Cross Bringer - The Signs of Spiritual Delusion

Chronique CD album (28:53)

chronique Cross Bringer - The Signs of Spiritual Delusion

2020 aura été une belle année, musicalement au moins et pour moi au mieux. Généreuse en surprises, me voici dans son crépuscule, ajoutant une nouvelle pierre à mon top de l’année, ce petit édifice déjà bien imposant.
Et dans l’épisode du jour de la série "Je chronique le premier album d’un groupe après m'être pris un bon coup de gourdin en adamantium dans la ganache", je vous présente: Cross Bringer.

Retenez bien ce nom car il se pourrait bien que vous n’ayez plus besoin de le retenir tant on risque de parler d’eux. En tout cas, on pourrait...On devrait...Il faudrait!

Car Cross Bringer est un groupe récent, un enfant avec des yeux d'adulte, illégitime mais désiré, un fruit défendu par deux ex-membres de groupes russes: Euglena (metal/hardcore) et The Homeless Is Dead (Hardcore/Goregrind).

 

Les présentations des acteurs étant faites, passons au décor. Pour commencer, il y a cette magnifique pochette de Dehn Sora (Throane, Treha Sektori, Ovtrenoir...) qui propose un magnifique travail de lumières dans de subtiles nuances bichromiques portant à nos yeux une nudité qui fait oublier son outrance avec ses meurtrissures.  
Ensuite, le concept de l’album: Лесть que l’on peut traduire par “flatterie” ou plus exactement “désillusions” dans le sens qui lui est donné par les chrétiens orthodoxes, c’est à dire une spiritualité qui serait faussée, feinte et donc réprimable. N’étant pas théologien, je ne me risquerai pas dans une analyse plus profonde. Pour les curieux, rendez-vous ici.

 

L’album prend le temps de s’ouvrir. La musique se rapproche de l’auditeur. 150 secondes de nappes légères, rampantes, insidieuses. Un souffle musical et ténu, un prologue esthétique, permettant à l’auditeur de s’installer au mieux pour recevoir les 26 minutes restantes. 26 minutes d’un mélange qui emprunte au hardcore ce qu’il a pu manquer au black-metal. L’énergie de l’un, le malsain de l’autre. 26 minutes d’une tissure enténébrée qui puise dans le doom ce qu’il a pu manquer à la noise. La lourdeur de l’un, l’acidité de l’autre. Une valse parfaite de styles, un tango de genres, sombre, chorégraphié, qui souvent hésite mais jamais ne trébuche, qui nous balance entre intensité contenue et débordante retenue.
Cross Bringer fait de la souffrance une esthétique introspective, éthérée, diffuse, qui se noie en nous comme on se noie en elle, nous rappelle à sa versatilité ("The Battle Of The Weak"), à sa densité (“Supplication - Sacrament” et son intro drone/doom). On y retrouve cette intensité digne d'un Converge. L’interprétation est libérée mais d’une maîtrise absolue, une déclaration auditive délétère portée à merveille par une signature sonore proche de la perfection (l'album a été masterisé au Deviant Lab, ce qui explique l'excellent travail). On y retrouve donc ce côte "brut", sans vernis trompeur des productions de black-metal. Les guitares sont granuleuses, sourdes et profondes. Les riches parties de batterie rythment un combat à mains nues entre des blasts funéraires et des fills cuivrés. Le chant, mélange de screams amères et de fry acide, à l’intensité autant psychologique que physiologique, joue avec nos tripes comme il se joue de nos émotions les plus noires.

 

A l'instar d’Eyes qui a su, dès son premier album, élever le hardcore dans des sphères nouvelles, Cross Bringer enterre le black-metal un peu plus profondément dans sa torpeur. Sans le ré-inventer totalement, ils enveloppent sa moelle meurtrie dans de nouvelles chaires qui puisent aussi bien dans le hardcore et que dans le sludge/doom.
Esthétique, nihiliste, intense, malsain, construit, acide, ce premier coup est de maître et la suite ne peut être qu’attendue.

 

On aime: un black-metal teinté d’influences, le chant intense et lourd de sens, la batterie qui tartine juste comme il faut, le son des guitares, la pochette
On aime moins: pas grand chose

photo de 8oris
le 15/12/2020

5 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 15/12/2020 à 10:18:46

Belle chronique!

Seisachtheion

Seisachtheion le 15/12/2020 à 11:37:07

"vernis trompeur des productions de black-metal"...
... Des noms, j'veux des noms ! ^^

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 15/12/2020 à 12:06:02

Pas dans mon top mais un très bon album avec la pochette de l'année.

Seisachtheion

Seisachtheion le 15/12/2020 à 12:13:48

En tout cas, je t'envie (et te remercie...) d'avoir pris le temps de décortiquer cet album. Mes 2/3 premières écoutes m'ont fait une très forte impression...

8oris

8oris le 15/12/2020 à 14:58:11

@Seisachtheion : méprise, je disais justement que les productions black-metal n'ont pas de vernis trompeur sinon j'aurais écrit "On y retrouve donc ce côte "brut", sans LE vernis trompeur des productions de black-metal." mais bon, j'avoue que ma syntaxe est parfois hasardeuse et chaloupée.

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