C’est pas tout d’avoir une des plus grosses voix du circuit post-hardcore américain (quasi égalité avec Sean Ingram et Tim Singer), de jouer dans d’énormes groupes comme
Cave In ou
Old Man Gloom ou même de se payer des featuring de porc, le petit Caleb Scofield, lui, veut écrire ses propres chansons. Mais si ce petit gars est doué, il manque cruellement d’imagination en créant son groupe à lui :
Zozobra. Il commence en effet par piquer l’identité de son autre groupe,
Old Man Gloom (
Zozobra signifie quasi-littéralement
Old Man Gloom et le troisième album de ces derniers s’intitule lui-même
Zozobra). D’
Old Man Gloom, il réquisitionne aussi le batteur et la majeure partie de son orientation musicale. Il passe ensuie à
Cave In et pioche allègrement dans les riffs des vieux albums ainsi que dans la banque de samples et d’effets de son copain Steve Brodsky… Il va même jusqu’à lui piquer son chant clair, le con.
… Le résultat de tout ça s’appelle
Harmonic Tremors, c’est sorti en 2007, c’est chroniqué par
là et finalement, ça swinguait plutôt pas mal pour une resucée. Carrément bien même. Et voilà qu’à peine un an plus tard nous débarque la suite,
Birds of Prey. Légèrement décevant. Je m’explique : là où le premier album de
Zozobra nous étonnait malgré son manque flagrant d’originalité, le second finit par nous ennuyer à force de ne pas vouloir faire l’effort de tout simplement évoluer. On peut même dire qu’il y a régression. En effet, dès les premières écoutes du disque, on note un net durcissement du propos, bien plus lourd et sauvage qu’avant… Un peu comme si Scofield tentait de ramer à contre courant par rapport à ses autres goupes et par rapport aux autres groupes des membres de ses autres groupes et par rapport à quasiment toute la scène finalement. Ce faisant, Scofield opère un plus grand rapprochement encore avec les premiers Cave In et les dernières compos bourrines d’
Old Man Gloom (On croirait
In jet Streams et
Treacherous littéralement tirées des bandes de
Christmas). Les compos s’enlisent quasiment toutes dans un enchaînement de riffs du type rouleau compresseur. Les rares fois où Scofield se décide à repousser la chansonnette sont généralement noyées dans un tourbillon de distorsion, voire carrément doublées par la grosse voix hurlée du jeune homme. Et si les riffs sont efficaces, ils manquent pour beaucoup des mélodies géniales qui ont fait des autres projets de Scofield des tueries définitives. Même les solos sont moyens.
Après, ne noircissons pas trop le tableau. Caleb Scofield n’est certes pas un génie, mais il veut bien faire et on sent qu’il croit vraiment dur comme fer à ce qu’il joue.
Birds of Prey n’est pas un mauvais album et il comporte son lot de trucs intéressants. Les riffs sont monstrueux et bien rock n’roll ; d’ailleurs la violence tellurique du son mijoté par le sieur Aaron Harris (marteleur de fûts chez
Isis) les met d’autant plus en valeur. A noter aussi que ce dernier a pris la place de Santos Montano d’
Old Man Gloom derrière les fûs… Et on gagne au change ! Mais plus important encore, les compos sont portées par un enthousiasme qui arrive jusqu’à nous à travers les haut parleurs. Plus on se concentre, plus on discerne de très bon arrangements et de très chouettes mélodies malheureusement noyés dans le mix surbourrin d’Harris. La musique de
Zozobra doit être jouissive à jouer, alors elle se doit d’être jouissive à écouter… C’est un peu paradoxal mais c’est ça. La chose devient même évidente à l’écoute de
Heavy with shadow ou encore
Shark that circle, véritables tubes à la hauteur des standards des grands frères et finalement assez originaux de par leur coté limite pop (joué à la scie sauteuse et marteau piquer)… De la musique de garagiste émotif en somme.
Pidji le 15/01/2009 à 09:32:12
j'ai vraiment bien aimé ce disque, sans prétentions, mais vraiment agréable à écouter. Et encore meilleur que le premier je dirais !