Harvey Milk - My Love Is Higher Than Your Assesment Of What My Love Could Be

Chronique CD album (66:31)

chronique Harvey Milk - My Love Is Higher Than Your Assesment Of What My Love Could Be

Harvey Milk est un groupe incroyable.

Un power trio d'excellents musiciens mon cheeer (raaaaah ces frappes de caisse, rooooh ce jeu de guitare, gnnaaaa cette basse énorme, un délice Monsieur Tanner !) qui tordent une vision toute personnelle du Metôôl, hum, du Blues, du Rock Sudiste, du Sludge abscons Melvinsien pré-1990, de tous un tas de trucs et surtout de l'Absurde. Pour un rendu bûcheronnesque et sensible... sous le nom d'un politicard homosexuel qui a eu l'air de faire beaucoup pour la cause des gens qui sont comme tout le monde mais qui dérangent beaucoup les cons.

Un groupe de rock sacrément foldingue, ma chère mamie.

Harvey Milk, c'est la lutte du trappeur et de l'ours dans le même corps velu. Car c'est aussi ces beuglements rocailleux de Creston Spiers, entre le soulard en détresse, odieusement viril, et la plainte de la grosse bête traquée, acculée (et inversement avec le soulard, qui devient traqué, acculé, bref...).

Surtout, c'est un groupe qui est tombé dans le terrier, qui a traversé le miroir, pour ressortir complètement déformé de l'autre côté de la réalité.

Spécialement leurs premiers albums, dont voici l'inaugural à la pochette délicieusement vaudoue. (Le suivant répondra par l'affirmative à la question « peut-on faire pire ? », musicalement, j'entends...).

 

Facétieux aussi, bourré de faux départs, en un sens bien plus nawak que la majorité des groupes dits nawak ; plein d'humour, donc, mais également de désespoir. Dès "A Small Turn Of Human Kindness", il faudra s'accrocher. Des bruits de ferraille, une ligne de bontempi, une suite d'absurdités auditives où rien ne s'installe hormis ce gros serpent Sludge en plein milieu et la fin Rock qui voit la basse reprendre la fameuse ligne de clavinoche. Le malaise, pour qui n'a pas la candeur d'écouter les sons, pour qui n'a pas la capacité d'émerveillement, pour celui qui a oublié le sens du mot voyage. Harvey Milk bousille les codes, fait de la création pure, comme des enfants.

Tape ton cul sur l'enclume.

 

La candeur. "The Anvil Will Fall" en est son hymne (bon, c'est pas vraiment d'eux, mais un truc plus ou moins traditionnel, je crois) et sa chute. Candeur désenchantée, grandeur et décadence, élévation et gros plat douloureux dans la boue, ivre et triste au fond du bousin. My Love Is Higher Than Your Assesment Of What My Love Could Be ou le guide des sorties de route, voire de la fausse route : c'est à s'en étrangler, littéralement.

 

Oh mais vous en aurez pour votre argent en termes de pesanteur. Rarement un groupe aura sonné aussi heavy, dans son sens premier. Abrutissant de poids, d'énormités titanesques. "Women Dig It", paraît-il.

Et de murmures : "My Father's Life Work" redonne ses lettres de noblesses à la dynamique, comme dans la musique classique, ah-ha-ha : du grand bordel au filet de voix presque inaudible, il n'y a qu'une fraction de seconde parfois. Si tu veux tout entendre, tu seras obligé d'écouter ça à fond, quitte à faire trembler les murs quand les thèmes discordants ressurgissent. Et ce chanteur qui s'arrache la gueule, sans jamais arrêter de se mépriser lui-même ! Comme si Eugene Robinson n'avait jamais appris à se battre et qu'il était coincé dans la carcasse d'un obèse maladroit.

 

Une musique abrupte mais tellement touchante, tellement idiote et tellement belle. Tellement humaine, même dans son onirisme dégingandé, tellement bestiale dans ses instincts primaires. Car la cérébralité ne règne pas, ici. Non. Il y en a, mais elle est submergée par les émotions, l'instinct, oui. Y'a aussi pas mal de bons moments pour se vriller les cervicales, un filet de bave à la mâchoire qui pendouille, déboîtée. "Merlin Is Magic" !

Comme mon texte qui se fait démonter la gueule dans l'exercice impossible.

Chroniquer ce disque – ou le suivant – est du domaine de l'absurde présomptueux.

 

Par la suite, et surtout depuis leur reformation, ils joueront une musique un peu plus normale en apparence, mais toujours aussi belle, libre, folle. Disons seulement que l'audace prendra d'autres formes, moins directes, moins tordues, mais la bizarrerie du groupe, leur identité si spéciale demeure. Special Wishes est ainsi l'un des plus beaux disques de ma fausse collection, tous styles confondus. J'insiste car si vous me prenez pour un spécialiste Hardcore et Metal (ou de quoi que ce soit), vous faites vous aussi sacrément fausse route. Comme Harvey Milk, j'aime la musique qui fait rêver. Point. Pas vous ? Point d'interrogation.

 

Une fois qu'on est tombé dans le terrier de Harvey Milk, des Melvins et de quelques autres, on en ressort changé. A jamais.

Mais là où les Melvins affichent un professionnalisme et un recul (enfin, quand ils le veulent bien) tout à leur honneur, nos compagnons de déroute ont un je ne sais quoi d'authentiques losers, d'entièreté brute, intemporelle (ce disque est sorti il y a presque vingt ans). Des sous-humains sublimés. Mes super-héros favoris, quoi.

Je souhaite à nos ours-hommes de beaux lendemains (leurs dernières œuvres en date me rassurent sur ce point), qu'ils nous fassent encore rire, pleurer et délirer avec leur musique tellement pas branchée, tellement au-delà de toute critique.

Allez écouter. Le moindre commentaire négatif sera systématiquement anéanti.

photo de El Gep
le 24/11/2013

4 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 24/11/2013 à 22:12:30

2 fois "nawak" dans cette chronique. Le Gepounet ne profiterait-il pas de l'aura rose de Mr Milk pour faire du pied au lapin jaune des fois ? :)

el gep

el gep le 24/11/2013 à 23:29:20

Je suis beaucoup trop vieille bique toute aigre pour faire du pied à qui que ce soit, voyons, voyons!

R.Savary

R.Savary le 10/12/2013 à 00:10:26

Harvey Milk ou de la musique faîtes par et pour les bipolaires

el gep

el gep le 11/12/2013 à 12:20:07

Pour ma part, je préfère le terme suranné "lunatique".

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