Carcass - Torn Arteries

Chronique CD album (48:59)

chronique Carcass - Torn Arteries

Alors ça c'est de la pochette qui claque ! Le genre qui mériterait d'être étudiée en école de comm’ en tant qu’archétype d’intelligence picturale, que summum de symbiose entre recherche esthétique, pertinence thématique et force d’impact. Du Arcimboldo passé à la moulinette Cattle Decapitation. Wouawh, donc, s’il fallait résumer la chose aux éventuels lecteurs mal-voyants qui accéderaient à CoreAndCo avec les outils logiciels adéquats.

 

Sauf que ce que l’on attend en premier lieu de Carcass, ce n’est pas de nous régaler les yeux mais de nous flatter les oreilles. Pour relooker son home sweet home il y a de meilleurs artisans, à moins de vouloir monter un escape game du type « Ultime autopsie ». N’empêche, ce level-up graphique interpelle forcément le fan qui, resté tiède devant Surgical Steel et froid au contact de Surgical Remission (… du coup il a zappé Despicable), a bien besoin qu’on lui rallume la flamme. Et justement, une telle pochette pique la curiosité, voire provoque quelques gargouillis émoustillés dans la poche à boyaux. Elle semble nous dire : « pas d’angoisse, on n’a pas vraiment changé – on apprécie toujours le gore second degré, avec du jus pas clair dans le fond. Mais l’âge aidant, on a dorénavant envie de faire les choses avec classe. ». Nous voilà donc prévenus : la déculottée 2021 sera administrée avec gants blancs et escarpins cirés !

 

Malheureusement, acceptons de voir les choses en face: les dix titres de Torn Arteries n’impressionnent pas les cavités auriculaires aussi fortement que la rétine. Et non, Carcass ne nous propose pas là quelque-chose de foncièrement inédit. Ceci étant dit, l’album est quand même meilleur que son prédécesseur. Et on sent que le groupe commence enfin à desserrer les fesses : il a sans doute réalisé qu'il n'y avait aucune obligation pour lui de rester campé aussi strictement sur la fine ligne séparant Necroticism de Heartwork. Jeff Walker, Bill Steer et les « stagiaires » qu’ils ont pris sous leur aile (au passage, welcome Tom Draper à la seconde guitare!) commencent à revenir doucement à cet esprit puranafoot-libreMax qui caractérisait la fin de leur première partie de carrière, notamment sur Swansong. Parce que – disent-il à demi-mots – « on t’emmerde, toi, le soi-disant fan extrémiste qui veut de la pureté et du steak enveloppé de fil de fer barbelé, ainsi que toi, l’inspecteur des travaux finis qui ne retrouve pas assez ses marques ni de sensations fortes. On est Carcass, on reste Carcass, mais on ira là où on a envie d’aller, quelle que soit la véhémence de vos protestations ! ».

 

La traduction n’est pas littérale hein, vous vous en doutez…

 

Voilà pourquoi « Flesh Ripping Sonic Torment Limited » dure 9 minutes et 42 secondes, démarre sur des douceurs électro-acoustiques, et se met à rêvasser au bout de 5 minutes. Voilà pourquoi les compos retournent aussi régulièrement à ce croustillant esprit « Rot’n’Roll », et vont parfois même jusqu’à enfiler la veste à franges et les pattes d’eph’ du Cathedral de The Ethereal Mirror (... à noter ces clap clap déconcertants aux trois quarts de « In God We Trust »). Par contre, pour être honnête, les accès de « folle liberté retrouvée » ne s'aventurent guère beaucoup plus loin sur les chemins de l'indépendance artistique. Et vous pourrez lancer en mode random une playlist basée sur Heartwork, Swansong, Surgical Steel et Torn Arteries sans que jamais la cohérence de ce mix discographique ne soit rompue par un excès d’originalité. La vieille râpe à fromage logée dans la gorge de Jeff gratte toujours aussi agréablement nos tympans, tandis que les leads défilent toujours avec classe sur des tempos majoritairement mid/slow – chez Carcass on préfère faire couler vicieusement l’acide sur les plaies ouvertes plutôt que de les approfondir à coups de hache frénétiques.

