Kong - Merchants Of Air

Kong - "Merchants Of Air"
chronique Kong - Merchants Of Air

Bon alors je vous préviens tout de suite: ne comptez pas sur moi pour tomber dans la facilité et truffer cette chronique du dernier album de Kong de vilains jeux de mots effectués avec l’accent marseillais, ou évoquant ce célèbre terroriste simiesque qui a préféré attaquer l’Empire State Building que le World Trade Center. C’est qu’ils doivent en avoir marre à la longue Kong (comme disent les insulaires sino-britanniques). Deuxième avertissement: ne confondez pas les suédois de Kongh avec nos présents bataves, ces derniers ayant plus de bouteille (ça confine presque à la cave!), moins de H (pourtant ce sont eux les hollandais...), et s’activant non pas dans le doom / sludge mais dans une sorte de glitch indus-rock instrumental.

 

J’avoue qu’avant leur 6e et avant-dernier album intitulé What it Seems Is What You Get, je n’avais que très peu entendu parler d’eux – malgré leurs signatures successives chez Peaceville et Roadrunner – si ce n’est pour une particularité relativement singulière (amis du limbo sémantique, attention, on vient de frôler le pléonasme!): le groupe avait (a toujours?) pour habitude de se produire live dans une configuration pour le moins originale, chacun des 4 musiciens occupant un coin surélevé de la salle – ce qui, de par le fait, conduit le public à se retrouver en plein milieu de l’action. Je suis d’ailleurs curieux de savoir combien de salles permettent ce genre de fantaisie logistique… Toujours utile que leur doux gouzi-gouzis électro-métalliques n’avaient pas réussi à transporter suffisamment les foules françoises pour que j’eusse l’heur d’ouïr leurs passes d'armes discographiques précédents. Il est vrai qu’un hiatus de 8 ans, entamé au début du millénaire, n’aura pas aidé à attirer plus que cela l’attention sur leurs activités artistiques.

 

Bon, fini les longs palabres: qu’est-ce que ça donne et que ça vaut ce Merchants Of Air, en dehors de cette pochette très sympa et assez éloignée de notre pain quotidien « bouc/bière/boobs/bidoche »? Réponse aux amateurs du quatuor hollandais: la donne reste relativement la même. En effet, en relisant ma chronique du précédent opus (il se pourrait que le lien précédent conduise en des terres reculées, loin au-delà des frontières de CoreAndColand…), j’ai bien dû me rendre à l’évidence: les termes employés alors pour décrire l’œuvre (« un mariage entre White Zombie et Joe Satriani époque Engines of Creation, en plus light, plus smooth, plus ambiant, bref à la limite de la musique d'ascenseur ») restent définitivement de circonstance. Réponse aux newbies: l’album vaut le détour, mais encore faudra-t-il être réceptif et persévérant. C'est que si l’on y est exposé dans de mauvaises conditions, celui-ci peut tout à fait vous couler dessus avec la tiédeur et la transparence de la soupe easy listening diffusée dans les bars lounge chébrans. Illustration: le contexte alphabétique et calendaire a longtemps placé le dernier album de Jenx – cyber, rageur, inspiré, puissant, sentant autant la sueur que le froid cambouis d’univers hautement robotisés – devant Merchants Of Air dans ma playlist métallique quotidienne. Autant vous dire que les bataves faisaient pâle figure avec leur approche polie, mesurée, quasi-sans aspérité ni chaleur organique! Pas l'idéal pour bien profiter de la chose...

 

Sauf que le temps et un minimum d’attention permettent de mesurer la richesse de ce 7e opus. Si certains morceaux, étirés en longueur et construits sur une lente progression faites de variations pendulaires autour d’un (ou deux) même thème mélodico-rythmique, peuvent émousser l’attention de l’auditeur et ne fonctionner vraiment qu’en background d’un jeu vidéo ou d’un reportage sur les voitures à grosse cylindrée (Ouf! Le début de phrase qui va puiser dans tes dernières réserves en oxygène), d’autres tirent plus nettement leur épingle du jeu. Tel « Astral Calls », que la « corne de brume » électro dark ambiante et les quelques orchestrations proches d’un Septicflesh indus transcendent méchamment. Tel un « Wahnsinn, Baby » groovy doté de breaks vivifiants et d’une guitare plus rock’n’roll. Tel ce « Vapour Lock » tendu, menaçant, mais en même temps très catchy (maman, cette poussée de groove vicieusement incisif à 1:39, je suis fan!). Ou tel cet excellent final qu’est « Back Into The Trees », sur lequel le groupe abandonne son approche instrumentalo-mécanique pour mêler à ses sombres glitcheries un chant (ou plus exactement, au début, une voix) qui, allié à la basse, s’avère intensément sensuel, le résultat s'avérant être la B.O. idéale pour vos parties de jambes en l’air en apesanteur. D’autant que le morceau finit sur l’arrivée conjointe de la guitare et d’un superbe refrain, chanté avec une voix rappelant – tiens, encore lui? – le Satriani de Flying In A Blue Dream. Grosse impression.

 

En bref, et pour faire court (genre…), Merchants Of Air prolonge et bonifie l’approche musicale entreprise sur What it Seems Is What You Get. Si vous l’avez apprécié, ou que vous êtes sans a priori négatif à l’encontre de l’électro soft et fourmillante, de l’indus aseptisé et des guitares [semblant être] pilotées par ordinateur, tentez l’expérience, c’est très spécial et très bien fait. Sinon ne venez pas vous plaindre: vous l’aurez bien cherché!

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: vous faites écouter en boucle le Engines Of Creation de Satriani à un ordi’ doté d’une intelligence artificielle, vous le laissez composer un album en injectant en entrée quelques directives comme « indus », « gant de velours », « glitch », « rock tranchant », et vous n’avez plus qu’à récolter les MP3s résultant au sein de votre clé USB préférée.

photo de Cglaume
le 06/11/2012

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