Backstroke - Interview du 01/04/2010

Backstroke (interview)
 
Tout d’abord, question bateau, pouvez vous nous présenter le groupe, qui le compose, et comment vous définiriez votre musique ?

Nous sommes Backstroke, groupe de métal / hardcore de l’île de La Réunion. La formation du groupe est classique : chant (Joel), guitare (Fred), basse (Johan) et batterie (Seb). Notre musique est teintée d’influences diverses allant du thrash 80’ au death moderne avec pas mal d’intrusions mélodiques, de samples électro avec quelques rythmiques de notre culture musicale locale. On n’a pas envie d’entrer dans une case particulière… les étiquettes ne nous intéressent pas. Chez nous, il y a un brassage énorme de cultures, le métissage est une chose naturelle pour nous et dans notre musique tu pourras retrouver pas mal d’éléments différents. C’est notre nature, tout cela nous vient de façon innée.



Vous venez donc de l’île de La Réunion… pas trop dur de monter une scène là bas, loin de la métropole ?

La scène métal à l’île de La Réunion existe depuis très longtemps, une bonne trentaine d’années. Ici le souci majeur pour la scène rock et métal en particulier est que les groupes formés au lycée splittent très vite quand les musiciens doivent quitter l’île afin de poursuivre des études sur la métropole. La scène se renouvelle donc de façon cyclique. Backstroke a eu le parti pris de rester à La Réunion et de se développer sur place, en allant chercher les dates de concerts là où il n’y en avait peut-être pas et en se créant sa fan-base au fil du temps. On est en quelque sorte les « survivors » de note génération de musiciens. Mais il y a quelques formations de valeur sure qui poussent derrière et qui s’en sortent bien. Au final, çà se passe pour tous les groupes de métal comme d’autre style musical d’ailleurs de la même façon. Si tu veux progresser et faire connaître ta musique, il faut travailler dur et aller chercher les opportunités. Je ne pense pas que ce soit plus dur de monter une scène métal ici à La réunion qu’en métropole tout comme je suis convaincu que çà ne l’est pas plus pour un groupe de métal que pour une formation d’un autre style musical. Tout est question de motivation.



Vous avez réalisé par ailleurs votre 1er album en 2009, au fil d’une discussion avec votre chanteur et votre bassiste, vous m’avez un peu expliqué le cheminement, comment vous vous êtes débrouillé pour le réaliser : concrètement, comment ça s’est passé ?

Finalement de manière assez naturelle. Nous avons eu la chance de rencontrer très tôt nos deux techniciens son (Yann et Kaptain) qui ont également leur studio d’enregistrement (Kaloubadia Studio). Ils nous ont très vite suivi en live et nous ont aidés à forger note son. On se connait très bien, ce sont des amis très proches et lorsque nous avons eu suffisamment d’expérience afin de concrétiser notre évolution et donc lorsque nous nous sommes sentis prêts à entrer en studio afin d’enregistrer « Crossing The Boundaries », il était naturel pour nous de bosser avec eux. Du coup l’ambiance de travail a été très confortable, notamment au niveau des horaires… on était vraiment chez nous, et c’est une chose plutôt rassurante pour une première expérience studio. En ce qui concerne le financement, on a eu la chance d’avoir des financements publics sur des demandes de subventions.



Et globalement, comment ont été les retours au niveau des médias ?

Plutôt bons. Nous avons eu des chroniques web et radio qui nous laissaient comprendre qu’il y avait une certaine « fraicheur » dans notre manière d’aborder le métal et que sur le continent, nous avions tout intérêt à faire découvrir notre son en live. Du coup, suite à deux tournées en métropole, on a eu beaucoup de retours positifs de la part du public et on commence à se faire connaitre.



Du coup, maintenant que vous avez un peu de recul envers cette production : êtes vous satisfaits de votre travail pour ce "Crossing the Boundaries" ?

Complètement. On a travaillé dur pour arriver à ce résultat et on est très fier de ce que représente l’album dans sa globalité. Aussi bien au niveau du son que du travail du concept et du visuel. Ce qui nous avait le plus marqué avec du recul, c’est l’ambiance finalement très sombre qui se dégage de l’album. Au final, c’était aussi quelque chose qui devait s’imposer à nous, mais on ne s’en était pas rendu compte. Nos titres parlent de l’être humain et de l’influence néfaste qu’il a sur son environnement, çà ne pouvait être pas un disque « léger ». Mais en live, on avait surtout l’impression de balancer de l’énergie agressive plutôt que quelque chose de sombre ou de grave. En fait, avec du recul, c’est certainement ce que j’aime le plus avec cet album, le fait d’avoir réussi à faire ressortir un tel sentiment de nos textes. Et puis, il y avait beaucoup de monde qui l’attendait cet album chez nous, on n’avait pas envie de les décevoir.



Au passage, le titre de l’album m’a intrigué "Crossing The Boundaries", ou passer les frontières, les limites… au départ, ça m’a même rappelé le fameux « alea jacta est » du non moins fameux Jules César avant de traverser le Rubicon avec son armée… Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

Comme je te le disais précédemment, notre concept global (de même dans le nom du groupe « Backstroke » qui signifie « retour de force » dans le domaine de la mécanique) est l’être humain et l’influence qu’il a sur son environnement. C’est quelque chose qui nous fascine. Comment l’animal le plus intellectuellement développé peut-il être capable de tant d’individualisme au point de courir à la ruine de son milieu de vie? Le titre « Crossing The Boundaries » parle de lui-même, mais peut être sujet à différentes interprétations. Certains liront « franchir les frontières », d’autres « dépasser les limites »… pourquoi pas ? Mais au fond, si tu y réfléchis bien tout est lié… l’être humain va trop loin dans ses relations sociales, dans ses modes de communication, dans son emprise sur l’environnement, dans sa consommation, dans son développement individuel… Nous sommes constamment en train de franchir des limites.



