Destruction - Diabolical

Chronique CD album (47:16)

chronique Destruction - Diabolical

En fonction des vécus, des expériences personnelles et des traumatismes, les gens créent des associations dont la logique leur est propre. Prenez ma pomme : quand je m’envoie le nouvel album de l’un de ces vieux barons du Thrash – qu’il soit ricain, teuton, ou riton (ça n’a aucun sens mais ça me fait marrer) – j’ai cette impression doucement euphorique de débarquer sur le premier jour d’un festival. Ça sent le soleil, la pseudo virilité beaufo-rigolarde, et les sandwiches trempés dans la bière. On se sent bien, pas excessivement stimulé intellectuellement, pas épargné olfactivement, mais bien.

 

Non non, n'ayez crainte : je ne vais pas passer la chronique allongé sur un divan à vous raconter ma life. D’autant que vous m’avez l’air plus Friends que Freud…

 

Si ce début de papier n’est pas non plus complètement hors sujet, c’est que le 15e album de Destruction est – un peu comme d’habitude, à l’exception notable de The Least Successful Human Cannonball peut-être – une autre de ces feelgood sorties Thrash dont le fort parfum de tradition et de savoir-faire ancestral remplit d’un bonheur simple mais vrai. Certes, en 2022 la bande à Schmier continue de montrer les dents, et ce n’est pas pour exhiber l’émail resplendissant d’un animateur de quinzaine commerciale, mais plutôt pour vous arracher un bout de steak. Par contre, oui, on peut quand même utiliser le qualificatif « Feelgood ». Car ces cuirs cloutés, ces zombies hostiles, ces cartouchières taille-basse ont quand même plus en commun avec le 2nd degré de Toxic Avenger qu’avec un futur postapocalyptique véritablement flippant. Et il est vrai que l’on s’abreuve de ces 13 nouveaux morceaux comme des souvenirs de ce tonton baroudeur à l’indéniable talent de conteur plutôt que comme d’histoires sordides « et pourtant vraies » chuchotées au coin du feu pour se faire flipper entre amis.

 

Mais revenons à un ton plus froidement descriptif : si un vil chancelier du siècle dernier aspirait à bâtir la Grande Allemagne, Schmier a quant à lui choisi le chemin opposé en dégermanisant à l’extrême ses rangs. Sur Born To Perish déjà, Randy Black (ex-Annihilator, ex-Primal Fear) était venu apporter sa touche canadienne derrière les fûts, tandis que Damir Eskić y gratouillait sa 6 cordes suisso-bosniaque. Eh bien aujourd’hui c’est le vétéran Mike Sifringer qui laisse sa place à Martin Furia, argentin et guitariste de son état. Pangermanisme 2.0 ou mondialisation métallique, je ne connais pas les motivations profondes du leader de Destruction… Toujours utile que ces mouvements n’impactent en rien la patte multidécennale du groupe, mais lui permettent au contraire de conserver intacte sa patate. Parce que c’est là la marque de fabrique de Diabolical : original, pas trop, mais distributeur de mandales, oh que oui ! « No Faith In Humanity » applique la proverbiale politique de la terre brûlée tout en appuyant comme un bourrin sur le champignon. « Hope Dies Last » torture les guitares avec une fougue et un enthousiasme qui compensent largement les impressions de déjà-vu. « Servant of the Beast » terrasse grâce à l’un de ces riffs qui évoquent les tornades les plus virulentes. « Ghost From The Past » lâche un gang de motards de l’enfer aux trousses de nos enceintes. Tandis que « City Baby Attacked by Rats » ressuscite un GBH aux yeux injectés de sang et à la musculature sans comparaison avec celle du vieil arpenteur de squat.

 

Gardons-nous quand même d’idéaliser le tableau à l'excès. Car quand les postillons se font moins acides, on sent bien qu’on a affaire à du Thrash de darons, avec son lot syndical de solos, ses clins d’œil de late-boomers (les « Practice what you preach » entendus sur « Repent Your Sins », notamment à 1:27, clignent de l’œil vers Chuck Billy), quelques rythmiques en phase digestive (« Tormented Soul »), et ses gimmicks de vieux routiers qui s’en foutent que tout le monde sache très bien qu’ils tirent encore sur les mêmes vieilles ficelles (un « Under the Spell » taillé sur mesure pour ouvrir les sets live, quelques « Iiiiiiiii-Yaaaaaah ! » suraigus attendus par des fans pavlovisés, des plans Tagada-Tagada sur mon destrier Thrash qui font hocher la nuque sans réfléchir…).

 

OK, tout ça est convenu. OK, on aurait pu se passer de ce vieux riff slayerien fatigué sur « Whorefication » – le dernier vrai morceau de la tracklist, crotte de bique ! OK, l’écoute de cet album ne change en rien ce qu’on pense des Allemands, et impactera à peine notre playlist « Tonic Teutonic Thrash Attack »… Mais on s’en fout : les mecs ont encore une pêche du tonnerre, un sourire mauvais, et aussi peu de rhumatismes que de problèmes de prostate. On les gardera donc cette année encore sur notre playlist The Road to Festivals. Parce que c'est définitivement là où est leur place !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: « No bullshit, No surprise, No disappointment Thrash Metal », ce pourrait être (une fois de plus) l’étiquette revendiquée par Destruction sur ce 15e album. En effet, Diabolical montre un groupe qui fait certes du surplace, mais qui le fait drôlement bien, en piétinant furieusement nos oreilles et en cautérisant les plaies ainsi créées avec des riffs particulièrement brûlants. 

photo de Cglaume
le 06/04/2022

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