 

Maintenant, qu’un groupe change de cap ou non, seuls comptent vraiment la qualité et l’accroche des morceaux proposés. A ce titre la première moitié de ce 7e album se révèle être la plus faible. Car « Torn Arteries » et « Dance Of Ixtab » soulèvent gentiment la poussière du grenier sans vraiment faire le ménage, tandis qu'« Under The Scalpel Blade » aurait tout aussi bien pu rester cantonné à l’EP Despicable sans que cela ne génère aucune réclamation tant il louvoie et exploite des ressorts narratifs déjà passablement usés sur les précédents albums… « Eleanor Rigor Mortis » la joue un peu pantoufle également, sauf qu’il réserve de belles petites explosions culminant lors d’un solo fougueux à 3:54. Arrivé à « The Devil Rides Out », alors qu’on commence à se dire que l’album ressemble diablement à un Surgical Steel 2, on se met à remarquer que, mine de rien, derrière la devanture de nous bien connue, la compo s'avère finalement mieux troussée que la moyenne, plus mémorable – elle aurait d’ailleurs fait un bon premier single.

 

Mais ce n’est que par la suite que Torn Arteries se distingue vraiment de son prédécesseur. Sur le long mais néanmoins pertinent « Flesh Ripping Sonic Torment Limited » par exemple, qui réussit à se renouveler intelligemment sans trop altérer sa solide base métallique. « Kelly's Meat Emporium » enchaîne dans ce même mode – sans oser autant que son voisin cela dit – avant de se faire emboîter le pas par tout le reste de la tracklist, l’album réussissant à rester sur une dynamique de « petit plus » qui permet de convaincre sans réinventer la roue. Un côté Rock plus prononcé, une décontraction sensible – la 2e canette vidée à ce stade de l’écoute, peut-être, aussi – permettent de finir l’écoute sur la délivrance d'un Tableau d’Honneur plutôt que sur celle d'un bête « Mouaif, c’est toujours la même soupe en fait » désabusé.

 

Alors non, avec Torn Arteries Carcass ne franchit pas un nouveau cap. Il reste globalement dans le cadre défini précédemment par Surgical Steel... Mais cette fois sans stresser ni plus souffrir de ces contraintes stylistiques auto-imposées, histoire de ne pas se couper de sa fan base. Le groupe a mûri, semble avoir décidé de se faire plaisir et d’enrockifier un brin sa formule – après tout Swansong a plu en son temps – et cela se ressent… Fort de compos cette fois plus inspirées, le groupe devrait donc pouvoir continuer d’arpenter les scènes sans obligation de se cantonner uniquement à ses anciennes compos. Sans doute aurait-on préféré bondir d’enthousiasme sur des titres aussi bluffants que ce superbe artwork cardio-potager, mais on est déjà bien content que cette cuvée 2021 ne nous ait pas déçus…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Torn Arteries est un mélange Heartwork (beaucoup) / Necroticism (aussi, quoiqu'un peu moins) nuancé de bons vieux élans Rock renvoyant à Swansong. On n’est donc pas loin du créneau de Surgical Steel, mais cette fois dans un mode moins automatique, et en plus inspiré. Pas une source infinie de youpis frénétiques pour les fans transis, mais du mieux. Le verre étant à moitié plein, on va donc dire que tout va plutôt bien dans la clinique charcutière de nos voisins d'outre-Manche !

photo de Cglaume
le 16/09/2021

10 COMMENTAIRES

Pingouins

Pingouins le 16/09/2021 à 14:55:54

Excellente pochette en effet !

cglaume

cglaume le 16/09/2021 à 15:23:26

Le problème c'est si on n'en retient que ça au final... :)

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 16/09/2021 à 19:04:21

Lapin, tu mets 7,9 à un album pour une chouette pochette et "du mieux" ? Je schématise. Cette note n'est donc pas loin de l'excellent (pour moi) 8. Perso, ton avis me ferait coller un petit 6,5, pas plus. Bon je vais l'écouter...

cglaume

cglaume le 16/09/2021 à 19:06:03

C'est un album qui est, dans l'absolu, très bon. Mais pas tout à fait au niveau de ce qu'on attend d'un grand Carcass. C'est ce que cette note essaie de traduire comme elle peut... :)

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 16/09/2021 à 19:09:17

Ta verve proverbiale me laissait penser le contraire sur une deuxième moitié de chro.

cglaume

cglaume le 16/09/2021 à 21:32:10

(Et puis bon: un lapin est beaucoup plus gentil qu'un Crom, tout le monde sait ça :D :P)

cglaume

cglaume le 16/09/2021 à 21:33:37

(Sans compter qu’on chipote sur 1,4 point - de 6,5 à 7,9 ;) )

CROM

CROM le 17/09/2021 à 10:31:29

La différence entre une pizza surgelée et une pizza maison.

gabalgabow

gabalgabow le 17/09/2021 à 19:58:22

C'est donc une pizza maison surgelée?

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 17/09/2021 à 22:46:22

Pas loin...

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