Enoid - Négation Du Corps

Chronique CD album (47:17)

chronique Enoid - Négation Du Corps

S’il existe un artiste qui contribue actuellement à la mise en branle de la scène Black Metal helvétique quasiment à lui tout seul, c’est bien Sergio Da Silva, alias Bornyhake. Il est assez ardu de suivre sa trajectoire, ses trajectoires en l’occurrence, bien touffues. Le Suisse enfile en effet les groupes comme des perles : sa contribution majeure dans Borgne est l’arbre – massif cet arbre, au regard de la belle poutre qu’est le dernier Y ! – qui cache la forêt d’une kyrielle de contributions. Il participe en effet à quelques autres formations comme Astral Silence, Cakeweit, Diurnal et Manii, tout en insufflant la vie à de nombreux One Man Projects, que ces derniers s’appellent Ancient Moon, Excreta, Lypektomy, Porifice ou Pure. Ce type ne s’arrête jamais ! Son projet personnel le plus consistant est sans aucun doute Enoid, qui prend la suite de tentatives passées en solo (Pest en 1996 puis Organ Trails de 1996 à 2005) et – là aussi – il enfile les créations comme des perles avec pas moins de huit albums en quinze ans (2006, 2007, 2008, 2009, 2013, 2016 deux fois, 2020) ! Une telle prolificité est assez fascinante…

 

Négation du Corps, la dernière offrande en date, sortie en mars dernier chez Satanath Records, est à l’aune de « noirceur de l’âme » de son porteur, qui se place sciemment « aux bords de l’abîme ». Les paroles, vomies en français durant 47 minutes, sont un élément clef de compréhension, décisif même. Bornyhake se veut « insensible », « morne », « invisible », en un mot indompté. Tourmenté et animé « d’idées morbides », il hurle sa rage à l’encontre des autres, de « tous ces gens qu’il ne reconnait pas » et à qui il n’adresse qu’un « message de haines ». Les mots de l’Autre ne sont que des « dissonances infernales ». Il fait « des ténèbres » et « du royaume des morts », « un monde [à la fois] étrange et familier », qui ne tolère que « le silence » et « l’obscurité », un monde qu’il arpente en « mort vivant ». La « souffrance » est son seul horizon quotidien. Son corps, qu’il précipiterait bien volontiers « en enfer », « dans les ténèbres », devient alors une enveloppe bien encombrante. Rien de très frais, vous me direz ; certains titres ne laissent aucune place à la gaieté, ni à la légèreté de l’âme ("Tous ces maux que je vomis" – aux riffs éthérés et polaires très intéressants – ou "Je n’existe que dans la souffrance", sans doute le meilleur morceau).

 

Mais cette ambiance soulignée de manière remarquable par une pochette de feu – c’est elle qui a attiré en premier lieu mon attention de chroniqueur – sied finalement fort bien au Black Metal porté par cet « homme cassé ». Somme toute très classique, parfois répétitif, doté d’une production rugueuse à souhait, agrémenté de riffs directs et efficaces, ce BM marque un réel engagement. Cohérent, il fait le travail. Mais, en dépit d’une outro musicale bien menée ("Le regard blanc"), si cet album m’a troublé, c’est peut-être davantage par l’atmosphère lugubre et poisseuse du chant et des lyrics, que par la musique en elle-même. Et cela, pour être tout à fait honnête, est loin d’arriver à l’écoute de tous les albums de Black…

photo de Seisachtheion
le 09/10/2020

1 COMMENTAIRE

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 09/10/2020 à 18:33:44

Black Metal occulte... je m'interroge sur les sous-niches. Le BM n'est-il pas occulte par définition ? Clandestin, ésotérique, secret, tout ça... comme le "Brutal HxC"... car il existe du HxC cool ? Rien à voir avec ta chro, Bro, mais les étiquettes déclinées jusqu'à la nausée me gonflent. Cependant le Black en question est vraiment intense. Bon, on pige que dalle à cki dit le monsieur...

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