69 - Adulte

Chronique CD album (34:35)

chronique 69 - Adulte

69 aime les contrastes et les noirs et blancs. En proposant une telle pochette, ils ouvrent le débat sur les certitudes et les appréhensions. Un débat interminable sur ce que l'on sait, et sur ce que l'on pense savoir. Un débat sur les croyances profondes. Comme cette évidente relation au film Le Village des Damnés, où des gamins aussi inquiétants que blonds comme les blés faisaient la loi... défaisaient pour être précis. Punaise leurs regards et leurs fameuses coupes de douilles façon -Mireillator-. Toujours pas compris comment à partir d'un postulat aussi kitsch, le réalisateur d'origine Wolf Rilla et plus tard John Carpenter, réussissent à construire une telle œuvre de hantise. C'est que t'as pas vraiment envie de te bidonner devant les marmots télépathes. Mention spéciale à la version de Rilla malgré tout, la relecture de Carpenter souffre trop de ses acteurs too much ; Christopher Reeves toujours debout mais déjà à terre, Michaël Paré (ouch) ; et Mark Hamill ... lieux de briller comme dans les étoiles !

Soit.

 

Première enseignement, Adulte n'a aucune prétentions, ni d'atouts pour servir de b.o au film précité. Ça manque clairement de grandiloquence, de claviers pompiers et de lyrisme. Plutôt une bonne nouvelle, non ? Modulor (en parlant de kitsch, l'est marrant ce nom), ne s'y trompe pas, après avoir soutenu la sortie du dernier PVT, ils soutiennent avec assez de convictions la sortie de ce second opus du duo. - Suis sympa, je vous donne un truc de chroniqueur, qui marche aussi chez les programmateurs radio – Ce n'est pas le nombre de mails qui comptent pour la sortie d'un bon album, c'est juste l'accroche (souvent plus personnelle) dans le premier mail... ouep, c'est subjectif, mais les trois premières lignes (en bon termes ou pas spécialement) conditionnent la teneur de la pièce que l'on a bientôt entre les esgourdes. 'Fin, c'est surtout vrai pour les distributeurs passionnés ou les labels d'artisans – bien connus en ces pages, sinon business is business.

 

En parlant de passionnés, 69 l'est à plein temps, la plaque sort sur leur propre label, ils se contentent de la distribution chez Modulor, et puis ils communiquent juste ce qu'il faut, sans saouler via les réseaux sociaux. Pas trop leur truc... bien sûr puisque l'objet de toutes leurs attentions, c'est la musique. Un objet de désir, on ne peut plus personnel qu'ils regardent avec insistance pour le façonner, le construire et l'éduquer de la meilleure des manières possibles. Ce n'est pas parce que l'on fait quelque chose par plaisir que l'on ne doit pas le faire sérieusement. Sur Adulte, les machines obéissent aux doigts moites et aux yeux fixes. Pour l'auditeur qui va se prendre au jeu, il y'a un rapport passionnel qui va se nouer au fil des écoutes avec l'envie d'y revenir encore et encore.

 

« No People » qui ouvre l'album nous plonge dans une litanie lysergique obsédante. Un chœur de gamins frêles et impeccablement coiffés qui nous assène d'un No people outrageant et ironique sur fond de claviers vintage piqués chez Klaus Schulze période Blackdance, en voilà une entrée en matière ! « One Man Army » pousse un peu loin le Jon Spencer, loin des préoccupations crades habituelles du citoyen d'Hanover. Le hoquet dans le chant, bien présent, et les claviers qui s'amusent toujours autant. « Faster and Faster », petite remontée d'acide en tube – en micro-tube, le genre de morceau pas-fini-exprès-mais-que-l'on-repasse-souvent. « Black Dare » est la chanson de l'album, la vraie pop-song, un rien planante avec cette voix qui traîne sur les fins de strophe, qui cherche un peu son souffle, la voix qui nous demande de ne croire à personne d'autre et c'est vrai que l'on se laisse embarqué dans cette fausse blueserie sans y voir malice. « Schizophonic » laisse la place au grain malsain du titre d'ouverture, un titre un peu plus animal, définitivement curesque dans sa forme, celle des 3 imaginary boys.

 

La deuxième partie de l'album s'ouvre sur « Collision » soit la bête du studio, là où, ils usent les bandes, les patterns pour y revenir sans cesse. Ce titre sent la bravoure, et le riff monomaniaque n'y'est pas étranger, les effluves psychédéliques prennent le dessus. Arrive le single « The Con », un morceau facile qui fait penser immanquablement au fameux parcours des protagonistes, le chemin emprunté d'avant les années 2000. Douce folie, basse mécanique bidouillée, riff à un doigt, le tout trempé dans des claviers old-school. « March of the Enemies » se profile en suite de « Black Dare », voix claire, naturelle sur tempo doux et sons aigres-doux. Une complainte un peu obscure dans le récit avec en point d'orgue le travail sur l'ambiance sombre.  En terminus, les bitterois nous offrent un « New Order » faux-frère du « Black Dare » une nouvelle fois.

 

L'auditeur qui va laisser l'album du haut de sa bonne trentaine de minutes va redécouvrir des ambiances typées des années 80, pas celles de Kajagoogoo ou Mick Oldfield mais davantage celles de Klaus Schulze, des Cure, de Devo. Sur cette seconde salve, 69 s'amusent et jouent avec les claviers, les connaisseurs qui se sont délectés de leur premier effort vont se sentir orphelins des parties de grattes, ici reléguées à un rôle d'appoint. Qu'a cela ne tienne, le couple propose une vision fraîche et innovante de l'Electro-rock tout en chérissant les codes énoncés par leurs aînés. Ah, on aimerait bien visiter leur musée de sons et piocher dans leur collection de vinyles – symptôme des Cramps, un autre fameux couple qui les inspire de loin.
Une belle preuve que l'on peut avoir été à la tête d'un des groupes les plus intéressants, immédiats et novateurs des nineties en France, et savoir se renouveler avec bonheur.

photo de Eric D-Toorop
le 12/09/2013

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