Totorro - All Glory To John Baltor

Chronique CD album (41:31)

chronique Totorro - All Glory To John Baltor

Totorro, que cela soit pour Come to Mexico (2016 chez Recreation Center) ou Home Alone (2014, toujours chez Recreation Center) c'est du post-rock poppy ensoleillé, dynamisant et plein de vitalité. On y découvre beaucoup de qualité et d'innombrables richesses musicales certes, mais ce n'est pas ces deux albums qui nous intéressent ici. All Glory to John Baltor (2011 chez Tokyo Jupiter Records), leur premier EP, est autant bourré de qualité que ses successeurs et se différencie seulement par le fait qu'on navigue en plein coeur d'un post-métal complètement ravageur et très bien maitrisé.

Analyse.

 

S'il ne fallait qu'un terme pour qualifier cet EP, je suis choisirais celui d'organique, et ce pour différentes raisons assez différentes l'une de l'autre. La première étant pour la structure des morceaux remarquablement écrits. Dès les premières coup de caisse claire sur 'John Baltor', la dynamique est lancée sans que jamais elle ne s'arrête. Huit minutes, durant lesquelles l'intensité et la puissance prennent de l'ampleur sans que jamais l'on ne s'en aperçoive, à l'exception des dernières secondes, lorsque tout s'étiole. Subitement lâché en pleine montée, on prend conscience de l'altitude à laquelle on se trouve. Et on est haut. Très haut perché dans la stratosphère « post-rock ». Aucune latence n'est à déplorer, aucun faux pas n'est venu troubler ce trip. C'est ici organique dans le sens de l'épanouissement. C'est structuré et sensiblement délicat comme les nervures d'une feuille qui s'épanouit, justement. On retrouvera cette même structure sur 'Lavate Los Manos' et 'The Stamped'.

A cela prêt qu'on y rajoute toute la rage d'un chant profond et posé (non pas dans le sens « chill » mais bien ancré, massif).

La deuxième raison qui m'a poussé à choisir ce terme d'organique est le fourmillement quasi constant des guitares. En d'autre terme leurs indépendances réciproques qui pourtant résonnent en parfaite concordance. C'est particulièrement vrai sur 'Lavate Los Manos' et 'The Yellow One'. Voire même sur certaines partie de l'excellent 'The Stamped', dont l'écriture est une fois de plus remarquable. Après s'être fait littéralement balader pendant 10 minutes entre break puissant et propulsion foudroyante on pense être arrivé au bout de notre peine quand les gars se mettent à tirer sur la ficelle, encore et encore. Jusqu'à se retrouver pendant les dernières minutes les tripes complètement essorées. L'on pourrait raccorder à cette idée de fourmillement, une certaine richesse musicale, une diversité à l'instar de 'The Yellow One' teinté d'un post rock gracieux et au reflets crusty. Oui, oui, c'est possible. Et c'est même plaisant.

La troisième raison m'ayant fait choisir ce mot est sa profonde noirceur. Et exprimer de manière claire et concise le lien pouvant exister entre l'idée de profonde noirceur et celle d'organique ne va pas être une mince affaire. C'est une idée plus générale, moins attaché à la musique en elle même, même, si de facto, elle y est liée. Derrière ce troisième volet du terme d'organique se cache peut-être une certaine forme d'universalité. Avec leur sincérité et leur rage en bandoulière, Totorro n'a pas simplement réussi à transmettre un sentiment, ce qui en soi n'est déjà pas une simple affaire. Ils sont allés au delà. L'immédiate image que j'ai eu lors de ma première écoute (il y a 7 ans maintenant) et que j'ai toujours aujourd'hui est celle d'un spationaute criant seul dans sa combinaison au milieu de l'espace. Le savoir humain ne permet toujours pas de répondre à la question de ce qu'on fout là. Pourquoi il y de la matière et non rien. Le savoir humain permet de construire, de structurer que cela soit des navettes spatiales ou des morceaux de musique. Mais il ne permettra jamais de ne pas crier notre désarroi face à notre existence absurde. Et il me semble que cela est universel tout autant que l'absurdité de la matière. Matière, organique donc.

J'en ai trop pris?

C'est possible.

Toujours est-il que sous cet angle, le post-métal a de longues heures devant lui. Et ça c'est une bonne nouvelle.

 

Malgré les années qui ont défilées depuis sa sortie, All Glory to John Baltor reste dans ma playlist et résonne régulièrement à mes oreilles. Puissant, transcendantal, sincère. Il n'y a besoin de rien d'autre.

photo de Vincent Bouvier
le 21/01/2020

2 COMMENTAIRES

Freaks

Freaks le 21/01/2020 à 14:47:16

L'universalité revient à la mode de nos jours, bien qu'elle soit un peu galvauder ;)
C'est vraiment bien chiadé ce groupe ;)

Tookie

Tookie le 22/01/2020 à 09:00:14

C'est cool d'avoir parlé de ce groupe, je regrette de ne pas avoir pris le temps de le faire plus tôt. Ces mecs sont super inventifs, ça se vérifie encore aujourd'hui : toutes leurs sorties atteignent un degré d'intensité vraiment rare.

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