Dvne - Asheran

Chronique CD album (02:01:19)

chronique Dvne - Asheran

Vous êtes-vous déjà demandé à quoi pouvaient bien ressembler d'éventuels rejetons de Mastodon ? Eh bien, voici un élément de réponse, avec ce groupe écossais dont le nom fait référence évidemment au chef-d'œuvre, culte et ultime, de Frank Herbert. Mais le rapprochement avec Mastodon serait assez réducteur, car chez Dvne, on entend aussi sur certains passages de certains morceaux du Neurosis (quand on sait que Mastodon sont eux-mêmes des rejetons de Neurosis, jusque là, rien de bien incohérent), mais aussi du Kyuss : il y a donc du stoner, du prog, du sludge, dans leur musique, mais aussi du post rock et du black metal. Rien que ça ! Prenez par exemple « Thirst », le 3e titre de cet album sorti en 2017 : ça blaste gentiment, d'entrée de jeu, ça growle, mais le titre bascule rapidement dans des subtilités techniques avant de se calmer et partir sur des plages plus atmosphériques, pour mieux finir sur de la fureur de bon aloi. En somme, une musique qui va puiser un peu partout, mais sans en faire une tambouille indigeste, mais plutôt savamment dosée.


Dès les 1e notes du titre d’ouverture, « The Crimson Path », on se demande même si on aurait pas affaire à un vile et piètre clone de Tool. Mais les inquiétudes se trouvent rapidement balayées, car la musique de Dvne fait rapidement fi de ses références et de ses influences pour imposer sa propre personnalité. « Viridian bloom », lorgne davantage du côté du stoner psyché. Une fois cette ambiance installée, le groupe oriente sa musique sur d’autres chemins. A la sensualité s’ajoute la rage. Ce serait là une bonne façon de définir le bel équilibre entre les 2 chanteurs, l’un apportant de l’air, de la mélodie, quand l’autre insuffle de la sauvagerie et de la lourdeur à l’ensemble. Les autres parties instrumentales se révèlent à l’avenant, en livrant un savant mélange de furie pure, de nappes de lave et de souffles éthérés. Le tout, sans rupture brute, mais avec un sens de la transition d’une fluidité déconcertante. En fait, à chaque fois qu’on croit déceler une référence sur un passage, cette impression se trouve aussitôt effacée et diluée par une nouvelle ambiance. En somme, Dvne ne prend pas par la main l’auditeur, il faut suivre la cadence, le rythme et le tempo que le groupe impose à sa musique, et partant, au voyage que celle-ci propose. Sans en faire des tonnes. Témoin, l’élégance de l’instrumental « Sunsets grace ». Sobre, mélodique, relevé, habité, hypnotique, on peut dérouler les qualificatifs, voire bousculer les superlatifs. Car on se trouve bel et bien en présence d’un joyau, une pièce d’orfèvre dont chaque détail, chaque note, chaque arrangement, occupe sa place. Et si on prend les 1e mesures de Rite of seven mournings », on se trouve sur le territoire du black metal, avec le sentiment et même la certitude qu’on n’y restera guère longtemps. Sans opérer de volte-face. La musique de Dvne bifurque en décrivant des courbes, des rotondités, là où ce type de mélange des genres pourrait davantage céder aux angles contondants. C’est là que réside sa richesse.


Avant ce 1e LP, Dvne avait sorti 2 EP. « Asheran », par sa maîtrise, sa cohérence, sa diversité, et le voyage plein de surprises qu’il propose, place le quatuor d’Edinburgh d’emblée à la même hauteur que celle où naviguent ses références bien digérées. En cela, cet album fait partie de ceux qui ne se livrent pas à la 1e écoute, sans fermer les portes d’entrée de jeu. Suffisamment avenant pour qu’on ait envie de plonger davantage dans son univers, il balade assez le visiteur au sein même de chaque titre pour lui procurer le plaisir de se perdre. On ne parlera pas de chef d’œuvre, mais c’est tout comme.

 

photo de Moland Fengkov
le 28/01/2021

0 COMMENTAIRE

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements

  • Winteriip II - Metal Hardcore Festival à Tours le samedi 18 Décembre 2021