Death Angel - The Dream Calls for Blood

Death Angel - "The Dream Calls for Blood"
chronique Death Angel - The Dream Calls for Blood

« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bienvenue au Park Inson pour un nouveau combat au sommet sur le ring du Thrash of The Tivieux. Ce soir, à ma droite, venu spécialement de San Francisco, Californie, pesant 7 albums pour 31 ans d’expérience, veuillez applaudir le terrible Ange-de-la-Moooort!! A ma gauche, tout juste arrivé d’Ottawa, Canada, pesant 14 albums pour 29 années au compteur, merci d’acclamer comme il se doit l’impitoyable An-ni-hi-la-teuuuuur!! »

 

C’est sûr que les sorties rapprochées des derniers albums de Death Angel et Annihilator poussent naturellement à jauger l’un par rapport à l’autre. Et le moins que l’on puisse dire est que le combat est d’une rare qualité, et qu’aucun des 2 participants ne réduit son adversaire en bouillie sanglante dès la fin du 1er round. C’est que l’un comme l’autre des combattants possèdent une expérience et une maîtrise extrêmement poussées de leur art. N’empêche, quand sonne le coup de cloche final, celui qui a le plus de dents à cracher et le moins de coups francs portés à son adversaire est le gang américain.

Tatata, on ne discute pas: c’est moi qui arbitre, et d’ailleurs je vais vous montrer – Gégé, vas-y, balance les ralentis – les raisons de cette victoire remportée aussi bien aux points qu’aux poings.

 

Commençons par l’argument qui prêtera le plus aisément le flanc aux protestations: le son. Si les prods de Feast comme de The Dream Calls For Blood sont toutes deux abrasives et musclées, la cage de cristal dans laquelle la bande à Jeff Waters a déposé ses 9 compos est astiquée au point que l'auditeur pressé et peu attentif rentrera tête la première dans ses parois limpides et robustes. En comparaison, la prod granuleuse et le chant légèrement voilé du dernier Death Angel semblent avoir une décennie de plus dans les jambes. Mais honnêtement, s’il n’y avait que ça, on finirait quand même le match sur un ex-aequo.

 

Non, là où la victoire d’Annihilator devient indiscutable, c’est sur 1) la diversité des compositions proposées et 2) l’accroche indéniable de titres ayant une existence propre en dehors du flot homogène de l’album. Pas que les californiens nous proposent un bouillon fade et tiède – arrière, calomnieuses allégations! – mais il n’y a pas photo: quand la tête de lecture de notre player quitte les sillons laser des deux opus en compétition, celui qui nous laisse les sensations les plus vives, les frissons les plus personnels, les souvenirs les plus nets, et l’envie de se rejouer le match, c’est bel et bien le dernier bébé de Jeff Waters. Certes The Dream Calls For Blood contente lui aussi le thrasheur averti, mais laisse sur une impression plus diffuse, et quitte relativement vite le front de nos pensées. Et si vous contre-attaquez en pointant du doigt les quelques passages un peu guimauves de Feast, je vous rétorquerais que les légers penchant dark prog’ de la bande à Rob Cavestany colorent eux aussi des titres comme « Execution » ou « Territorial Instinct » d’un gris délavé qui émousse un brin les lames brandies par le combo.

 

Mais abandonnons là cette démarche comparative pour pointer les « Ah ouaiiiiiiis! » et les « Ah? Bon… » de ce 7e chapitre des aventures de l’Ange de la Mort.

 

Globalement, cette nouvelle sortie s'avère pêchue, revancharde et sombre. Loin de la perspective d’un séjour prochain en maison de retraite, les américains font cette fois encore montre d’une patate assez incroyable. Mark Osegueda par exemple, malgré un chant quand même relativement typé « oldie », fait preuve d’une énergie impressionnante. Et derrière lui, la machine-à-riffer-sévère tourne à plein, à une cadence franchement élevée pour une formation ayant autant de bouteille. D'autant que, comme à son habitude, le groupe ne se contente pas de pilonner en mode bombardier bas du front: aux guitares, Rob et Ted se livrent à un nombre considérable d’attaques en piquée et parsèment les titres de moults soli dont les plus marquants – si je me réfère à mon exemplaire perso' du Guide du Riffard – sont a) celui qui, à 0:58 sur « Fallen », déforeste l’Amazonie à grandes bourrasques, ainsi que b) la tornade blanche qui déboule à 4:03 sur « Detonate ». M’enfin on parle ici de « morceaux choisis » hein, pas d'un tour d’horizon exhaustif. Par contre on regrettera une certaine inconsistance au niveau de l'écriture: en effet, hormis l’excellent « Fallen », aucun titre n’est tout à fait irréprochable de bout en bout, bien que quasiment tous renferment tel ou tel passage plus croustillant que la moyenne. Tiens, prenez « Detonate », – qui, pour ma part, aurait pu être LE tube de l’album: le passage mi-quiche mi-rasoir tout revêche, qui démarre un peu avant la marque des 2:00 et dure une bonne minute, met un petit coup de frein temporaire à la bonne marche du titre. « The Dream Calls For Blood » – qui s'avère avoir un bon refrain et est particulièrement jouissif quand il fonce – pêche par un début poussif et quelques chœurs de babouins assez peu excitants. « Empty » – qui possède sans doute LE riff (classique mais mortel) de l’album – s’emmêle les pinceaux à cause de quelques cassures malheureuses (pffff, à 1:01, ça part dans les graviers…). Et puis côté refrain, ce n’est pas toujours la fête – ceux de « Left For Dead », « Son of the Morning » ou « Don’t Save Me » n’étant pas franchement des mètres-étalons en la matière. Sans parler du morceau final, qui ne se rattrape que lors de sa dernière minute et demie, le gros du titre restant figé dans une gelée chamallow qui aura décidément gâché quelques tombers de rideau cette année (cf. les derniers Russkaja et Die Krupps).

 

Rassurez-vous: l’impression finale laissée par The Dream Calls For Blood est plutôt bonne. Mais on sent que l’album aurait eu les moyens d’être un peu plus irréprochable, voire de tenir la comparaison avec les derniers Annihilator et Overkill. M’enfin reconnaissons que si le niveau de qualité et d’énergie dont fait preuve le groupe pouvait être la norme, le thrash serait un genre qui brasserait des millions (allez, rêvons un peu…). Bref, l’un dans l’autre cette nouvelle sortie de Death Angel est tout à fait satisfaisante, et vaut le coup rien que pour les « Fallen », « Detonate » et autre « Empty ».

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: avec The Dream Calls For Blood, Death Angel nous gratifie d’un 7e bilan de santé dont quasiment tous les indicateurs sont au beau fixe. 31 ans après avoir commencé à gratouiller ses guitares, le groupe sort un album qui a de quoi calmer la nouvelle génération de thrasheurs – bouillonnants, mais peinant souvent à marquer les esprits. Mais relativisons quand même un peu: cet opus ne restera pas non plus comme THE album of 2013…

photo de Cglaume
le 26/11/2013

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