Drache - Devenir le rien

Chronique CD album (50:37)

chronique Drache - Devenir le rien

Il n’y pas de mal à se faire plais’… Recevoir régulièrement les kits presse est une chose, indispensable pour couvrir le taf de chroniquer, mais ressentir la vibration concrète de l’objet entre ses mains, en commandant un joli coffret, en est une autre. Un CD digipack, un CD bonus, un patch, une bougie noire, un poème sur vieux papier sous enveloppe cachetée à la cire, le tout dans un coffret en bois peint en noir et gravé… le Coffret Imparfait était proposé il y a quelques semaines par Transcendance pour marquer la sortie de Devenir le rien, second album de Drache, projet crépusculaire et humide du Belge Déhà. Le CD Bonus est bien plus qu’un petit extra, puisque, courant sur 43 minutes, il est composé notamment des deux versions demo du sublime "Laissez-moi seul" et de "Souvenirs et hivers", ainsi que du titre "Imparfait", sortie inédite qui avait été prévue un temps pour le premier long format De Mauvais Augure de Drache.

 

 

 

Composé en 2021 et 2022 « durant les temps des guerres inutiles, du despotisme abrutissant et de l’incroyable stupidité », Devenir le rien intrigue et capte d’emblée l’attention, dès lors que cette création s’avère dédiée à la mémoire de Guillaume "Dagon" Neveu, l’ancien gratteux de Deviant Messiah, qui s’est « offert la mort » à la fin de l’année dernière. Ce geste définitif qui a aspiré ce musicien apprécié de son vivant dans le néant, a raisonné profondément en Déhà. Le poème sur vieux papier dont je vous parlais plus haut et dont je tairais le contenu, est une magnifique « lettre à Dagon ».

 

Croyez-moi ou non, mais l’écoute et la rédaction de la chronique de Devenir le rien sont venues se télescoper fortuitement (fortuitement vraiment ?) avec la lecture concomitante du Mythe de Sisyphe d’Albert Camus dont le premier chapitre, ramassé mais ô combien prenant, porte sur … « L’absurde et le suicide ». « Cette insulte à l’existence », renvoyant à un « problème à la fois simple et insoluble », est une « évasion hors de la lumière », « dans un univers soudain privé d’illusions ». Et que dire de cette phrase camusienne : « un geste comme celui-ci se prépare dans le silence du cœur au même titre qu’une grande œuvre »…

 

Justement. Une œuvre musicale telle que celle de Drache, après un superbe premier jet, ne peut se comprendre sans avoir à l’esprit cette négation assumée de toute réalité et de toute croyance, cette tentation nihiliste de se laisser aspirer par le néant. Glorifiant le « rien du tout », les lyrics sont des belles esquives créatrices pour panser les souffrances de son auteur « écrasé d’un spleen plus lourd à chaque pas », comme s’il était prisonnier d’un « mauvais temps qui ne finit pas ».

 

Toujours soutenue au chant par Brouillard (Marie de Transcendance) et Corvus von Burtle (Wolvennest, Aerdryk, The Nest), respectivement pour les 2e et 4e morceaux, la musique se met au diapason, avec un Black Metal qui nous « drache à la gueule » une rage noirâtre et une froideur spectrale planant, comme en suspension, durant les 50 minutes de cet album. Reprenant les très jolis mots utilisés dans « À la gueule », Drache nous esquisse à chaque morceau un « arc en fiel » monochrome. Dès la première très belle piste "À la gloire de rien du tout", on sent même que quelque chose d’incontrôlable se dégage des compositions de Déhà, au point de se réapproprier – plus tard dans l’album – le refrain de "Gangsta’s Paradise" de Coolio à la fin de son titre "Le paradis" ! Si, si, c’est possible, et le résultat final est très bon… Torturé et habité (écoutez donc les deux premières minutes de "À la gueule"), le Black Metal de Drache réitère implacablement son riffing glacial et acéré, ses samples souterrains, ses déchirures vocales qui mettent les poils et ses moments de pause forts en émotion, à l’exemple des passage à la guitare sèche à la toute fin de "La lumière radiante" ou au début du "Paradis". Autant de points qui avaient déjà fait la force de la première offrande.

 

Laissant exprimer sans entraves son cœur noir dans ce nouveau Drache, un projet vraiment à part dans son impressionnante discographie, Déhà ne cesse(ra) de faire de ses tourments, captés par son triple talent de compositeur, de parolier et de producteur, un puissant pivot créateur. Et si c’était cela finalement, pour un musicien, l’espoir, la passion, le sens de la vie ?

photo de Seisachtheion
le 04/12/2023

2 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 04/12/2023 à 11:11:53

C'est un bien bel objet en effet.
Je suis content qu'on parle de Transcendance ici, Marie fait un boulot phénoménal

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 04/12/2023 à 13:09:36

"drache à la gueule", "arc en fiel" : j'adooooooooooooore.

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