Choreomanic - Choreomanic

Chronique CD album (37:19)

chronique Choreomanic - Choreomanic

Figurez-vous qu'initialement j’étais persuadé que Choreomanic faisait référence à une frénésie boulimique particulière consistant à ingérer des quantités gargantuesques d’Oreos parfum chorizo. Alors que non non, pas du tout : la chorémanie, ou « manie dansante », ou encore « épidémie de danse de Saint-Guy », fait référence à un phénomène touchant des personnes – parfois en groupes conséquents – qui succombent à ce qui peut s’apparenter à une bouffée délirante les poussant à danser frénétiquement, généralement jusqu’à épuisement. Les dernières manifestations d’ampleur de tels accès maniaco-trémoussatoires remonteraient à 1863 – quoiqu’un certain nombre de mèmes laissent à penser que le phénomène se produirait encore dans les grands-messes évangélistes.

 

Là, ça y est, l’introduction débile est à présent derrière nous, on va pouvoir commencer à véritablement causer musique…

 

Choreomanic est né pendant l’un de ces nombreux et récents confinements, alors que la basse de Joost van der Graaf le démangeait fort, mais qu’il était interdit à ce dernier d’aller se la gratter en public. Comme quoi on peut blâmer les masochistes, mais la frustration peut parfois être une incroyable source de créativité… Vous ne voyez pas qui est le gugusse en question ? Pourtant vous l’avez sans doute croisé sans le voir, sur l’un des trois derniers albums de Dew-Scented, ou même plus récemment, sur le Exitivm de Pestilence. Mais pas question cette fois de simplement caracoler en compagnie de grogneurs mugissant et de guitares rugissantes : car la culture de Joost, c’est également Mr. Bungle, John Zorn, Zappa, King Crimson, Igorrr et Carnival in Coal. Et le bonhomme est plutôt du genre à se satisfaire d’une trompette ou d’un trombone à la place d’un canon à postillons.

 

Du coup adios les cordes vocales, adios les guitares, adios l’étiquette Metal extrême : avec Choreomanic on recrache son fond de vieux ‘sky tiède et on le remplace dans les verres par un rhum fortement parfumé et une tranche de citron vert. Et plutôt que de se cacher dans le fond, derrière la batterie, cette fois c’est décidé : Joost va exhiber son gros instrument au tout premier plan, être le piston principal qui fait vrombir le moteur de l’album, et ne céder la place aux cuivres qu’en échange d’une promesse : que ceux-ci n’en fassent pas trop et se concentrent sur leur tâche officielle de faire-valoir.

 

Voilà pour le pitch de ce premier album. On pourra dès lors faire des rapprochements avec un Kong agréablement girond, avec un Nuclear Power Trio amputé de sa guitare mais enrichi de cuivres, ou pourquoi pas avec un Chrome Hoof aphone, ayant troqué son psychédélisme spatial pour une musculature plus généreuse et un supplément d’abrasivité. Et ce postulat intriguant de donner naissance à de vraies réussites. Comme « Red Flags », dont la fanfare hypervitaminée fout d'autant plus la patate qu’elle est suivie de près par un cortège au groove aussi roublard que sexy. Comme le morceau-titre, dont les cuivres à l’affût évoluent à dos d'une basse à la fois grésillante et rebondie. Comme sur « Story About The Moon », qui exploite au maximum l’effet de contraste entre brass band alangui et rythmique crépitante. Ou comme sur l'apogée symbiotique intitulé « Time To Let It Out », qui n’est que charbons ardents et vitalité explosive.

 

Il reste néanmoins une marge de progression à Choreoman avant qu’il puisse être considéré comme un véritable super héros. Alors non, son problème n’est pas qu’il semble serrer les dents sans discontinuer, même lors des plus funky des passages slapés, comme si la piste de danse à l’allure diablement accueillante sur laquelle il évolue était en fait tapissée d’invisibles barbelés obligeant à une certaine retenue, voire à une certaine froideur. Le problème n’est pas non plus cette diffuse impression que les cuivres sont quelque peu bridés, comme s’ils officiaient dans une soirée d’entreprise plutôt que sous le soleil cubain. Ce n’est pas non plus ce voile léger qui semble atténuer le brillant que le son pourrait réclamer de plein droit. C’est juste que ces morceaux courts ressemblent parfois plus à des bacs à sable exercice-de-stylesques dans lesquels Joost se fait plaisir qu'à des compos équilibrées et pensées pour emporter l'adhésion. Cette impression s’impose dès « This Is Not A Drill », laboratoire certes étonnant – avec ses percus, ses airs menaçants et ses parasites glitchesques – mais ne méritant que peu le qualificatif d'« alléchant ». La réflexion s'avère relativement similaire pour « Off With The Figurehead » qui ressemble plus à une démonstration de savoir-faire qu’à une entreprise de séduction. Quand vous ajoutez à cela un « Calling God » paresseux (alors qu’il était censé être lascif, a priori, vu le thème abordé – cf. les extraits de films de boules en fin de parcours) et un long final lancinant (« Away From The Sun », dont le feu intérieur semble être éteint), vous comprendrez qu’on n’ait pas rajouté une deuxième louche d’enthousiasme dans la note finalement attribuée.

 

N’empêche que, croyez-moi sur parole, ce premier album risque de vous donner sacrément faim. Et pas seulement d’Oréos au chorizo…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: une basse Metal, à la fois rondement funky et – paradoxalement – froide, âpre et massive. Des cuivres – trompette, trombone, saxo… – très présents mais évitant toute exubérance mal venue, à un point tel qu’on pourrait soupçonner un passage par la maison Drucker par le passé. Et les uns et les autres de se donner la main dans un contexte libre de toutes contraintes, entre Kong, Nuclear Power Trio et Chrome Hoof... Ça vous tente ? Alors essayez Choreomanic – ou juste « Time To Let It Out » si vous devez aller à l'essentiel – puis laissez un sourire de contentement révéler votre magnifique dentition constellée de bouts de laitue.

 

photo de Cglaume
le 26/03/2022

3 COMMENTAIRES

Freaks

Freaks le 26/03/2022 à 10:28:48

Cold funk!? Comme quoi on arrête pas l'progrès.. Musical du moins :p

Xuaterc

Xuaterc le 26/03/2022 à 12:19:56

Renseignements pris, un film de boules n'est pas un film sur la pétanque... Attention les amis!

cglaume

cglaume le 26/03/2022 à 12:46:38

:D

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