Maïeutiste - Veritas

Chronique CD album (53 mn)

chronique Maïeutiste - Veritas

Un laboratoire musical.

 

Maïeutiste, formation rhône-alpine, ne cesse depuis sa création en 2006 sous l’impulsion d’Eheuje et de Keithan, de faire de ses passages en studio non de simples moments d’enregistrement, mais d’incessantes expérimentations collectives. Au point peut-être de peiner à convenir ensemble d’une version ferme et définitive ! En tout cas, son dernier album Veritas, sorti le 4 octobre 2019 chez Les Acteurs de L’Ombre, m’a donné cette impression, étrange et déroutante.

 

Son écoute, de laquelle s’extirpent de réelles qualités, n’a pas été une entière surprise et ce pour plusieurs raisons. D’abord, j’ai eu la chance de les voir performer lors du LADLO Fest, qui s’est tenu à Nantes les 6-7 octobre 2018, avec à la clef l’un des concerts – ils étaient alors six, dont deux chanteurs – les plus convaincants du week-end. À cette occasion, sur un set de cinq titres au total, trois morceaux du futur nouvel album avaient déjà été joués. Ensuite, deux extraits ont été insérés successivement dans les samplers MMXVIII ("Veritas") et MMXIX ("Infinitus") des Acteurs de l’Ombre.

 

Or, entre ces divulgations et la sortie officielle de l’album, l’opus n’a cessé d’être (re)transformé avec l’organisation de nouvelles phases d’enregistrement, le placement d’arrangements et la tentation de versions hybrides. C’est ainsi que la « Rough Version » de "Veritas" du Sampler 2018 m’a davantage convaincu que le "Veritas-I" : dans le mix final, la double est y mal posée, tandis que les guitares et les vocals me semblent plus en retrait que dans la première version, bien plus « accrocheuse ». Plutôt fâcheux...

 

Même le line-up a connu des changements incessants : alors qu’une petite dizaine de musiciens sont passés en studio, Maïeutiste ne s’est présenté le 5 octobre 2019 à Nantes, lors du LADLO Black Metal Night III, soir de sa release party, qu’avec… trois musiciens seulement, obligeant cette formation resserrée à s’appuyer sur de nombreux backing-tracks. Pour être même tout à fait précis, en attendant que le line-up s’étoffe, Maïeutiste repose pour l’heure sur … deux musiciens, à savoir Keithan à l’écriture, aux guitares et au chant et Tmdjn à la basse !

 

Peut-être que des messages forts se cachent finalement derrière la relative instabilité de cette formation et de ses compositions :

- Peu importe les musiciens et leurs instruments, seul compte la musique, ce Black metal avant-gardiste au fort accent baroque (la respiration "Spiramus" et la toute, toute, toute fin de "Veritas II" qui se mérite), agrémenté de passages doom, ambient, folk rock et même jazzy.

- Peu importe les modifications nombreuses apportées aux compositions, seules comptent l’expérimentation et la recherche de nouvelles sonorités progressives, acoustiques ou orchestrales. Et c’est sans doute là le plus grand mérite de Veritas : les passages à la voie claire et à la guitare sèche, adossés à des orchestrations d’une grande finesse artistique, se mêlent avec cohérence aux riffs Black Metal ("Vocat").

 

L’écoute de cet album n’en reste pas moins parsemée d’embuches – ainsi des entames inattendues et complètement opposées de "Universum" et de "Vocat" –, au point d’exiger de nombreuses réécoutes pour en découvrir toute la richesse.

 

Ce projet musical est d’autant plus exigeant que s’en dégage une forte dimension intellectuelle et philosophique. Parcourir le CD-objet est utile à cet égard : les symboles sont omniprésents (l’homme, l’œil, la géométrie, la symétrie, les astres, le temple, …) et interrogent les tensions qui traversent le monde contemporain, tiraillé entre le sacré et le profane et pris en tenaille dans sa quête (forcément hypothétique) de la Vérité. Maïeutiste, tirant son nom de l’art d’accoucher les esprits, revendique donc une certaine aura érudite et lettrée. Sa préférence pour les langues anciennes, pour le latin spécialement, donne ainsi aux lyrics une réelle puissance phonétique et renforce le syncrétisme musical et artistique de Veritas. Néanmoins, l’auditeur pourrait aisément s’y perdre et, à dire vrai, j’ai été proche d’être dans ce cas…

photo de Seisachtheion
le 14/01/2020

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