Anti Ritual - Expel The Leeches

Chronique CD album (30:33)

chronique Anti Ritual - Expel The Leeches

Ce qu'il y a de pratique avec les groupes comme Anti Ritual, c'est que les intentions sont assez straight-forward, comme on dit chez nos confrères outre-Manche ou Atlantique (même si en l'occurrence, ils sont Danois). Ou ailleurs. On en jouerait presque au bingo des révélations directes :

 

Voyons donc sur la base d'observations sommaires :

  • « Anti Ritual »: on peut probablement se compter un point anticléricalisme dans tout ça.

  • Une guillotine tout en simples lignes sur la pochette : une légère critique des autorités centrales doit également se laisser percevoir dans le propos.

  • « Expel the Leeches » : comme les images animalières n'ont pas de secret pour nous, on voit facilement poindre une dimension de désaccord vis-à-vis de l'exploitation, ce que semblent confirmer des titres de morceaux comme « Necrocapitalism », « Monetary Man », « No Human is Illegal », « Franchise Coffee Bars and Internment Camps », etc.

  • Des t-shirts évocateurs de l'action antifasciste et de groupes plutôt anarchistes sur les quelques photos qu'on peut trouver d'eux.

 

Avec ce premier album (qui fait suite à un EP sorti il y a un moment déjà, en 2014, avec un logo à la Amebix lorsqu'ils l'utilisent), le quatuor de Copenhague intègre donc une démarche et un discours très politique à sa musique, qui s'oppose non seulement aux « classiques » structures d'oppression et d'exploitation, mais aussi, par exemple, aux dynamiques en cours au sein des mouvements d'opposition (« Futile Semantics », « Marginalize Yourself » par exemple). Et moi, je suis généralement heureux lorsque les groupes parlent de politique, d'autant plus quand je suis en grande partie d'accord avec eux.

 

Il faut dire que vu le style pratiqué, le contraire eut été étonnant. Dans l'ensemble, après une intro acoustique (« In », à laquelle fera écho la très similaire outro « Out », vous avez bien suivi), Anti Ritual plongent pendant une demi-heure dans une mixture de blackened qui tire au choix vers le hardcore, blast-beat et riffs en tremolo à l'appui, et ce dès les premières secondes du second morceau, éponyme de l'album, ou bien vers une nette affiliation à un univers crust-punk, notamment dans certaines sections de batterie un peu partout tout au long de ces morceaux.

On pourrait même parfois lui prêter une dimension carrément néocrust du fait de l'apport d'un peu plus de mélodies par endroits. Mélodies qui, à l'image de la pochette, sont souvent tranchantes et tirées du black, parfois avec un côté assez trve (« Marginalize Yourself » par exemple, « Guillotine »).

 

Sorti chez Indisciplinarian (Eyes, Nyt Liv (récemment chroniqués en ces pages par 8oris), etc...) le 29 octobre dernier, Expel the Leeches a mis un peu de temps à se frayer un chemin satisfaisant entre mes conduits auditifs. Mais à mesure des écoutes, mes impressions se sont adoucies. Malgré un caractère très rentre-dedans (ce qui n'est pas forcément pour me déplaire, hein), plus de subtilités qu'un simple bourrinage en règle apparaissent : notamment un batteur qu'on remarque au final presque plus lorsque l'assaut se calme, lorsqu'il s'échappe du blast-beat de rigueur et que tout son jeu se fait plus fin (le break low-tempo de « Marginalize Yourself », « Necrocapitalism »).

Mais aussi des passages plus planants presque post-hardcore par endroits (« Necrocapitalism » toujours, très bien placé en milieu d'album pour 'alléger' l'ensemble et donner un regain d'intérêt à la suite, étant assez différent des morceaux précédents, avec presque une sensation de claviers en arrière plan, « Franchise Coffee Bars and Internment Camps »), mais aussi ces orientations neocrust plutôt à l'anglaise (« Monetary Man », « What will we tell our children »), voire à deux doigts de zones screamo (notamment « The Oppressive Weight » qui m'a très fortement fait penser à « Charlottesville » sur le dernier Potence en fin de morceau, et est probablement mon morceau favori sur le disque)...

 

Le chant, quant à lui, y est toujours très agressif, plutôt proche du crust dans l'esprit, très adapté donc pour déclamer des paroles énervées (même s'il vaut mieux faire un tour du côté de l'écrit pour savoir vraiment de quoi l'on parle, bien que certaines parties scandées soient intelligibles - « Expel the Leeches », « No Human is Illegal »...). Si vous aimez les voix claires, douces et mielleuses, on peut ici considérer que vous avez fait mauvaise pioche.

 

Si l'on voulait se plier au jeu des comparaisons, on pourrait les inscrire dans une sorte de crossover entre Nails, His Hero is Gone et Cross Bringer, pas si loin dans l'esprit (en plus black tout de même) de ce qu'ont proposé Burn in Hell en cette année 2021. Par ailleurs, leur prochaine tournée (début 2022) se fera aux côtés de Martyrdöd, chroniqués eux aussi récemment par Cromy. Tout ça devrait donner une certaine idée du registre dans lequel officient les loulous.

 

Bref. Au moment de faire les comptes, Anti Ritual parviennent à mettre assez de contours autour du fil rouge et noir de leur musique, notamment après les premiers morceaux, pour que l'ensemble soit franchement intéressant et de qualité. On pourra peut-être reprocher une trop grande homogénéité entre certains morceaux, mais le point de bascule qu'est « Necrocapitalism » sur ce Expel the Leeches est le bienvenu pour donner du relief à l'album en ouvrant une page sur laquelle le groupe laisse un peu plus libre cours à des métissages stylistiques. Des morceaux comme « No Human is Illegal » resteront un peu plus bas-du-front et de ce fait un poil en deça des autres (en tout cas dans ma façon de percevoir ce disque), mais restent efficaces dans le style, avec même un riff tout droit tiré d'un break powerviolence à mi-morceau. Autre point : la basse est souvent un peu noyée dans l'attaque, et on peut parfois regretter de ne pas mieux la distinguer.

 

Expel the Leeches devrait donc plaire à celles et ceux qui apprécient les aventures blackisantes mais qui restent farouchement ancrées du côté hardcore/crust du monde, et non pas metal, avec des paroles toujours politiques, pour un groupe qui, je pense, doit se magnifier en live plus que sur album. Ce qui, il faut bien l'avouer, est le propre de pas mal de choses qui viennent du punk, et c'est plutôt un compliment.

 

A écouter quand, en contemplant le monde, on se dit que le capitalisme, c'est pas terrible au final, que le crust c'est tout de même mieux, et qu'on est en manque de blasts rageux pour faire passer tout ça.

photo de Pingouins
le 24/01/2022

3 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 24/01/2022 à 17:26:42

Le chant dépote grave oui. Clairement Neocrust véner pour moi.

Pingouins

Pingouins le 24/01/2022 à 23:08:34

Ah bah la voix ici n'est pas faite pour raconter des mots doux, c'est clair...
En fait, en réécoutant, et pour simplifier le bouzin, j'ai cette impression : l'album commence vraiment au troisième morceau.

Freaks

Freaks le 25/01/2022 à 08:08:18

Assez inégal je trouve. Intro et outro plus que dispensables. Après y'a vraiment de très bon titres. "Guillotine" et "The Oppressive Weight" entres autres. 
Et sinon, Necrocapitalism me fait beaucoup penser à Obeying The Iron Will de Ken Mode.. La batterie qui veut ça surement..

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