Honey - Forever Fire

Chronique CD album (29:35)

chronique Honey - Forever Fire

Aaaaah, Mallaury Nataf, AB Productions, les jupes et les mœurs légères… Non ? Vraiment ? Vous êtes sûrs : Honey / Le Miel et les Abeilles, rien à voir ? En même temps c’est mieux comme ça. Car si ce programme TV de nos années Choco BN avait – à la marge – de quoi exciter des ados bouillonnants du dard (je vous laisse retrouver la fameuse vidéo où l’on passait en un tour de rein de Dorothée à Dorotrash), on devrait pouvoir se mettre d’accord sur le fait que musicalement, c’était pas vraiment ça. Loin des sitcoms neuneus et des jupettes à fleurs, le seul miel que Forever Fire est susceptible de faire couler c’est celui sécrété par les oreilles consentantes qui se laissent malmener par son Crossover Thrash / Hardcore délicieusement primaire.

 

Car Honey, c’est en premier lieu un projet solo entrepris par Jay Laughlin (ex-Turning Point) alors que celui-ci se trouvait psychologiquement au fond du trou et qu’il comptait sur un retour aux sources musicales afin de se laver le dedans de la tête. La cure qu’il s’était auto-prescrite était constituée de prises régulières de Metal furieux et de Hardcore bagarreur, le but étant que ces deux solides bases sur lesquelles s’était jadis construite sa culture servent de terreau pour de nouvelles compos. De là, une bonne idée entraînant un plan sympa, on retrouve vite l'ancien dépressif dans cet état d’exaltation que seule peut engendrer la création artistique : « Ah putain mais elles tuent ces nouvelles compos ! On ne va quand même pas jeter tout ça avec le psy et l’eau du bain ! Eh les potos : ça vous dirait qu’on monte un nouveau groupe ? J’ai du matos qui déchire là ! »

 

Et vas-y que je te monte un line-up à l’arrache, des fois que des promoteurs demanderaient d'aller pousser la chansonnette du haut des planches. Et vas-y que je sors un premier skeud, Nightmare Come To Life, plein de guitares Thrash et de protestations véhémentes. Et vas-y que je commence à véritablement promouvoir tout ça lors d’une tourn… Ha oui mais non : COVID, Netflix, pizzas en jogging, Pornhub en caleçon, bière en canette… Concertus interruptus. Bon eh bien tant pis : ne reste plus qu’à composer un nouvel album, tiens. C'est ainsi qu’après ce brillant flashback tout en ficelles narratives expertes et en ellipses savantes – qui me vaudront sans aucun doute le Pulitzer – nous voilà enfin arrivés au point de départ usuel de toute chronique sérieuse.

 

… Allez, on cause un peu de ce pourquoi vous êtes venus ou bien ?

 

Forever Fire c’est donc du Thrash hardcorisé à prod volontairement crue et à mix sciemment minimaliste visant à évoquer un mix éruptif du Cro-Mags de Best Wishes et du Slayer d’Undisputed Attitude. C’est des biceps saillants plus des cartouchières. C’est la guerre des tranchées avec un adjudant beuglant à s’en faire péter la grosse veine du front. C’est un peu de Power Trip (avec un vernis Metal extrême plus fin), un peu d’Iron Reagan et autant d’Enforced (… ces dernières références ne me seraient pas venues toutes seules, mais les gens causent, et j’ai vérifié : c’est pas faux !)… Bref c’est la musique parfaite pour ambiancer des affrontements entre narco-mafieux dans des favelas sordides, ou pour motiver des troupes de paras avant l’assaut d’un bastion djihadiste. Malgré la rugosité du son et une urgence typiquement Punk, les Américains exhibent régulièrement une basse rondelette et – moins commun encore – se livrent à des solos aussi courts que nombreux. Sur « Forever Fire » on se fait fesser à la vitesse du marteau-piqueur au galop. Sur « Eye for an Eye », après avoir grignoté un petit riff killemallesque en intro, on choppe une batte et l'on s’en va se castagner – et même, surprise, se faire blaster dessus (à 1:21). Sur « The Insurrection », on quitte un peu le ring pour prendre la mine renfrognée mais fière de l’ancien-combattant ayant fait les guerres megadethiennes. Et sur « Relentless » enfin, petite coquetterie – peut-être du fait de la participation de Chris Hunter (l’autre guitariste) à l’écriture – on envenime un peu le jeu en allant piocher des poils et des mélodies au sein de la scène extrême suédoise. Que même qu’en fermant les yeux bien fort, on croirait presque entendre Tompa.

 

Par contre, c’est sûr : on est moins fan du début peu motivant de « Dancing with Death » (il va démarrer ce moteur ou bien ?) et on est à la limite de porter plainte sur le morne et vaincu d’avance « Deceiving is an Art » (… qui fait un peu trop honneur à son titre). Mais l’un dans l’autre cette petite demi-heure de Metal vindicatif est pleine d’une saine hargne qui donne envie d’enfiler à nouveau les gants (NDLR : euh, en latex alors – sur CoreAndCo on est plus Fistinière que Mike Tyson). Alors que vous ayez une fosse septique à vider ou une belle-mère acariâtre / un beau-père tripoteur à déjeuner, si auparavant vous avez besoin de vous gonfler à bloc, n’hésitez pas : Forever Fire vous apportera l'énergie nécessaire pour gérer ces tombereaux de merde !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: le Nième groupe de Jay Laughlin (ex-Turning Point) l’emmène à cheval entre Cro-Mags et Slayer – ou si vous préférez à quelques encablures de Power Trip et Iron Reagan – en ce genre de lieu où vieux Thrash brûlant et Hardcore teigneux se mêlent sous le haut patronage d’une prod’ délicieusement crasseuse et d’une hargne de vieux punks carrément not dead.

 

 

photo de Cglaume
le 14/06/2021

5 COMMENTAIRES

sepulturastaman

sepulturastaman le 14/06/2021 à 20:42:40

Sympathique en diable cette petite sauvagerie.

Freaks

Freaks le 15/06/2021 à 08:45:32

A l'époque des chocs BN, j'allais tous les mercredi matin au catéchisme donc stp tu ne m'associe pas à tes premiers émois AB porn :p Du lol ta chro ;) 
Et sympa le groupe, dans son jus... 

cglaume

cglaume le 15/06/2021 à 08:50:37

Le catéchisme forme - contre son gré - les anticléricaux les plus virulents. En effet, rien de tel qu'être confronté directement à toutes ces absurdités pour sentir monter en soi le vent de la révolte... Un peu comme la fréquentation de Tonton René aux repas de famille aide à développer un antiracisme épidermique. Alors ne te plains pas tant que ça d'avoir été à "si bonne école" ;)

Freaks

Freaks le 16/06/2021 à 11:57:05

Effectivement on peux aussi le voir comme ça ;) 

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 16/06/2021 à 17:50:47

Oh mon Lapin la bonne kro pour un bon skeud bien régressif taillé pour mosher en terrasse... et finir au poste pour non respect du volume syndical.

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