Dreariness - Before We Vanish

Chronique CD album (55:50)

chronique Dreariness - Before We Vanish

Se balader dans les rues de certaines grandes villes sans se noyer dans les autoroutes à touristes n'est pas toujours évident. A Rome, par exemple, on a vite fait de se laisser embourber dans les zones des fori, du Colisée ou de Trastevere. Pour s'en sortir, il faut connaître les chemins de traverse, ou accepter de faire un pas de côté. Et la même chose vaut pour la musique : puisqu'on est en Italie, il peut être facile de sombrer dans les clichés des exportations musicales de la botte, que ce soit dans les musiques dites « extrêmes » ou non. Mais là aussi, il y a des recoins un peu planqués, des microcosmes toujours actifs en parallèle de la grande façade : même si on est entouré par les mêmes vieux cailloux, il s'agit de trouver la porte d'entrée. Ca, vous le savez bien, puisque vous-mêmes trainez sur ce webzine.

 

Si les pierres millénaires de Rome se sont invitées en ce début de chronique, c'est parce que c'est entre elles que les membres de Dreariness évoluent au quotidien. Et même si je commence à bien connaître les ruelles de la ville, je n'avais encore jamais croisé leur route jusqu'à la sortie de ce nouvel album Before We Vanish à la mi-avril. Créé « avec le désir de se laisser submerger par les émotions », comme le dit la description sur leur page bandcamp, le moins que l'on puisse dire est que leur musique en est effectivement très chargée, dans le son comme dans les paroles.

 

Pour essayer de résumer en quelques mots, disons que Dreariness évoluent dans un style entre post-black/blackgaze et black metal dépressif, mais avec de nombreuses nuances qui donnent au bout de compte une personnalité particulière au groupe.

 

Au niveau des rythmiques tout d'abord, parce que Before We Vanish est un album résolument orienté low/mid-tempo, avec très peu d'assauts à la batterie frénétique (il n'y a que sur « Excise » que l'on retrouve une double-pédale vraiment rapide par exemple) : on est finalement souvent plus proches des rythmes et des mélodies d'un post-hardcore à la Amenra (notamment périodes Mass V et VI), et ce dès la moitié du premier morceau « Skin ». Et c'est une similitude que l'on retrouvera régulièrement ici et là dans les morceaux suivants.

 

Dans le chant ensuite, parce que la voix de Tenebra ne me renvoie personnellement pas tant aux standards du black metal qu'à ceux du neocrust ibérique teinté de screamo, en l'occurence des intonations entre les voix dans Tenue et celle d'Elsa de Drei Affen, le tout mixé avec le côté chant en italien de Livore (bien que le style de voix soit bien différent, ce dernier groupe étant résolument hxc et très conseillé). Et si la voix hurlée de Tenebra est un gros gros point fort de cet album (je la trouve vraiment excellente), j'ai, à forces d'écoutes, fini par également apprécier les voix claires et mélancoliques qui parsèment Before We Vanish, sur le début du second morceau « Drain » par exemple, ou dans une moindre mesure « Inhale » et « Exhale » (et je ne vous cache pas que ces titres ne sont pas une référence à Nasum, ou alors je n'en saisis pas la subtilité). Le choix du chant en italien y étant probablement pour beaucoup, car je suis généralement très réfractaire à ce genre d'exercice. Mais je trouve qu'ici, dans l'ensemble, le choix linguistique (malgré les titres des morceaux en anglais) fonctionne bien et permet (au moins pour moi) de passer un peu outre ces réserves, bien que les morceaux plus clairs restent (toujours pour moi) les moins solides du disque.

 

Ces morceaux avec plus de « légèreté » renvoient logiquement aux groupes à la Deafheaven & consorts, mais sans le côté « plage et claquettes » de ces derniers. Peut-être est-on plus proche d'Alcest donc. Sur Before We Vanish, les sections plus aériennes restent ancrées du côté sombre et mélancolique et viennent généralement exploser sur des déchirements vocaux et musicaux suite à des transitions souvent bien réalisées.

 

Bref, avec ses plus de 55 minutes pour six morceaux (je vous laisse faire le calcul de durée moyenne des pistes), Dreariness offrent sur Before We Vanish un ensemble « post-black et dérivés » de qualité qui, malgré quelques sections à mon sens un peu moins solides sur la durée, devrait convaincre celles et ceux qui apprécient le style, et notamment dans ses parties les plus frontales. Des morceaux comme « Skin » ou « Excise » sont par exemple très bons et reviendront souvent en écoute chez moi. Pour les parties plus aérées et claires, je pense que la connaissance de l'italien (ou au moins son appréciation) sera un plus pour rentrer dans les morceaux organisés autour de ces artifices.

 

PS. : Au moment de clore cette chronique, en allant chercher deux trois infos supplémentaires au cas où, je découvre que leurs influences revendiquées sont Alcest, Cult of Luna, Deafheaven, Harakiri For The Sky, entre autres. J'ai donc au moins la satisfaction de ne pas avoir trop été à côté de la plaque sur ce coup là, et ça vous donnera une bonne idée de ce dans quoi vous vous lancez.

 

Dans tous les cas, j'espère bien avoir la possibilité de tomber sur un de leurs concerts au hasard des dérives dans les rues romaines.

 

A écouter entre des murs de poussière chargés d'histoires.

photo de Pingouins
le 29/06/2022

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