Ekkaia - Demasiado Tarde Para Pedir Perdón

Chronique CD album (30:46)

chronique Ekkaia - Demasiado Tarde Para Pedir Perdón

2004 est l'année lors de laquelle il aurait été possible de mettre un point final à la musique.

 

Quel intérêt en effet à continuer à chatouiller les fûts, à sussurer au micro et à effleurer les cordes alors que ce Demasiado Tarde Para Pedir Perdón vient de sortir et d'exploser à la face du monde ? D'autant plus que – Ekkaia l'expliquent bien dans leurs paroles – le monde, il n'y a pas grand chose à en sauver. Car tandis que les industries et les structures économiques du capitalisme détruisent la planète, pillent les ressourcent et ont pour but l'accumulation de richesses et l'appropriation exclusive des sols, le tout en comptant bien souvent sur les forces armées et de sécurité des Etats libéraux pour faire valoir leurs droit à l'exploitation, le constat n'est pas reluisant. Tout ce qu'il reste à faire, comme l'un de leurs morceaux l'affirme, c'est de « convertir les mots en feu », de passer de la critique à l'action contre ces systèmes d'oppression destructeurs. Alors on pourra dire et penser ce qu'on veut d'Ekkaia, mais pas qu'ils sont ambigus politiquement. Il faut dire que dans le style de musique pratiqué, on est rarement surpris de ce point de vue là.

 

Alors que de l'autre côté de l'Atlantique s'excitaient à la même époque des groupes comme Union of Uranus, His Hero is Gone et surtout Tragedy, c'est de La Corogne, dans le nord-ouest de l'Espagne, qu'Ekkaia assènent un album devenu légendaire et qui bousculera toute la scène crust ibérique et européenne (voire même mondiale). Ecumant les squats et salles de concerts underground du vieux continent, les Galiciens posent là, deux ans après un premier album déjà époustouflant, ce qui deviendra l'une des pierres miliaires de ce qu'on nommera plus tard le neocrust.

 

Pour la faire simple, Demasiado Tarde Para Pedir Perdón, c'est une bombe de neuf morceaux de gros crust d-beat très agressif et frontal, avec malgré tout une large place laissée à des mélodies tranchantes, qui donnent ainsi toujours un repère, une ligne à suivre dans la tempête au-dessus de l'assaut vocal et musical. Si ce que vous recherchez dans la musique est la démonstration technique, vous pouvez passer votre chemin, ce ne sera jamais le cas ici car le but est tout autre. Plus lié à l'idéologie punk, c'est toute la passion, l'amertume et la colère qui constitue le moteur de la musique d'Ekkaia.

 

Et pourtant l'efficacité des compos est au rendez-vous, du premier morceau « Mientras Dormimos », qui donne le ton avec ses ralentissements épiques et son aperçu rageur de la dévastation environnante, au dernier, qui se trouve être la piste éponyme. Entre les deux, aucun ne se dégage objectivement au-dessus des autres : ils sont globalement tous du même niveau, pour un album dense et compact de bout en bout. Il y a par ailleurs très peu de variation au chant, la voix étant assez monocorde sur l'ensemble des morceaux, mais parfaitement adaptée pour les intentions affichées tout au long de ce disque.

 

On aura donc parfois des schémas de structures qui se ressemblent, avec par exemple des attaques frontales et d-beat qui viennent s'échouer sur des fins plus lentes, mélodiques et dantesques avec un chanteur qui s'arrache les poumons (« Mientras Dormimos », « Piedra Sobre Piedra », « Convirtamos Las Palabras en Fuego »...). Mais aussi tout de même une (petite) respiration au milieu de l'album, en passant à des morceaux plutôt low/mid tempo, sur « Caminando in Circulos », bande-son parfaite pour l'effondrement, la chute inexorable d'un système défaillant, ou la suite logique avec « El Ultimo Aliento », au départ hurlé et encore assez lent sur une mélodie tendue, avant de rebasculer sur un modèle similaire au début de l'album.

Riffs un peu plus groovy par-ci, d-beat par là, et toujours ces petits surgissements mélodiques qui donnent leurs reliefs aux morceaux.... Ekkaia, sur ce Demasiado Tarde Para Pedir Perdón, construit une offensive parfois rustique mais toujours tranchante à balancer à la face du monde.

