Carnival In Coal - Vivalavida

Chronique CD album (48:34)

chronique Carnival In Coal - Vivalavida

L'île déserte...

Les dix disques...

Le choix cornélien...

 

Vous avez été nombreux, par jeu, par défi, par obligation, à répondre à cette fameuse question « Quels sont les dix albums que vous emmèneriez sur une île déserte ? ». Personnellement, mes choix ont beaucoup varié au fil des années. Mais certains disques sont des piliers immuables. Vivalavida de Carnival In Coal en fait partie. Certains en matière de nawakerie musicale ne jurent que par The Real Thing, Sailing the Seas of Cheese, Uncle Meat, Nothing ou California. Pour moi, le choix est évident, il ne faut un disque plus radical, plus extrême, dans tous les sens du terme.

 

Après avoir traîné leurs guêtres et fait leur armes au sein de l'Underground amiénois au cours de la première moitié des années 1990, Axel Wursthorn et Arno Strobl décident d'unir leurs forces au sein d'une nouvelle formation qu'ils nomment Carnival In Coal. Le premier se charge de tous les instruments tandis que le second assure le chant. En 1997, ils publient une unique démo, Sramik. Pour l'occasion, les deux musiciens revêtent d'élégants pseudonymes, respectivement Karl Zengerls et Thursday Morning. Fidèle lecteur de la presse papier spécialisée de l'époque, une galette jaune (je profite de l'évocation de cette couleur pour saluer un lapin jaune qui pour moi est très largement associé à Carnival In Coal), le sampler n°5 de chez Hard Rock est l'occasion pur moi de découvrir l'un des titres de cette démo, «  She-Male Whoregasm ». Mon destin était scellé. Je dois l'avoir écouté plus d'une centaine de fois, traumatisé par la prestation vocale mais aussi par sa cohérence malgré la multitude de styles abordés.

 

En janvier 1999 donc, le label War On Majors, dont Vivalavida est la seule sortie, me permet d’acquérir pour mon plus grand bonheur ce premier album des Samariens illustré par une fleur rose et jaune en gros plan. Si vous avez été curieux et que vous avez cliqué sur le lien plus haut, ou que vous connaissiez déjà le morceau (dans ce cas, je vous aime déjà), vous avez déjà une idée du bordel musical ultra-maîtrisé proposé ici. Sur les onze titres (douze selon les computs), six sont repris de Sramik, seuls l'intro éponyme et « Cinque (The Parrot Stuff) » sont laissés de côté.

 

« She-Male Whoregasm » résume assez bien les intentions du duo, même si il est loin de tout couvrir les presque cinquante minutes offertes ici. De mémoire, et avec maintenant un certain recul, rares sont les groupes qui ont osé pousser aussi loin le mélange des genres. Déjà que certains hurlent comme des chouettes effraies et menacent de mort quand on habille du BM avec du clapping (suivez mon regard), là ils sont les candidats au suicide à l'overdose d'Inatia Amara.

 

Black Metal, Funk, Death Metal, Disco, Doom Metal, Folk, Heavy Metal, Variété, Thrash Metal, Hip-hop, Grindcore, Reggae... Allez-y nommez-en un, peu manquent à l'appel. Mais fort heureusement, ce véritable patchwork fonctionne de bout en bout, malgré quelques erreurs, assez légitimes et qui renforcent le charme de l'album, en particulier un BaR parfois un peu cheap ou des sons de claviers par moments kitsch. Tout cela tient en un tout cohérent grâce à travail d'écriture et de construction monstrueux, qui, et cela rajoute à son talent, il ne saute pas aux yeux, il se fait discret et au service des morceaux.

 

Il faut aussi saluer le groove assassin de Karl Zengerls / Axel Wursthorn, bassiste, sinon de formation, au moins dans les futures incarnations live du groupe, mais aussi celle de Sômbre, groupe qu'il a fondé après le split de Carnival In Coal. Écoutez par exemple « Got Raped » et en particulier son intro, pour vous en convaincre.

 

Quant à lui, Arno Strobl, se met au diapason des qualités citées plus haut de son compagnon. Véritable caméléon, il semble aussi à l'aise dans registres métalliques, extrêmes et grand public. Vous en connaissez beaucoup des vocalistes capables d'enchaîner avec autant d’apparente facilité, des shrieks à-la Abbath, des refrains funky dignes de Gloria Gaynor et des sons de vidange d'évier au Destop® ? Moi non.

 

Les deux musiciens font preuve, chacun à leur manière, d'un humour permanent. Dans les textes d'abord, lisez ceux, au hasard de « Yeah, Oystaz » et on en reparle. Le second degré est omniprésent, j'ai du mal à croire qu'Alan Thursday Morning croie vraiment ce qu'il écrit pour « Narrow-Minded Sexist Pig ». La musique elle aussi démontre un fort esprit de dérision que beaucoup on prit au pied de la lettre, ne comprenant pas sa subtilité. Une incompréhension d'une partie du public qui précipitera sa chute.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant longtemps, je n'ai pas compris comment on pouvait écouter de la musique sur une île déserte. Jusqu'à ce que je comprenne que déserte n'est pas synonyme de sans électricité. Ce n'est pas Koh-Lanta non plus. Maintenant, j'ai l'affreuse image d'un lapin jaune écoutant Dirty Shirt en équilibre sur un poteau au-dessus de la marée montante...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous l'avez aussi ?

photo de Xuaterc
le 24/04/2022

2 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 24/04/2022 à 10:25:25

:D
Koh-Lanta, c’est un groupe de Zouk-core?

Belle chronique mon Xuxu ! Mon initiation est également passée par le sample HRM… Vieux croûton powa !!!

Et cet album me rappelle aussi notre première rencontre - chabadabada - à l’occasion du concert CiC / 6:33 ;)

Xuaterc

Xuaterc le 24/04/2022 à 16:20:02

Je suis content d'avoir son satisfecit pour cette chronique.
Et les mots sur le 2è paragraphe font entre autre référence à ce concert
Koh-Lantha, j'aurais plutôt classé ça dans le Crab-Core...

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anonyme


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