Eyes - Reperformer

Chronique CD album (12:30)

chronique Eyes - Reperformer

J’ai toujours été assez circonspect face à un album de remixes. En général, au-delà de l’exercice artistique intéressant, ces derniers n’ont que rarement de l’intérêt à mes yeux. Pire, quand les morceaux qui font l'objet de ce traitement sont de ceux que vous connaissez par cœur et/ou que vous portez dans votre coeur, le remix s’apparente à une dénaturation qui en pourrait en devenir presque désagréable. Bref, j’ai appris à ignorer les albums de remixes avec une certaine supériorité détestable. Que voulez-vous, cela m’arrive aussi parfois d’être un parfait troufion!

 

Quand le patron m’a dit que le groupe passé sous le joug du remixage était Eyes, je me suis dit qu’il était temps de devenir une personne meilleure, de dépasser de détestables préjugés et de retenter l'expérience. J’ai donc profité d’un week-end campagnard chez Mémé Marcelle pour découvrir ce Reperformer avec cette vieille aïeule qui a toujours été de bons conseils. Pour ceux qui, comme Mémé Marcelle, n’auraient pas suivi, Eyes est notre groupe du mois de novembre 2020 suite à un premier album, Underperformer, proposant un hardcore ultra-moderne, chaotique, toujours sur la brèche, réinventant le style sans le singer et empreint d’une fraîcheur bien réelle.

Pour fêter le premier anniversaire de la sortie de leur premier album, Eyes a décidé de rendre hommage avec un EP de 4 remixes de 4 morceaux ("Off Future", "Distance", "Surf", "Underperformer") par 4 artistes (John Cxnno, Jojo Benimon, Puke Wolf, Lud) aux 4 styles différents. Un genre de quatre-quart, comme celui que Mémé Marcelle sait si bien faire, de remixes. Sauf que ce ne sont pas vraiment des remixes, ce sont plutôt des reprises. Sauf que ce ne sont pas vraiment des reprises non plus, ce sont plutôt des ré-interprétations. Mémé Marcelle va être surprise et à son âge, elle apprécie tout comme elle a bien apprécié le jeu de mot avec le titre de l'EP qui joue la carte de la réinterprétation jusque dans la pochette.

 

Comme il y en a 4, cet album sera difficile à étiqueter d’un style en particulier. Il va donc falloir passer par l'égrenage des morceaux, comble de la fainéantise chroniquale. On commence avec "Off Future" qui est proposé dans un style indus qui m'a pas rappellé les excursions indus réussies de Fange. C’est sale, abrasif et le résultat met parfaitement à l’honneur la prestation vocale de Victor Kaas (le chanteur de Eyes) tout en s’appuyant dessus dans une instrumentation martiale qui aurait largement de quoi faire trembler le parquet de Mémé Marcelle.

S’ensuit, après un virage à 350°, "Distance" qui s’expose dans un style Drum’N’Bass noisy qui fera le bonheur des fans de Roni Size et du bass dropping à outrance même si le titre manque cruellement de snare. Une fois encore, la piste vocale a été conservée, mais de façon plus sporadique. Dans le style Drum’n’Bass, c’est sympathique mais pas de quoi faire groover une Mémé Marcelle sous kétamine dans une teuf en Ardèche.

Vient ensuite "Surf" qui a été détricoté, chamboulé, remanié, reconstruit et réinventée par Puke Wolf qui n’a pas donc conservé grand chose de l’original. Le morceau sonne dans un style noisy indus hypra chelou. Pas inintéressant mais pas non plus de quoi faire rater à Mémé Marcelle une maille de sa future veste à patch en Jersey.

Pour conclure, "Underperformer" de Klud est repris à la sauce synth-wave indus et emporte l’originale dans un style froid et martial (encore) plutôt sympathique. Pas inintéressant mais pas non plus de quoi faire tomber Mémé Marcelle de son triporteur (trop de moshpits, forcément, tôt ou tard, ça se paie).

 

Bref, Mémé Marcelle n'a pas passé un mauvais moment mais continue de penser que son quatre-quart à elle est bien meilleur. Quant à moi, ce ne sera pas non plus cet album qui me fera changer mon fusil d’épaule quant aux productions musicales estampillées “remix” même si l’exercice est ici intéressant, que les musiciens qui ont bénéficié d’une jolie carte blanche et qu’elle n’a pas été utilisée maladroitement. Bien qu’il n’apporte pas grand chose aux originaux ou à la discographie de Eyes, le résultat est sympathique, largement écoutable et fera le bonheur des fans d’électro froide, noisy, minimaliste et râpeuse.

 

 

 

On aime bien: la pochette (particulièrement adpatée), la diversité des styles issus d’un exercice réalisé sans contraintes et plutôt réussi...

On aime moins: ...mais qui n’apporte pas grand chose aux originaux.

photo de 8oris
le 15/09/2021

2 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 15/09/2021 à 13:52:20

Mémé Marcelle dit "troufion" (soldat) plutôt que "troufignon" (trouduc dans ma campagne) ? Note que la remarque était d'importance haha

8oris

8oris le 15/09/2021 à 14:36:49

"troufignon" a un côté mignon que "troufion" n'a pas. 

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