Yrre - Luhlæ x The Witch

Chronique CD album (31:26)

chronique Yrre - Luhlæ x The Witch

C'est rare, mais le nom de cet album est venu avant le nom du groupe qui est à la manœuvre derrière les instruments. Cette originalité vient du fait que les musicien-ne-s suisses qui le composent avaient initialement articulé ces quelques pistes en tant que bande-son pour un ciné-concert en 2021, à savoir pour le film The Witch de Robert Eggers, sorti en 2015.

 

Cette bande-son a ici été réadaptée pour être mise en formats morceaux et album et, en parallèle, l'entité « humaine » (si c'est bien le cas tant on s'attend à voir surgir toute sorte de créatures) a pris le nom de Yrre, une fois la décision prise de poursuivre l'aventure initiée. Avant, pour ce fameux ciné-concert, la formation s'appelait... Luhlæ. Le titre de l'album s'explique donc facilement avec ces quelques informations en main.

 

Originaires de la-Chaux-de-Fonds, Yrre proposent donc avec Luhlæ x The Witch un premier album a la personnalité forte, et logiquement très orienté autour des ambiances. On retrouve vraiment un caractère cinématique au cours de ces six morceaux : pour peu que l'on soit dans les bonnes dispositions pour l'écouter, il est assez aisé de s'imaginer des scènes qui, vous l'aurez compris, n'ont rien de réjouissantes dans l'esprit. C'est donc très réussi de ce point de vue là.

 

Son côté ésotérique, l'imagerie et les vocaux tendent à intégrer Yrre, au moins pour cet album, dans un univers plutôt orienté black metal, et pourtant on n'y retrouve que peu de structures typiques du genre. Pas de blasts de l'enfer ou de grosse double pédale de trve méchant par exemple car pour le reste, la progression des morceaux se fait beaucoup autour de phases plus ambient, expérimentales ou presque psychédéliques, qui m'ont par endroits fait penser à l'excellent second morceau du dernier album d'Epiphanic Truth (n°2 dans le Top de l'année de Coreandco en 2021) et notamment sa partie centrale.

 

Pour donner encore plus de textures à ces compositions, ajoutons que de nombreuses zones de lourdeur écrasante viennent s'engouffrer dans des univers assez proches du post-metal de LLNN (numéro 5 du même top pour sa part, on ne se fout pas de votre gueule avec les références sur cette chronique) aux ambiances froides et dystopiques. Sur la deuxième moitié de « Dustsceawung » ou l'entrée de la distorsion sur « Onginnan » par exemple, mais c'est une sensation qui revient régulièrement à mesure de l'écoute.

 

Le chant, quant à lui, n'est pas véritablement du « chant », ou il n'a en tout cas pas l'air d'en avoir ici la fonction : assez peu présent dans l'ensemble, il vient plutôt appuyer les ambiances, donner des orientations, intensifier des sensations, faire frissonner des échines. Mais la musique de Yrre n'est ici définitivement pas organisée autour du microphone, il s'agit littéralement d'un instrument en plus, utilisé avec parcimonie, comme pour laisser une présence qu'on sait être proche, qui nous regarde peut-être, mais souvent invisible.

 

Il en résulte au final une grosse demi-heure fourmillantes de détails sonores, d'autant plus si l'écoute est faite au casque. Une véritable tension de fond est toujours présente, et on peut facilement se laisser porter par l'imagination d'une scène à l'autre, tantôt froide, tantôt lugubre, toujours particulière, certains motifs répétitifs faisant littéralement plonger la tête sous l'eau de la musique de Yrre, de nombreux petits arrangements viennent apporter du cachet à l'ensemble, de grains sonores différents qu'on aurait presque l'impression de pouvoir toucher du doigt.

 

Quelle ambiance par exemple tout au long de la progression de « Uthceare » et ces ondes qui reviennent, lancinantes, pour un résultat qui n'est pas (comme me l'a fait remarquer notre bon camarade Freaks) sans rappeler rien de moins que Kollapse de Breach ! Ou l'intro à en donner des frissons de « Aglaeca », sans parler de la suite aux dérives presque psychédéliques mais non moins très tendues. Les bourdons vocaux de la courte et plus calme « Sunu ». Les monstres tapis dans « Gedwyld ». Tant d'autres.

 

Bref, je ne sais même pas comment définir cet album. Une sorte de « ambient black expérimental psychédélique post-metal » ? Faites une salade de termes comme les précédents, ajoutez-y peut-être « noise », et vous aurez déjà une idée.

 

Mais au fond peu importe, puisque ces termes ne sont de toute façon que des espèces de conventions collectives, auxquelles nous n'associons d'ailleurs souvent pas tous et toutes exactement les mêmes choses.

Ce qui est sûr, c'est que Luhlæ x The Witch a de très fortes chances d'atterrir dans mon top personnel de fin d'année, car c'est un excellent et très intéressant album que Yrre proposent ici, avec une ambiance si particulière qu'elle en acquiert un côté tout à fait addictif.

 

A écouter comme un spectacle son et lumière, mais probablement peu adapté aux séances en famille ou avant d'aller bosser (ou alors préparez-vous à passer une journée un poil bizarre).

photo de Pingouins
le 02/06/2022

4 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 03/06/2022 à 09:21:52

C'est tout à fait le genre de bizarreries que j'apprécie particulièrement. Merci pour la découverte
En revanche, 31 minutes, c'est un peu court jeune home

Pingouins

Pingouins le 03/06/2022 à 12:44:41

Content que ça te plaise Xuxu ! De mon côté le nombre de fois qu'il tourne à la maison ou dans les écouteurs laisse envisager qu'il soit un trè solide candidat au top final de cette année.
Désolé pour la durée ahah. Il faudra les voir en live lors de ciné-concerts, ça sera plus long ;)

Xuaterc

Xuaterc le 03/06/2022 à 16:29:31

Il ne faut pas le rependre pour toi, ahah. C'était une remarque globale.
En revanche ça m'a obligé de mettre en pause la création de mon Magnum Opus #2 surprise

Moland

Moland le 13/06/2022 à 04:57:11

The witch, LLNN sans les garçons, Breach, Epiphanic Truth... Tu fais pas semblant, en terme de name dropping de catin de luxe. Voilà le genre de chronique qui oblige de vérifier si la musique correspond à cette alléchante verve pour la décrire. Et comme tu vends bien ta came, je pars conquis d'avance. Merci, donc, pour la découverte ! 

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