Briqueville - IIII

Chronique CD album (38:29)

chronique Briqueville - IIII

De Briqueville, on ne sait pas grand-chose. Rien, si ce n’est une vague origine belge et une passion pour les tuniques à capuches. Le mystère règne, donc. Par curiosité, j’ai donc ouvert un dictionnaire d’étymologie à la page « mystère » et ai appris qu’en 1167, Gautier d’Arras utilisait le terme de mistere pour décrire une « manière intime de penser ». Intéressant. Intéressant parce qu’en me prenant pour Bernard Pivot, le nez dans le dictionnaire et le IIII de Briqueville dans les oreilles, je n’ai pu m’empêcher d’en faire une corrélation. Effectivement, les Belges se sont fomenté un univers qu’il s’avère assez complexe d’aborder. La discrétion que l’ensemble de la clique s’impose est ici faite pour ne pas distraire l’auditeur et lui imposer une seule porte d’entrée : l’ouïe et la musique. Seule trace d’un art visuel : l’artwork, qui se trouve être ici une main humanoïde carbonisée, le pouce manquant (vous aurez saisi la référence au IIII). Poster de série Z ou hommage à Lucio Fulci ? Vu le sérieux de la bande, on penchera plus vers l’hommage que vers le simple pastiche destiné à affrioler la vierge effarouchée en mal de sensation. Sortie chez les Allemands de Pelagic Records en novembre dernier, je vous avoue qu’il m’a fallu un peu de temps pour digérer la galette.

Analyse.

 

Avant toute chose, il est préférable de préciser que plusieurs écoutes attentives sont nécessaires pour chacune des pistes de ce quatrième album, ici divisé en cinq « Akte », de XVI à XX (reprenant la progression logique présente depuis le début). Le travail est minutieux, précis, calibré et ce, dès l’« Akte XVI ». Malgré une trompeuse apparence de simplicité, le travail de composition et la création de textures sonores sont étonnants. Chaque écoute révélera un détail nouveau, passé inaperçu jusqu’alors et petit à petit, le paysage sonore se dévoile, se précise. J’allais dire « s’éclaircit », mais l’obscurité et la pénombre régnant, il m’en est impossible. Chaque « Akte », que l’on peut considérer comme une nouvelle sonore (et chaque album comme un recueil de nouvelle) apporte son lot de tensions, de noirceurs, de malaises. Et ce malgré des éléments plus enjoués, comme ce très étonnant « Akte XX » qui débute par un riffing très rock psyché et qui, petit à petit, se désagrège et implose pour ne laisser place qu’à l’inquiétude et au bad trip.

La distorsion du temps y est certainement pour quelque chose aussi. Des pistes oscillant entre 7 et 8 minutes, on a déjà vu mieux comme distorsion temporelle me direz-vous. Oui ! Mais les associés de Briqueville ont de la bouteille sur la question et leur modus operandi est taillé au cordeau. Il n’ont plus besoin des 15 ou 20 minutes des premiers  « Akte » pour nous perdre et nous hypnotiser (le terme est ici plus qu’adéquat).

La facilité serait de parler d’efficacité, mais le terme a été banni de (presque) toute chronique depuis la rédaction de la Convention sur la Rédaction des Chroniques Musicales en 1912 et la création d’une black-list (dans laquelle se trouvent aussi les termes « pachydermique », « riff rotatif », « riff acéré », « percutant », « album sincère » et bien évidemment l’« album de la maturité »).

L’équipée encapuchonnée donc, va directement à l’essentiel et fracasse les portes en quelques riffs et textures bien placés. Prenez donc l’« Akte XVII » et ses six minutes : BO parfaite de ses angoisses, avec ses montée tout en tension. Tension accentuée par la parfaite superposition d’éléments dont la plupart, étranges et inconnus, sortent de nul part. Peut-on dire que Briqueville est le David Lynch de la musique ? Peut-être. Dans tous les cas, la comparaison n’est absolument pas volée. Il règne dans IIII un certain universalisme dans le sens où l’album est abordable par un plus grand nombre de personnes, y compris extérieures au milieu. L’aspect  « niche un peu élitiste » des albums précédents s’est effacé sans pour autant perdre de sa teneur, de son mysticisme. Briqueville donne le sentiment de s’être ouvert au quotidien, de voir dans la matérialité, un mysticisme possible et exploitable.

 

Il faut donc concevoir la musique de Briqueville comme une porte d’entrée, un vecteur permettant de décupler son imaginaire, mais aussi ses névroses. IIII perd en lourdeur par rapport aux autres albums que Briqueville a déjà pu nous présenter, mais c’est pour mieux partir à la conquête d’autres territoires sonores et aborder l’angoisse sous des angles nouveaux. Avec cet album, Briqueville entame un départ à la conquête d’autres territoires pour y déposer, comme partout où il passe, un voile obscur et mystique.

photo de Vincent Bouvier
le 03/06/2024

5 COMMENTAIRES

Moland

Moland le 07/06/2024 à 09:53:58

Le groupe préféré des maçons 

el gep

el gep le 07/06/2024 à 11:22:34

Dieu tout impuissant, Momo, pitié, pitié !

Moland

Moland le 07/06/2024 à 11:55:05

Je mentirais si je dis que j'ai honte

Vincent Bouvier

Vincent Bouvier le 07/06/2024 à 12:46:57

Insortables, ces stagiaires de 3eme... 😁

Moland

Moland le 07/06/2024 à 13:14:21

Blague à part, chouette chronique pour 1 excellent album 

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