Five Finger Death Punch - F8

Chronique CD album (55:24)

chronique Five Finger Death Punch - F8

S’atteler à la chronique du dernier Five Finger Death Punch est risqué. Parce que FFDP (l’acronyme du groupe dans les milieux autorisés), ce n’est est pas le groupe le plus reluisant ni le plus adulé de la scène metal/rock. Je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, à chaque fois que Five Finger Death Punch est abordé lors d’une discussion musicale, ça conspue, ça critique, ça se moque, ça se gausse à l’évocation de cet espèce de survivant de la vague néo des années 2000. A la différence d’un Deftones, d’un Korn, Five Finger Death Punch n’auraient pas eu, d’après certains, la bonne idée d’évoluer véritablement et encore moins de se réinventer. Pour d’autres, plus acides, ces posers n’auront pas eu tout simplement la bonne idée de splitter. En ressort un groupe qui, malgré la négative verve de certains, survit dans le paysage actuel et reste une valeur sûre. Alors, quid de cet album au nom platement stylisé, F8 ?

 

L’album commence avec...du violoncelle préludant une intro cinématique plutôt bien amenée, sympatoche bien qu’elle m’ait un peu trop rappelé l’intro de "Machine" de Born Of Osiris

 

Passé cette intro plus stylistique qu’autre chose, le violoncelle est vite oublié car troqué contre de bonnes vieilles guitares poilues et nous voilà propulsés dans la galaxie du heavy-rock ricain classico-classique. Mais comme Five Finger Death Punch joue dans la catégorie Senior, ils maîtrisent parfaitement le sujet. On retrouve donc des guitares musclées à la testostérone, une batterie nourrie au sirop de maïs 100% glucose et une basse enrichie en huile de palme.

 

C’est fat, assumé et globalement épargné des mièvreries devenues habituelles dans ce style au fil des années et les 55 minutes de l’album sont globalement dans la même trempe.

 

Le petit côté groovy/rap des années 90 est évidemment toujours là, “Full Circle” et ses petites incursions indus ou “Making Monsters” qui te cale bien au fond de ton slip avec ce petit côté Rob Zombie dans l’instrumentation. On ne boude pas non plus son plaisir avec “This Is War” ou “Bottom Of The Top” qui envoient aussi sévèrement la sauce. Les riffs sont fédérateurs, lourds sans être lourdingues et les quelques moments de répit et de calme ne sont jamais ridicules car on trouve quelques notes de finesses qui donnent beaucoup de dynamiques aux morceaux que ce soit dans les sonorités (l’intro de “Living The Dream”) ou dans les constructions.

 

Mais c’est surtout du côté des morceaux acoustiques que l’on est agréablement surpris. “Brighter side of grey”, pas particulièrement finaud, mais pas mièvre non plus, “A little bit off” et son son sali, glitché à l’occasion d’une transition qui confirme que Moody a un grain de voix intéressant qui se prête bien au jeu de la ballade rock/pop. On apprécie la batterie punchy juste comme il faut, parfois gonflée de reverb à l’occasion d’un fill. On navigue ainsi tranquillement dans les eaux calmes de la pop émo bien écrite mais qui conserve un son rock avec des guitares saturées mais parfaitement équilibrées avec leurs consoeurs acoustiques. Cela rappelle 3 Doors Down ou Stone Temple Pilot.

 

D’une manière générale, on sent que les compositions ont été travaillées, retravaillées, réfléchies, mûries, remaniées. D’ailleurs, Ivan Moody l’a dit, l’album ne s’est pas fait sans douleurs, sans remise en questions de la part des membres du groupe et qu’il y aurait eu une volonté certaine du groupe de sortir de leur zone de confort.

 

Les plans guitar-heros sont efficaces sans jamais être putassiers, quelques uns remporteront largement les suffrages auprès des guitaristes (“To Be Alone” et son solo vraiment cool et inspiré) et la basse n’est pas en reste (le pont de “Scar Tissue”).

 

D’une manière générale, la voix alterne phrasés scandés ou parlés, envolées lyriques plus cleans. Sur le registre saturé, Moody est hyper proche d’un Corey Taylor (Slipknot) et plus rarement d’un Dez Fafara (Coal Chamber, Devil Driver). Il a ce grain de voix délicieux avec ce petit côté glavioteux que l’on retrouve chez les anciens ou les sempiternels alcooliques. Ancien dans son cas, car le pépère sort d’une cure de désintoxication et ça s’entend: plus de souffle, plus de puissance dans les growls, ses cordes vocales lui disent merci et nous aussi au passage. A noter qu’il y a pas mal de passages parlés, hyper bien amenés, avec parfois un côté imposant ("Inside Out") et souvent qui savent magnifiquement bien relancer un morceau ou annoncer un solo (Full Circle).

 

Côté mixage, ca clippe un peu, on sent qu’on est que les faders tournent au rouge et c’est un peu dommage. Mais le son est massif, de la bonne grosse prod américaine sans surprises mais sans déception et parfaitement adaptée aux morceaux.

 

Plus serein, plus efficace, plus velu que And Justice For None, qui était sorti à une période difficile pour le groupe (soucis juridique avec le label, nouvelle cure de désintoxication pour le chanteur), F8 est un album énergique, bien foutu qui dégage une véritable volonté de bien-faire de la part d’un groupe qui traîne ses guêtres depuis pas mal de lustres et qui sait qu’ils seront attendus au tournant. 

 

Ils connaissent assurément leur job et savent comment proposer des morceaux accrocheurs mais ils ont choisis d’apporter à cette recette sans faille quelques épices et cela fonctionne tout à fait.

 

Pour ceux qui s'arrêtaient aux étiquettes ou à l’historique loin d’être parfait d’un groupe affilié à la vague néo-métal, je vous invite à dépasser ces considérations, vous pourriez être agréablement surpris.

 

 

On aime: la qualité d’écriture générale, les incursions acoustiques, la voix retrouvée d’Ivan Moody

 

On n’aime pas: un mixage un peu fort et écrasé.

photo de 8oris
le 21/04/2020

2 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 21/04/2020 à 15:33:34

5FDP... Forcément, écrit comme ça, on a tendance à traduire l'acronyme en Français plutôt qu'en Anglais :D

8oris

8oris le 21/04/2020 à 20:08:57

Ahh, toi, t'en loupes pas une! :D

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