Killing Joke - Democracy

Chronique CD album (55:00)

chronique Killing Joke - Democracy

Petit retour en l’an de grâce 1996 avec ce mésestimé Democracy que les « trop-peu-présents-dans-ces-pages » anglais de Killing Joke nous ont alors sorti non sans se heurter au mur du bon goût à l’époque… Comment ça ? Ça existait le bon goût dans les 90’s ? Première nouvelle !

 

Un rapide coup d’œil rétroactif et contextuel ne sera donc pas tendre avec ce disque : au lendemain d’une volte-face dans les contrés du métal opérée avec Pandemonium qui personnellement ne m’aura pas non plus laissé un souvenir phénoménal (le temps aidant), voilà que nos adeptes de la blague qui tue nous pondent, une nouvelle fois, une galette inattendue. Echaudés par la puissance et la rudesse de l’album précédent, les critiques qualifieront ce présent disque de raté, bâclé, inégal voire trop facile ou trop pop. Ce jugement suivra donc Democracy jusqu’à aujourd’hui… Et ouais, pas plus tard que la semaine dernière, je me prenais encore la tête avec un collègue au blouson en jean patché sur la qualité de cet album.

 

A ce stade, et vous l’aurez deviné, je me dois de vous prévenir quant à l’extrême subjectivité de cette review. Je vais donc évacuer tout de suite la question de la note finale : [10 – 0,001 = 9,999]… Oui, 0,001 est, à mes yeux, l’indice minimal de subjectivité personnelle ; faites avec ou stoppez la lecture dès à présent.

 

L’album s’ouvre donc sur un break de batterie assassin et un riff qui imprimera le premier tube du disque. Magistral : la mélodie principale se suffit d'ailleurs tellement à elle même que le quatuor ne s’encombrera pas d’un second riff pour cette ouverture toute en énergie salvatrice. La production, elle aussi très décriée à l’époque, est assez déroutante : guitares noyées d’effets (chorus, phaser et saturation en tête), souvent doublées d’un renfort purement acoustique (gimmick en vogue dans les 90’s et généralement assez dégueulasse, il est vrai), chant abusivement en avant, batterie très sèche, basse noyée dans le mix. Mais comme dans toute production audiophonique, il nous faut juger l’ensemble du mix et non pas les éléments séparés les uns des autres... C’est pas un disque de Dream Theater qu’on écoute là bordel ! Ainsi, il est clair que de véritables prises de positions ont été opérés dans la production et que cette dernière, pour se mettre en place, a probablement du nécessiter des choix assez extrêmes et déroutants. Mais le résultat est là : si le master final n’est pas des plus classiques ni des plus lisibles, il donne une profondeur incroyable aux chansons. Le rendu global est donc à mes yeux un des plus intéressant que le groupe a pu pondre depuis ses débuts : étrangement fluide et cotonneux, percussif tout en restant planant, réhabilitant de la plus belle manière la vibe 80’s du groupe dans une démarche plus moderne et laissant une place royale à la voix de Coleman, alors au sommet de sa verve. Et oui, Jaz Coleman, fort des énormes gueulantes qu'il a pu pousser sur le disque précédent, trouve ici un équilibre assez incroyable entre justesse et éraillement, le tout au service de mélodies qui peuvent rendre jaloux toute la clique des brailleurs de coldwave et de metal industriel depuis au moins 30 ans.

 

Et puisqu’on en parle, les chansons elles aussi sont tout aussi monstrueuses que la voix du mec qui les chante : riffs et mélodies imparables, arrangements de dingues, rythmiques tantôt tribales, tantôt dansantes as fuck, revirements inattendus. On a ici le meilleur de ce qu’à pu donner le groupe jusqu’ici sans perdre une once de cohérence globale. Impossible donc de faire un track by track tant chaque virage que prend le disque au fil des pistes relance notre intérêt, de la première à la dernière seconde. On se mange successivement du larmoyant, du laminant, du poignant, du sautillant, de l'écrasant, du trippant, le tout disséminé dans autant d’hymnes en puissances. Pour ma part, il m’aura fallu remonter jusqu’à Nightime (ou attendre Absolute Dissent) pour retrouver autant d’intensité, de justesse et d’énergie… Et, finalement, le simple fait d’avoir fait traverser des titres comme « Aeon », « Prozac People » ou « Absent Friends » sur ma platine à travers des décennies complètes est en soi déjà assez significatif.

 

Je n’aurais donc qu’un seul conseil à vous donner si vous ne connaissez pas ce monument, ou si vous l’avez enterré depuis trop d’années pour avoir ce recul nécessaire que le petit métalleux boutonneux qui dort en vous ne pouvait pas adopter il y a vingt ans : oubliez cet artwork hideux et redonnez une nouvelle chance à ce disque, vous ne pourrez que me remercier (ou insulter ma subjectivité, mais je vous préviens, elle est indestructible).

photo de Swarm
le 03/04/2016

1 COMMENTAIRE

Xuaterc

Xuaterc le 03/04/2016 à 13:46:55

Un très bon album en effet, et je partage ton avis sur la prod, un peu datée, qui ne met pas les morceaux totalement en valeur

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