 

Pas loin de vingt ans après sa sortie, cet album reste un ultra-classique du genre. Rageur et sans concession, passionnel, libertaire et incandescent, cette furieuse envie de détruire ce qui nous détruit transpire de chaque morceau, pour traverser les années et être encore chargée de sens en le réécoutant de nos jours.

 

Si vous ne vous l'êtes encore jamais infligé, faites-le.

 

Et après ça, on fera peut-être quelques exceptions à la règle du « plus jamais après Ekkaia ». Mais pas beaucoup. Non, pas beaucoup.

photo de Pingouins
le 12/09/2021

13 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 12/09/2021 à 11:34:59

Oh là je suis curiosité !

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 12/09/2021 à 12:15:20

Un maitre étalon du Néo européen. Et la relève est assuré ici. 

Freaks

Freaks le 12/09/2021 à 12:19:03

Il était grand temps que cette chronique voit le jour.. C'est du feu cet album.. Juste épique ! 

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 12/09/2021 à 12:21:56

J'ajouterai qu'à cette époque, pour approcher la rage (plus crue et désespérée) des frolos Burdette, y'avait qu'eux. Après ce skeud, tous essaieront de sonner comme celui-ci, sans jamais y arriver.
N'oublie pas de chroniquer un peu de Scandicrust aussi Pingouins à l'avenir, ma scène préférée... ça fera plais'.

cglaume

cglaume le 12/09/2021 à 12:32:56

Écouté l'album sur Bandcamp. Je n'ai pas du tout l'habitude du Neocrust. Il y a un peu trop de cette mélodie mélancolique à la old-At The Gates pour satisfaire la soif de bestialité créée par le mot Crust. J'aime bien - honnêtement - mais je crois que je préfère les groupes plus "canal historique"

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 12/09/2021 à 12:43:22

La Suède (Skitsystem, Disfear, Wolfbrigade),et les Rosbifs (Discharge et Doom), y'a que ça de vrai Lapin !

Pingouins

Pingouins le 12/09/2021 à 15:41:23

@cglaume : c'est vrai qu'il y a un vague fond atthegatesien qui traîne. Mais j'y vois plus des larmes de rage que de mélancolie :). Peut etre que tu prefereras le précédent (Manos que estrechan....). Perso ce DTPPP, j'ai des souvenirs de l'écouter à fond à 4h du mat dans la cuisine d'un squat dans le sud ouest, avec un pote (la bise si tu tombes la dessus !), il est dans mon top 10 de tous les temps.

@Crom : yes j'en ferai quelques-uns (mais seulement s'ils sont sur Vivendi).

Pingouins

Pingouins le 12/09/2021 à 15:58:09

Ou sur Roadrunner à la limite :)

En tout cas si t'as des suggestions je suis preneur !

sepulturastaman

sepulturastaman le 12/09/2021 à 16:41:24

Rien de bien original pour ma part :
Fredag den 13 https://fredagden13e.bandcamp.com/
Ursut https://ursut.bandcamp.com/
Feastem https://feastem.bandcamp.com/
M:40 https://m40band.bandcamp.com/releases
Aktiv dödshjälp https://passivdodshjalp.bandcamp.com/
Herida Profunda https://heridaprofunda.bandcamp.com/
Asfixia https://stonehengerecords.bandcamp.com/album/split

Pingouins

Pingouins le 12/09/2021 à 18:43:12

Et mention spéciale au gros "PASCAL OBISPOOOOOOO" hurlé dans le premier morceau.
Je n'arrive plus à ne pas entendre ça ahah.

Pingouins

Pingouins le 12/09/2021 à 18:43:21

@sepult : merci :)

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 12/09/2021 à 19:57:02

Anti-Cimex (forcément)
Driller Killer (idem)
Avskum (pareil)
Uncurbed
Misantropic
Anatomi 71
Brottskod 11
Dispyt
Crutches (indispensable)
Agenda (plus néo)

numero23

numero23 le 17/09/2021 à 00:04:29

salut à vous, salut à toi. 
sympathique découverte. Ca révolutionne pas le crust mais ça fout la patate. 
Le genre de disque à écouter vers 8h du mat;)

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