Ailiph Doepa - Plasma 〜The World〜

Chronique CD album (31:00)

chronique Ailiph Doepa - Plasma 〜The World〜

Préambule commun aux chroniques d'Exormantis et Plasma ~The World~

On ne peut pas dire que l’exercice du double-album soit monnaie-courante. En effet, tant qu’à avoir une muse prolifique, les groupes préfèrent en général mettre les excédents d'idées juteuses de côté pour l’opus d’après. Il faut dire que c’est tout bénef:

- ça garantit un meilleur niveau qualitatif du N+1ème album (du fait d’un réservoir de compos plus important dans lequel puiser)

- ça évite d'étouffer les fans sous un trop plein de son nouveau (ce sont de fragiles petites choses après tout)

- ça permet d’avoir de bonnes raisons de tourner sur une période plus étendue (car la tradition veut que prendre la route sans nouvelles compos à défendre soit une hérésie… non?)

Pourtant certains artistes souffrant à la fois d’impatience chronique et d’incontinence créative sortent parfois de ces énormes pavés offrant double dose d’oignons, de salade, de fromage et de sauce. On pense aux Use Your Illusion de Guns’n’Roses, au Keeper of the Seven Keys: The Legacy de Helloween, au Hardwired… to Self-Destruct de Metallica, ou encore à The Wall de Pink Floyd… Forcément, le phénomène est encore plus rare dans la micro-chapelle Nawak Metal. Pour autant celui-ci n’est pas non plus inexistant: rappelez-vous le Mezmerize / Hypnotize de System of a Down, ou encore le Z2 de Devin Townsend. Eh bien un troisième parpaing peut à présent se voir ajouté à ce jeune édifice en cours de constitution: Exormantis / Plasma〜The World, respectivement 4e et 5e albums d’Ailiph Doeapa. Et comme on aime faire durer le plaisir sur CoreAndCo, on abordera ce sommet de WTF Metal en deux chroniques, le présent périple vous proposant d’aborder l’œuvre par sa face lumineuse en s’attaquant à l’équivalent japonais du Sky Blue townsendien: Bright Side Album: Plasma ~The World~.  

 

En miroir à ce qui est écrit au sein de la chronique jumelle de celle-ci, on se doit de répéter ici que nul changement notable de personnalité artistique ni d’assagissement n'est à déplorer au sein de Plasma ~The World~. Ailiph Doepa s’est fait connaître par un Metal barré poussant l’univers de Maximum The Hormone dans ses derniers retranchements Nawak, et sur ce point il n’est pas question pour lui de prendre ses fans à rebours. Ça tombe bien: on aurait été un peu déçu du contraire. Cependant il est vrai qu’un tel parti-pris a un revers: les excès de brutalité auxquels le groupe se laisse parfois aller peuvent faire l’effet d’un bretzel malencontreusement coincé en travers de l’œsophage auriculaire, et parfois laisser sur le carreau ceux principalement attirés par les kawaïeries les plus décalées du groupe. C’est sans doute la raison pour laquelle les Japonais ont concentré leurs matraquages les plus sévères sur Exormantis, histoire que le clown Plasma ~The World~ n’ait pas à arborer le rictus de Ça, et puisse ainsi séduire les âmes les plus sensibles.

 

Pour autant cela ne veut pas dire que ce 5e album est un gentil tour de manège au royaume enchanté des Bisounours. Ainsi « Traffic Jam » finit-il sa course par un bon gros crash mettant un terme à une sévère accélération Thrash. De son côté « Jelly Beans » s'occupe de réveiller malicieusement vos douleurs cervicales, tandis que le morceau-titre prend un malin plaisir à pousser son moteur Heavy-Speed à plein régime… Et ce ne sont là que quelques exemples épars. Par contre, si de son côté Exormantis se démarque d’Oxygen du fait d’une brutalité et d’une homogénéité accrues, Plasma ~The World~ reste quant à lui plus nettement dans les traces de la cuvée 2018, ses 10 morceaux étant autant de tableaux aux palettes chromatiques distinctes.

 

Mais peut-être voulez-vous des preuves tangibles de cette diversité? Eh bien si « Traffic Jam » joue à fond la carte Diablo Swing Orchestra (cuivres généreux, chant féminin-ou-presque, ouverture sur une batterie jumelle de celle de « A Tap Dancer’s Dilemma »), la suite n’a par contre plus rien à voir. « Mexican Pizza », par exemple, est bien plus ancré dans le Nawak pur jus fusionnant Metal mélodico-épique, gros riffs Néo musclés, touches nippones typiques, Flamenco et Ska. Et si l'on s'intéresse à la piste suivante, il nous vient l'impression qu'Ailiph Doepa a décidé d'offrir un habillage Metal à Steamboat Willie, dessin-animé où apparait pour la première fois un Mickey Mouse sifflotant aux commandes d’un vieux bateau à aubes.

 

On continue?

 

L’irrésistible « Do The Human » propose un Nawak Metal délicieusement tendu de la basse (au passage: le jeu de RedZibra est un rayon de soleil qui illumine tout l’album) qui dérive à l’occasion vers le bon vieux Punk Rock de fin de lycée. « Jelly Beans » lâche un gros refrain Manga vocodé aussi accrocheur qu’horripilant, « Heart of Earth » truffe sa guimauve de sonorités polynésiennes, les 2 pistes « plasmaïennes » abordent le monde du Heavy/Speed héroïque avec le sérieux et la réussite d’un Toehider, tandis que « My Ancestors… » s’adonne au Nawak Folk Metal de Trollfest en y injectant aux forceps un excellent passage Ragga / Dub planant.

 

Plasma ~The World~ est donc la promesse d'une big whatthefuck bamboula déclinée dans un mode plus ouvertement festif et moins marteau-pilon qu’Exormantis. On le préférera à son noir frère-jumeau quand la veille au soir aura été particulièrement arrosée, ou quand le soleil brillera fort sur la campagne. D’autant qu’on y voit un peu plus clair, les limites y étant plus explicitement tracées entre chaque piste. Pour autant le préfère-t-on à Oxygen? Pas encore. On verra sur la durée. Mais il y aurait peut-être moyen…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: côté lumineux d’un double-album tout aussi fou que l’excellent Oxygen, Plasma ~The World~ permet de pratiquer la Nawak dance sans se faire défoncer trop méchamment par son voisin pogoteur. C’est cet aspect – ainsi qu’un côté « pluriel » plus accentué – qui amènera les âmes sensibles à le préférer à son frangin Exormantis.

photo de Cglaume
le 28/04/2021

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