Trollfest - Flamingo Overlord

Chronique CD album (42:04)

chronique Trollfest - Flamingo Overlord

Attention, album piégé ! Eloignez les enfants, les cols blancs, vos amis, les tradi’ : Flamingo Overlord est une bombe qui va tout engluer de rose euphorique vos coussins et mocassins, un peu comme l’ectoplasme vert se goinfrant de saucisses dans Ghostbusters. C’est le genre de collection de hits qui squatte les synapses sans demander l’avis des intéressés, et réduit la street cred’ à peau d’lapin. Vous aviez fait l’effort de consacrer un bon 70% de vos papiers au Metal couillu « sérieux » ? Vous aviez rejoint la rédaction du plus respecté des Telerama indé ? Vous ne portiez plus de chaussettes avec vos claquettes ? Vous pensiez donc avoir regagné l’estime de vos pairs ? Patatras, Flamingo Overlord est passé par là : c’est sûr, vous ne rentrerez plus jamais avec la crème au Macumba.

 

… Mais qu’est-ce qu’on s’en cogne putain : ce 9e Trollfest est tellement bon ! Que les tristes sires restent donc à jamais empalés sur leurs rigides certitudes, plaignons-les plutôt de ne pas être équipés de manière à pouvoir profiter de ce geyser musical génialement givré !

 

Alors oui, Trollfest continue de glisser vers toujours plus de tooneries Nawak et moins de blasteries démoniaques, au grand dam de notre Cromy national. Oui, les zigotos ont tenté de représenter la Norvège à l’Eurovision costumés en flamants roses. Oui, ils ont finalement opté pour une formule 100% in English, réduisant fortement la voilure sur l’aspect purement Folk (et, donc, l’usage du trollspråk). Oui, Flamingo Overlord abrite du Rap de supermarché (cf. « Twenty Miles an Hour ») et du déhanché de nombril latino méchamment vocodé (cf. « Piña Colada »). Sauf que ce bon sang d’album réussit à prolonger l’effervescence de la période estivale jusque dans les cartables de la rentrée et – c'est sûr – au pied du sapin de noël. Alors merde, peu importe qu’il y ait écrit « Hello Kittie » sur le flacon pourvu que le Glenlivet Single Malt qu’il contient procure l’ivresse attendue !

 

Flamingo Overlord est une expérience bigarrée, un riche banquet au sein duquel chaque plat sort du lot à sa manière. « Dance Like a Pink Flamingo », par exemple, est ce qui se rapproche le plus d’un hymne de stade Nawak, du moins au moment du refrain. C’est également le titre qui permet de réaliser que ce qu’il reste de "Troll" dans la musique du groupe a de plus en plus à voir avec Troldhaugen. La pochtronnerie « All Drinks on Me », interprétée en compagnie de Jonne Järvelä (Korpiklaani), débarque sur les talons de son prédécesseur pour rassurer les amateurs de beuveries entre gobelins : ça humpatte joyeusement, ça en sert plus haut que le bord du verre… Pour autant le titre pratique la mixologie de haut niveau puisqu’il offre des parenthèses Yodleïï-Polynéso-Country (tiens, à 2:02) pas si hors sujet que cela. Autre tube de haut du panier, « Flamongous » risque de devenir la nouvelle sonnerie de réveil de ceux qui se font un devoir de vivre des petits matins Merinos. Et la série des hits n’en finit plus avec l’ode aux chauffards-fêtards « Twenty Miles an Hour », puis avec le Fast Folk Nawak Metal de « The Flamingorilla » qui développe des ambiances aussi cartoonesques que mystérieuses – on s’y sent comme dans un épisode de Scooby-Doo. Pour bien faire il faudrait passer en revue toute la tracklist, le morceau le moins galvanisant étant sans doute « Bob Venke » du fait de son côté plus classiquement (tout est relatif…) Sympho Black – mais ne vous attendez pas à du Limbonic Art pour autant, hein !

 

Alors c’est sûr, pour décrire Flamingo Overlord certains parleront de « Fête à la Saucisse Metal », de « Patrick Sébastien-core » et autres étiquettes peu amènes traduisant un mépris plus ou moins condescendant. Et on s’en branle si ceux-ci ne peuvent voir au-delà du côté loufoque de la chose, ou de l'exubérance flashy du synthé de Kai "Fjernkontrollet" Renton. Car cette cuvée 2022 prouve une nouvelle fois qu’un artiste n’est pas obligé d’être mystérieux, inaccessible ou suicidaire pour nous remuer le dedans des tripes et composer des morceaux profondément marquants. Dire qu’après un Norwegian Fairytales au premier abord peu convainquant j’avais décidé de ne plus trop « perdre de temps » avec le groupe d’Oslo… Quel méchant manque de flair ! Le rendez-vous est donc d’ores et déjà pris au pied du podium 2022 pour reparler à nouveau de ces loustics et leur passer autour du coup une médaille bien méritée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Plus Nawak et – n'en déplaise aux sinistrologues – plus pertinent et percutant que jamais, Trollfest revient avec sous le bras un Flamingo Overlord assez démentiel. S’éloignant du port de Finntroll Town pour accoster du côté des rivages plus exubérants de Troldhaugen-land, le groupe en profite pour réaffirmer son don inné pour la détristification via de grands shoots de vitamines colorées administrés en mode open bar par voie intra-auriculaire.

 

 

 

photo de Cglaume
le 15/09/2022

8 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 15/09/2022 à 09:10:41

Trollfest a toujours été une machine à hits mais là j'entends surtout une machine à b... !

Pingouins

Pingouins le 15/09/2022 à 09:12:48

Je jure que j'ai essayé : j'ai atteint le sixième morceau, mais je trouve ça complètement insupportable :D
Y'a clairement de bonnes idées de mixtures improbables, mais le côté party-feel-good me hérisse au plus haut point, ça me donne envie de foutre du sel dans mon café pour compenser.
Du coup je vais me contenter de relancer une cafetière, et j'éloigne la salière par sécurité.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 15/09/2022 à 09:23:27

Essaie Kaptein Kaos et Helluva, oh combien supérieurs. 

cglaume

cglaume le 15/09/2022 à 10:18:34

Zêtes de tristes sires épicétou :P

Pingouins

Pingouins le 15/09/2022 à 10:55:19

Tout à fait Thierryl !
Heureusement que je n'ai pas trop de rigides certitudes (sauf sur le fait que la musique aurait du s'arrêter après Ekkaia).

noideaforid

noideaforid le 15/09/2022 à 17:41:34

Depuis la découverte cette album, je cherche la recette ultime de la Pina colada ! J'accrochais pas du tout aux albums d'avant. Mais là, c'est le pied total. C'est cool le party feel good. Un milkshake à la place d'un café noir.

Pingouins

Pingouins le 15/09/2022 à 17:47:18

Du sel dans le milk-shake, du coup ?

noideaforid

noideaforid le 15/09/2022 à 18:59:15

Ou faire un compromis avec du caramel beurre salé ?

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements

  • Seisach' Metal Night #3