dialectique d'un enfant imaginaire de 64 ans que l'annonce tombe : au statut d’album Electro-Pop mainstream-confidentiel de l’année 2020. Platon, The Strokes et Peter Pan, c'est quoi cette chronique? un grand écart à l'Américaine? T'inquiète! à moitié réalisé mais l'show assuré Aha!

 

La pop music fonctionne et nous émeut souvent parce qu’elle n’est jamais que le souvenir tendre de nos illusions perdues, au final comme beaucoup de choses dans nos vies... et ce n'est jamais une fin en soi... 

The Strokes et The New Abnormal c’est beaucoup de nostalgie, un retour à la simplicité, à la candeur, à un état presque enfantin ; une régression heureuse qu’illustre sauvagement l’artwork de l’album. Quoi de mal donc à vouloir reconquérir cette insouciance. Des libertés lointaines et un réenchantement que la pop ravive, et qui résonnent toujours aussi bien dans nos oreilles d’adultes, trop sérieusement désabusées. Des Bad kids nous resterons, avec pour seul plaisir celui de questionner la liberté de nos bons vieux tenants de l’autorité… Musicale et tant d’autres.... The kids Are Talking !!! So Fuck !!! And Yeah Yeah Yeaaahhhhh !!!

 

Merci M.C pour ton oeil toujours avisé et tant de réenchantements...

photo de Freaks
le 15/04/2020

2 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 12/09/2020 à 11:53:40

5 mois après, je l'écoute toujours, et franchement c'est une excellente réussite ce disque.

Freaks

Freaks le 14/09/2020 à 15:49:08

Je passe mon temps aussi à le réecouter ;) Et toujours avec le même plaisir...

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