Umläut - Kintsugi

Chronique Maxi-cd / EP (15:29)

chronique Umläut - Kintsugi

Arunachala, et maintenant Kintsugi: Bär McKinnon a manifestement décidé que nous devions en chier pour prononcer, puis tenter de retenir les titres de ces récents EP. Perso, pour le petit nouveau, je triche: je l'appelle King Sushi. Voilà, comme une chaîne de restau japonais. C'est quand même plus facile. Ça aurait sans doute été plus simple si j'avais été céramiste ou psychologue, vu que le Kintsugi en question est « une méthode japonaise de réparation des porcelaines ou céramiques brisées au moyen de laque saupoudrée de poudre d'or […] souvent utilisé comme symbole et métaphore de la résilience en psychologie » (Merci Wikipedia!). A priori c'est la deuxième sémantique qui a dû parler au leader d'Umläut vu que dans une interview qu'il a donnée cette année dans New Noise, celui-ci disait de lui-même comme de son groupe qu'ils étaient un peu comme Keith Richards: épuisés, mais indestructibles. On ne sait pas ce qui lui est arrivé de si terrible (… en dehors de voir l'aventure Mr. Bungle s'arrêter – puis, ces derniers mois, redémarrer sans lui pour des concerts ponctuels), mais on sait donc que tel le bambou, Bär plie mais ne se rompt pas.

 

Vous aurez peut-être remarqué que les pochettes des EP en question sont très proches l'une de l'autre, la seule différence entre celles-ci résidant dans l'accessoire brandi par la mascotte poilue du groupe: il y a 6 mois, Winnie cherchait des œufs de Pâques, alors qu'en octobre, celui-ci se rabat logiquement sur une citrouille d'Halloween... Quand on pense qu'à un mois près on aurait pu voir la bébête une bouteille de Beaujolpif à la main! Mais qu'est-ce qui lie donc à ce point ces 2 sorties, vous demandez-vous peut-être, pour qu'elles partagent ainsi leur visuel? Le fait que ce soit 2 EP sortis par un même groupe à peu d'intervalle, déjà, forcément... Et puis le fait que les deux évoluent dans un même registre Pop jazzy expérimentale parcouru de timides réminiscences bungliennes. Pourtant on a plutôt tendance à vouloir retenir les différences que les similitudes. Car là où Arunachala était constamment cuivré et instrumental à l'exception d'un titre, Kintsugi est peut-être plus varié au niveau de le palette instrumentale utilisée, l'exception tenant cette fois à la présence d'un unique titre instrumental pour 3 chantés.

 

La couleur globale de ces quatre titres nouveaux est celle de la B.O. fraîche et insouciante d'un fellgood movie sans prétention mais attachant. Par petites touches mûrement réfléchies, Bär plante le décor idéal pour un moment de détente, entre jardin japonais où coule une fontaine discrète et loft parisien où l'on brunche dans d'épais coussins. Parfois tout de velours croonesque (on imagine bien un Mike Patton félin et nonchalant derrière le micro de « Kintsugi »), tantôt généreux et léger comme un bouquet automnal de barbe à papa et de fleurs séchées (« BlueberryBaeb »), parfois plus fuyant, comme évoluant dans les brumes d'un reste de gueule de bois adouci par des odeurs d'encens (« ShabsMcGee »), les Australiens savent aussi se montrer plus incisifs sur un « ItchySweater » à la pulsation Rock'n'Roll mécanique. Mais bien que souvent « loungy », ces titres ne sont pas que de longs fleuves tranquillement uniformes: d'où une rupture systématique au sein de chaque, afin que l'auditeur n'en profite pas pour se laisser aller. Sur « BlueberrybaeB » cela passe par une parenthèse au saxo à 2:26, sur « ItchySweater » par une incartade rétro Synthwave vers 1:35, sur le morceau-titre par une pause relaxante « Zen & petits zoziaux » à 2:19, et dans « ShabsMcGee » par un superbe voyage sous-marin en bathyscaphe, à 1:37.

 

Alors non, ce n'est pas cet EP qui va chambouler mon Top 10 annuel dans la dernière ligne droite. Il est trop doux, fragile, et évanescent pour ça – alors que ce qui me met la truffe en émoi ce sont surtout les invitations à suer de la raie sous la boule à facettes, à passer la 6e dans le dernier virage avant l'arrivée, ou à fracasser du crâne ennemi avec un masque de clown grimaçant sur le visage. Mais c'est dur de ne pas s'attacher à ce genre d'exercice vaguement bunglien, libre et amical. Et c'est donc avec plaisir qu'on remettra le couvert quand le nounours de la pochette portera un bonnet de Père Noël, un cœur de St Valentin ou un string brésilien, selon sa date de sortie future.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: 6 mois après, Kintsugi reprend là où Arunachala s'était arrêté, avec 4 titres cette fois moins systématiquement cuivrés, mais carrément plus chantés. Bär continue de naviguer dans des eaux tranquilles, amicales, où passe parfois le fantôme d'un lointain passé bunglien. Le genre d'EP à écouter à l'heure du thé, sur de moelleux coussins.

photo de Cglaume
le 02/01/2020

0 COMMENTAIRE

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements