L.m.i - Excess Subconscious

Chronique CD album (22:16)

chronique L.m.i - Excess Subconscious

Vous vous souvenez des années 90 ? Quand vous alliez skater avec vos potes le mercredi après-midi au lieu de bosser vos cours? Quand vous flinguiez le maigre pécule de votre argent de poche dans les VHS Alien Workshop. Que vos héros s’appelaient Andrew Reynolds, Danny Way et Rodney Mullen était votre seul et unique Dieu. Que vous achetiez vos baggy chez Goéland et que les poches étaient déformées et graisseuses à cause des pains de wax qui sentaient la noix de coco bon marché. La musique rythmait évidemment ces vertes années désormais bien lointaines. Et dans les mix tapes de l’époque, les bande magnétiques, enregistrées à outrance, crachotaient du punk hardcore, pas le vulgaire skatecore des années 2000, non, du bon, du vrai, qui sentait la sueur d’un après-midi passé à faire du flat sous un cagnard, les chevilles foulées et le bois d'une board brisée à l’occasion d’un pop shove-it mal replaqué. On y entendait entre autres Lagwagon, New Bomb Turks, Zeke, Terror Bombs, No Use For A Name, Nofx et tous les merveilleux groupes de chez Epitaph ou Fat Wreck.

 

Avec Excess Subconscious, 3ème album de L.M.I. (pour Lazy Middle-Class Intellectuals), vous voilà replongé dans cette époque désormais surannée. Mais attention, pas d’amalgame, le punk hardcore distillé par ce trio de Pennsylvanie n’est pas celui d’un énième groupe “déjà vu et trop revu, merci je n’en peux plus”. Car L.M.I ne manque clairement pas de modernité et porte un style, a priori simpliste et minimaliste, dans de nouvelles sphères, plus bruyantes, plus progressives (oui oui, j’ai bien écrit “progressive”, quitte à me faire détester par quelques élitistes mal lunés) avec des gimmicks (changements de rythmes, de tonalités et autres structures alambiquées) qui nous rappellent agréablement Sonic Youth ("Ghost Teeth"), d’autres plus empreints d’un esprit Nirvanesque (l’intro de "Light Demise") voire de Stoner sous stéroïdes ("Tracing Fortune"). 

Côté voix, c’est hargneux, ça crie, ça vocifère. On sent que le chant n’est pas là pour rigoler et compter fleurette à l’auditeur. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec Lee Spielman de Trash Talk. L'allitération s'opère, nous sommes en plein dans l’agressif agréable. Mais on se fait aussi surprendre avec des parties plus graves à la limite du growl ("Another Shadow"), d’autres, plus rares enchant clair, parfaitement juste et , ma foi, avec un joli grain de voix qui mériterait d’être plus exploité ("Ghosts Teeth"). Toutes ces alternances, complémentaires, font merveilleusement le job et cassent habilement la linéarité habituelle du style même si on aurait aimé qu’elles soient encore plus prononcées. Les guitares, s’appuyant sur une basse infaillible, alternent leads mélodiques mais rageurs et riffs décomplexés.

 

Le mixage (mené d'une main de maître par Dave Downhame) est propre, plein, rempli de respirations et d’air. La basse est bien ronde et bien présente (miam miam) et les guitares sentent bon la saturation d’ampli d’appellation d’origine contrôlée qui s’agrémentent de délicieuses pointes de chorus ("Tomorrow Midnight"), la batterie loin du traditionnel poum-tchack basique est ne manque pas d'originalité dans le jeu tout en conservant une humilité dans l'approche; inventive: oui, démonstrative: non!

 

Après l'humain augmenté, la réalité augmentée, le coût de la vie augmenté, L.M.I vous propose avec Excess Subconscious du punk augmenté, une version moderne sinon modernisée de ce qui s’est fait de mieux dans le genre pendant les années 90. Avec ces 22 minutes qui passent bien vite, l’album est (évidemment) court mais ce joyeux bordel inventif et diablement structuré mérite largement qu’on s’y attarde. 

 

Sur ce, j’enfile mon baggy et je file récupérer mon skate à la cave. 'Me reste plus qu'à trouver des piles pour mon walkman.

 

On aime: du punk-hardcore a priori traditionnel mais a posteriori hyper moderne et riche, l’alternance des styles dans les lignes de chants.
On n’aime pas: un album un peu court, l’alternance des styles dans les lignes de chants qui aurait pu être encore plus poussée.

 

photo de 8oris
le 06/07/2020

4 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 06/07/2020 à 12:05:22

'ttention 8oris: tu vas te fouler la cheville et te croûter les g'noux !

Xuaterc

Xuaterc le 06/07/2020 à 13:20:18

C'est un coup à se retrouver avec des béquilles au Hellfest, attention!

Freaks

Freaks le 06/07/2020 à 14:21:57

Très très sympa ce groupe qd bien même éloigné du folklore skate punk ;)

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 06/07/2020 à 20:04:43

Pas mal

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