Zolfo - Delusion of Negation

Chronique CD album (49:29)

chronique Zolfo - Delusion of Negation

Attention, bijou de lourdeur et de noirceur ! Les Zolfo viennent d'Italie, de Bari pour être précis, et ils ne servent pas de sérénade pour attirer le chaland sur ses côtes ensoleillées. En clair, ils portent bien leur nom : zolfo signifie soufre dans la langue de Dante, vous savez, l’auteur d’une œuvre nommée « L’Enfer » ; coïncidence ? Je n’crois pas. Et du soufre, y en a à tous les étages. Dès l’intro de ce premier album plus que réussi, sans savoir à quelle sauce on va être dégusté, on sait que leur musique ne verse pas dans la douceur ni dans la rigolade. Durant 2 minutes, l’atmosphère se trouve saturée de nappes industrielles déchirées par des hurlements de douleur. Et sans crier gare, on entre dans le vif du sujet avec le 2e titre, « Inner freeze ». Les hurlements restent présents, et ils ne se tairont qu’au dernier titre de l’opus. Musicalement, c’est un raz-de-marée de lave. Zolfo appartient à cette catégorie de groupes qui épuisent les riffs, en cela que leurs compositions se construisent sur des cycles et des schémas qui s’étendent à l’envi avant de basculer imperceptiblement vers des transitions d’une fluidité intelligemment amenée. On s’aperçoit à peine que dans le marasme et la fureur de l’ensemble, le chant se montre bien plus subtil et varié que l’introduction et le début de « Inner freeze » pouvaient le laisser paraître. De vociférations cauchemardesques, il passe au growl des cavernes humides et même lorsque la musique se montre plus calme (notion relative), comme sur le tout début de « Existential prolapse », sa présence reste menaçante et emplie de rage. Sur ce titre, on a affaire à du doom sludgesque tout en progression, jusqu'à un final bien nerveux, rageur, cataclysmique même (notez la belle accélération), comme un orgasme, mais entre-temps, les vagues successives de leurs riffs lancinants auront fini de broyer la cervelle sous leur poids. Aucune place réservée aux respirations, on se vautre dans la claustrophobie de bon aloi. Le morceau progresse par paliers, et à chacun d'entre eux, le tempo s'accélère imperceptiblement tandis qu'on s'enfonce davantage dans les profondeurs.


Inutile de préciser que tout l'album s’avère du même acabit. Sans compter l’intro de 2 minutes, on navigue entre quatre titres dont la longueur (durée totale : 49 minutes) ne se laisse pas sentir. Pourquoi ? Parce que la musique de Zolfo happe. Sans jouer sur des ruptures franches, sans verser dans l’esbroufe technique, elle annihile tout repère de temps et d’espace, son génie se place ailleurs : dans cette façon de se montrer à la fois ample et oppressante, c’est-à-dire, en occupant l’espace sans en laisser, de l’espace. En outre, chaque partie de cette pièce monumentale s’enchaîne avec la précédente avec une logique déconcertante. On assiste au processus de désintégration de l’esprit, comme englouti dans les rouages d’un concasseur. Alors que « Existential prolapse » s’achève sur un orgasme infernal, le morceau « Delusion of negation » récupère l’auditeur éreinté avec un duo basse/batterie d’une sensualité folle, qui transpire la sueur malade et tout plein d’autres fluides d’autant plus souillés. On se laisse emporter dans une danse de sabbat au son des vocalises plaintives et lointaines et des arrangements discrets et grinçants qui viennent habiter la progression du titre au fur et à mesure que celui-ci gagne en lourdeur, tandis que les guitares se montrent de plus en plus incisives, jusqu’à un final à la lisière de la démence. Les voix hurlantes se multiplient, comme dans la tête d’un schizophrène, elles se cognent aux parois fumantes que dressent les accords de guitare d’une lourdeur apocalyptique. C’est donc à l’agonie qu’on entame la descente de l’ultime cercle de l’enfer. Inutile de préciser que le titre de clôture porte alors bien son nom : « The deepest abyss ». A ce niveau d’oppressante apnée, l’intro calme de cette chanson ne rassure guère, on s’attend à une ultime plongée dans l’horreur. D’ailleurs, celle-ci ne se fait guère attendre. En toute assurance, elle prend le temps de s’annoncer, sous des atours de sludge bien gras, presque chaleureux. Quoi qu’il en soit, cet album, parfaitement équilibré et homogène, qui ne ment pas sur la marchandise, mais qui ne cherche ni la facilité ni l’insolence, se place parmi les incontournables révélations dans le genre de l’année 2020.

Enorme coup de coeur.

 

photo de Moland Fengkov
le 18/11/2020

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