Dvne - Etemen Ænka

Chronique CD album (15:28)

chronique Dvne - Etemen Ænka

L’un des albums contribuant à élever assurément 2021 au rang de millésime de bon aloi nous vient du pays du haggis et du kilt. Dvne nous avait déjà régalés en 2017 avec « Asheran », son premier LP après quelques EP prometteurs, propulsant le groupe au même rang que celui de ses références. Celles-ci sont pléthore et variées : Neurosis, Elder, Opeth, pour n’en citer que trois, de l’aveu même de Victor Vicart (guitare, chant), le Frenchy de la bande, dans un entretien accordé à Loud TV. Du post metal, donc, mais aussi du stoner psychédélique et du prog intello, élégant et musclé. Autant dire que ces influences promettent un plat aux mille et une saveurs. A condition de savoir cuisiner. Piochant dans les univers de toutes ces figures tutélaires, Dvne concocte sa propre tambouille, sa propre recette, composée de moult ingrédients que seuls les palais les plus fins parviendront à identifier, et encore, il leur faudra plusieurs bouchées. Au moment du dressage, on nous présente un met singulier, unique, qui fait fi de ses influences. Ou plutôt, qui les a parfaitement digérées et assimilées.

 

Ce qui frappait à l’écoute d’« Asheran », c’est l’extrême richesse des titres, chacun baladant l’auditeur d’une ambiance à une autre, proposant des structures dont les ruptures négocient des virages tout en rotondités plutôt qu’en angles aigus. Avec « Etemen AEnka », le combo d’Edimbourg améliore la formule. Pousse les limites de sa sophistication. Notamment avec l’apport de claviers, dont les nappes participent activement de la mise en place d’un univers orienté SF dont les thématiques puisent dans la littérature, et pas seulement celle de Frank Herbert dont le groupe tire son nom. Mais aussi avec quelques fioritures, comme l’intervention d’une voix féminine fort bienvenue, celle de Lissa Robertson qui chante sur « Omega severer » et « Asphodel », et déclame quelques mots sur « Weighing of the heart ». Musicalement, comme avec « Asheran », on défie quiconque de se souvenir, à la première écoute, comment tel ou tel autre titre, une fois terminé, a débuté. Entre temps, celui-ci nous aura embarqués dans un maelstrom d’ambiances, de schémas complexes, sans pour autant nous perdre.

 

La force de la musique de Dvne réside dans son côté avenant, sans céder pour autant à la putasserie des mélodies. Si celles-ci se montrent en apparence évidentes, elles le restent suffisamment pour ne pas abandonner en chemin l’auditeur, pour mieux le retenir dans les rets du morceau. Mais elles ne versent pas pour autant dans une pop facile. Exemple : « Mleccha ». Un début tout en douceur, à la limite de la ballade, avec des envolées immédiates soutenues par une ligne de basse sensuelle et chaleureuse au groove insensé. Le titre ne s’éternise pas sur cette ambiance et passe rapidement à la vitesse supérieure. Contrairement à certains de ses aînés, Dvne n’épuise pas le riff, ne se vautre pas dans des boucles hypnotiques, mais prend quand même son temps. Tout en équilibre. Le chant growlé intervient rapidement après celui, clair, livrant la mélodie du début. Les 2 chanteurs allient alors leurs voix en parfaite symbiose. Par la magie de la transition maîtrisée, le titre poursuit son envolée, prend une pause, le temps de respirer, se relance, puis gagne en lourdeur pour s’emballer et exploser dans un final sauvage. Quand on parle d’équilibre, celui-ci se mesure à tous les compartiments de la composition. Grâce à une production hyper léchée, d’une pureté impressionnante, que ce soit dans les moments calmes ou ceux plus violents, le son de Dvne reste limpide, limite cristallin, même dans ses sursauts de sauvagerie. L’ensemble s’avère d’une élégance des plus séduisantes.

 

Prenez « Omega severer », ça commence de la même façon : une pseudo ballade, rapidement mue en déflagration tellurique. Avant de retomber, cette fois avec la voix envoûtante de Lissa Robertson. Intervention précédant un solo de guitare intersidéral. La polyphonie des voix des 2 chanteurs prend alors le relais, dans une danse folle, entraînées vers les hautes sphères par des riffs à la fois aériens et assassins. Neuf minutes plus tard, on reste groggy, ébouriffé, abasourdi, mais avec au fond de la gorge un agréable goût de reviens-y. Epique en diable, le titre prend à la gorge dans un final dantesque qui donne pourtant envie de relancer le titre avant même de poursuivre l’écoute du reste de l’album.

Adonc, « Etemen AEnka » suit une ligne cohérente déjà tracée avec brio par son prédécesseur, une ligne sinueuse le long de laquelle on se laisse glisser en toute délectation. Chaque tournant, chaque dénivelé, s’effectue en douceur, que la rage nous happe à un détour ou que le calme habite un chemin de traverse, l’album file, trace sa route, en maîtrisant sa/ses vitesse(s) de croisière, et les pieds quittent le sol rapidement pour un voyage aux paysages variés. Sans conteste un album indispensable. Qu’il conviendra d’user à l’envi pour en dévoiler toutes les arcanes.

photo de Moland Fengkov
le 15/03/2021

6 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 15/03/2021 à 08:48:35

énorme album ! La grosse claque de 2021 pour l'instant pour moi ! 👌

Seisachtheion

Seisachtheion le 15/03/2021 à 09:38:45

Un peu trop proggy pour moi, mais suffisamment sludgy et doomy pour que je trouve ça très, très bon.
Je n'étonnerai personne en trouvant les passages en chant clair complètement dispensables !

Moland

Moland le 15/03/2021 à 20:57:10

C'est précisément du post metal progressif, du sludge clean car recherchant une certaine pureté dans le son et les compos. 

Pwiky

Pwiky le 19/03/2021 à 08:54:29

Merci une fois de plus pour cette découverte !!! La première grosse claque de cette année 2021. Compositions si subtiles et intelligentes. !!! J'en reviens pas ....

Moland Fengkov

Moland Fengkov le 19/03/2021 à 14:16:50

D'ores et déjà dans mon top2021, c'est sûr. 

8oris

8oris le 25/03/2021 à 10:03:53

Je suis très partagé sur celui là. D'un côté, il y a de très bon riffs bien lourds, des sonorités très sympas, des constructions de morceaux intéressantes et dynamiques, une prod au top (tout à fait d'accord avec ce son très "limpide") mais de l'autre, j'ai l'impression d'écouter un énième groupe de "prog langoureux mainstream" qui m'ennuie profondément et qui n'a vraiment pas grand chose de dingue après des groupes comme Mastodon ou Opeth.
C'est un album très dense, trop peut-être et qui du coup manque un peu d'efficacité, tout paraît délayé à outrance. Du style le pont d'Omega Severer et son pont de 90 secondes beaucoup trop longues. 
Et pour cette dernière, le solo n'a vraiment rien d'intersidéral, c'est propre, bien exécuté mais hyper random comme truc.
Et complètement d'accord avec Seisachtheion sur les passages en chant clair qui font basculer cet album dans la catégorie "prog qui mouine".
Pour ma part, je passe.

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