Mekong Delta - Tales of a Future Past

Chronique CD album (55:37)

chronique Mekong Delta - Tales of a Future Past

Il y a des fois où, même si l’attente est longue et qu’on peut commencer à se sentir quelque peu délaissé, on ne peut décemment pas reprocher à un groupe de prendre le temps pour mitonner son nouvel album. Parce que – déjà – celui-ci ne nous « doit » rien, surtout quand ses activités musicales seules sont loin de lui procurer un train de vie confortable. Et puis surtout parce que quand le résultat est aussi chiadé que ce 11e album de Mekong Delta (et non 12e: Intersections ne proposait que des réenregistrements), on ferme son claque-merde et on écoute religieusement. Après tout, cela ne fait que 6 ans qu’on a découvert In A Mirror Darkly. Et cela doit être un sacré casse-tête de faire tenir debout 55 minutes d’une musique aussi solide et pourtant construite sur des bases aussi tarabiscotées. Rome ne s’est pas faite en un jour, pas plus que The Music of Erich Zann en un week-end! Pour mesurer l’effort demandé par ce nouvel album, il faut savoir que rien que l’enregistrement des parties de basse de Ralph Hubert – le maître du Delta – a pris 3 semaines entières... On est loin de Dudule qui gratouille en baillant l’unique corde de son engin!

 

Tales Of Future Past, donc, est un imposant nouveau chapitre. Quatre morceaux instrumentaux, une piste de quasiment 10 minutes accompagnée de quatre autres de plus de 6, des couleurs relativement variées, quatre paysages (les morceaux « Landcape » #1 … jusqu’à #4), plus le retour d’une bonne vieille habitude: la réappropriation d’un morceau classique (impressionnant  « Landscape 4 - Pleasant Ground » qui revisite Sevilla, pièce issue de la Suite espagnole d’Isaac Albéniz)… Ce nouvel album est plus que généreux! Cerise sur le Mekong: il retrouve en partie les saveurs qui étaient les siennes au siècle dernier. Eh oui, ce Tales Of Future Past est moins une conjugaison au futur antérieur qu’un coup de pied au postérieur en direction du passé! Car si les morceaux restent toujours aussi savamment alambiqués, ils retrouvent une saveur old school tenant pour beaucoup à un son légèrement sourd, rappelant à dessein les productions d’époque. On pourra arguer que cela nuit un peu au chant et même aux leads auxquels on refuse parfois l’accès au premier plan de l’espace sonore. D’ailleurs on tique à l’occasion... Mais ce choix apporte une couleur, un grain particulier qui donne au quadra que je suis l’impression de redevenir jeune. Alors on profite, sans plus grommeler.

 

Mais j’évoquais un retour vers la source du Mekong, et j’en vois déjà qui espèrent entendre à nouveau un chant Thrash teigneux. Que nenni les amis: c’est toujours Martin LeMar qui tient la barre vocale, et qui donne parfois l’impression que Bruce Dickinson ou Geoff Tate s’invitent sur les tortueux sentiers des Allemands. J’avoue avoir toujours eu un peu du mal avec son registre Heavy Prog sombre et ampoulé, mais il faut reconnaître que le bonhomme fait des merveilles, réussissant à rendre mélodiquement digeste l’hermétisme artistique qui prévaut sur certains morceaux. Sans lui « Mental Entropy » aurait moins d’impact, pas de divin refrain en mode démultiplié sur « A Colony of Liar Men », ni cette nécessaire touche de vernis vocal sur le complexe « Mindeater » (titre qui retourne vers un Thrash relativement abrasif). D’ailleurs, bien que l'accent soit toujours autant mis sur l'aspect instrumental, cette fois Ralph Hubert semble vouloir laisser le champ libre à son frontman. En effet, sur « A Farewell to Eternity » les guitares [electro-]acoustiques donnent l'impression de surtout être là pour mettre en valeur un Martin qui la joue Prog onctueux, limite radio-friendly. Et ce morceau n’est pas le seul où les structures et les riffs abandonnent un peu les sempiternels détours Coroneriens pour explorer d’autres contrées. Parce que l’impressionnant « Landscape 2 - Waste Land » sort les biscotos façon John Williams (j’exagère un brin, mais l’Etoile Noire n’est pas loin parfois). Et parce que « Landscape 4 - Pleasant Ground » finit l’escapade sur des tons néoclassiques teintés de fanfreluches hispanisantes.

 

En dehors de ces quelques morceaux un peu à part, rassurez-vous: Mekong Delta reste ce groupe difficile d’accès, qui louvoie plus qu’il ne cogne, et qui se plait à imaginer des sculptures musicales impressionnantes, à l’équilibre en apparence précaire mais au rendu étourdissant. Dans ce registre c’est « A Colony of Liar Men » qui fait le plus frémir mes moustaches de lapin-satiable. Par contre il est probable que ce nouvel album ne fera que peu avancer le schmilblick: le commun des métalleux en restera au même point avec les Allemands, interdits devant ces morceaux qui avancent en crabe, qui tournicotent dans l’ombre et déboîtent leurs rythmiques comme le contorsionniste ses articulations. Parmi la jeune génération, seuls les curieux qui ont percé Meshuggah à jour et qui n’ont pas peur d’une prod’ un peu poussiéreuse atteindront le Graal. On encourage en tous cas ceux qui hésitent à tenter l’aventure, surtout s’ils apprécient Sadist, Carcariass (les synthés cosmiques de « Landscape 3 – Inharent » tirent un timide trait d’union avec les Français) et ces concerts lors desquels la concentration sert plus à décrypter la musique qu’elle ne sert à éviter les slammeurs…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Mekong Delta revient avec un nouveau casse-tête expert qui se teinte cette fois de couleurs sépia rappelant le siècle dernier. Toujours aussi exigeant et éloigné des standards de la Pop, le groupe ne devrait pas gagner de nouveaux fans avec Tales Of Future Past. Il devrait par contre conserver – et même réaffirmer son emprise sur – le noyau dur déjà conquis de ses fans.

photo de Cglaume
le 01/07/2020

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