De même, on a pu vous voir avec l’EDC et Napalm Death en métropole dernièrement… Comment avez-vous fait pour arriver à vous caler sur cette tournée ?

Pour faire bref, nous avons eu l’opportunité d’entrer en 2008 dans un processus d’accompagnement avec une SMAC régionale, le Bato Fou, qui nous permis sur une première année de nous perfectionner techniquement avec notamment des résidences dont une majeure dans notre développement avec une rencontre avec Zuul FX, et sur une deuxième année, l’accompagnement a été porté sur l’aspect administratif et le développement professionnel. En 2009 donc, nous avons décroché des subventions nous permettant d’effectuer voyage de rencontres professionnelles dont le but était de prendre connaissance du mode de fonctionnement du milieu de la musique en métropole et de comprendre la manière de nous positionner dans ce milieu. Nous avons donc pris rendez-vous avec énormément de pros dans le milieu métal et dans des domaines de compétences très variés (éditeurs, tourneurs, producteurs, manageurs, salles de concerts, assos…) et on y est allés avec un Electronic Press Kit (sorte de pressbook sur DVD avec support audio et vidéo). Cela nous a permis de rencontrer Kalchat de Rage Tour qui nous a d’emblée proposé deux tours : un en Novembre 2009 en première d’Ultra Vomit et X-Syndicate et l’autre en Janvier avec EDC et Napalm Death. Ces rencontres pros nous ont permis aussi d’avoir un partenariat avec des structures solides telles que le Jardin Moderne qui nous a ouvert ses portes en Novembre pour une résidence accompagnée d’un musicien conseil de même que l’Espace Barbara FGO à Paris avec lesquels on a signé un accompagnement de trois ans.



D’ailleurs, votre histoire est marquée par un certain nombre de rencontres, notamment avec Zuul FX comme vous nous le faites remarquer plus haut. Qu’en est-il de ces jours passés avec ces deux noms de la scène extrême somme toute bien installés ? Avez-vous pu engranger des contacts ? Avez-vous pu profiter de certains conseils ?

Nous avons eu l’opportunité de jouer avec un certain nombre de groupes « bien installés » comme tu le dis (Lofofora, Therapy ?, Burning Heads, Parabellum, Zuul FX, EDC, Ultra Vomit, Napalm Death, X-Syndicate…). Et malgré les différences de style musical que peuvent présenter tous ces groupes, çà a été à chaque fois une expérience intéressante. En fait tu apprends de chaque concert auquel tu assistes, de chaque rencontre que tu as l’opportunité de vivre. Celle qui aura certainement marque notre évolution a été la résidence d’une semaine avec Zuul FX, qui nous ont montré que notre musique avait un potentiel intéressant pour être « exportée » en métropole. De même que les deux dernières résidences que l’on a effectuées avec Randall Cinelli, Karim Kanal et Danièle Gambino que l’on salue et qu’on remercie. Nous avons gardé d’excellents contacts avec les différents musiciens que l’on a rencontrés. Dédicace à Pisse Partout s’il lit ces lignes…



Sinon, vous qui êtes de la Réunion, est ce que vous auriez quelques groupes à nous conseiller ?

Jetez une oreille attentive à Andemya dont le chanteur a fait un feat sur « Larmes nout zancêtres » (titre en créole sur « CTB »). Ce n’est pas un groupe de métal mais ils ont vraiment beaucoup de talent. Sinon on ne peut évidemment pas oublier nos potes de Warfield (Death Metal) qui ont déjà une petite expérience de la métropole.



On approche de la fin, avec une question assez récurrente chez CORE and CO, mais non moins intéressante : êtes vous inspirés par la littérature, ou toute autre forme d’art autre que musical ?

Tout à fait, nous avons tous des inspirations autres que la musique, notamment le cinéma, la littérature, le graphisme. C’est important de se nourrir de l’opinion des autres, de confronter ses points de vue à d’autres. Cela te permet d’évoluer et de te positionner dans ton art. Ne pas être figé, je pense que c’est l’essentiel, et pour cela, il faut s’ouvrir à d’autres modes de pensée.



Et voilà, un grand merci à vous d’avoir pris le temps de répondre à mes questions ! Nous vous laissons donc le mot de la fin !...

Nous souhaitons en tout premier lieu remercier tous les barjots qu’on a vus dans les fosses de nos concerts (tout d’abord les locaux : 974 powa !!!, et puis les tarés de La Roche/Yon, du Havre, de Périgueux, Rennes, Nevers…) Merci pour votre soutien ! Merci aussi à Jean-Mi et La Kouett d’Urban Body, aux Furieux, au Bato Fou, à l’Espace Barbara FGO… tous ceux qui nous suivent. On vous donne rendez-vous bientôt sur scène ! Et puis merci à toi pour cette interview. Stay true, stay HXC !

 

 


 

Un grand merci à Backstroke pour leurs réponses.
Si vous avez l'occasion d'avoir la malchance de passer par la réunion ( ce serait vraiment pas de bol... ) ou si ces jeunes gens repassent en métropole, n'hésitez pas à aller les voir !

photo de JiBrest
le 01/04/2010

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