Wolf Spider - Kingdom of Paranoia

Chronique CD album (39:23)

chronique Wolf Spider - Kingdom of Paranoia

C’est vrai, Wolf Spider est l’exemple typique du nom de groupe tout moisi. C’est vrai, les yeux les plus sensibles risquent de trouver que la pochette de Kingdom of Paranoia pique un peu (c’est moi ou le clebs en bas a la tête de Lénine?). Mais en même temps, là, en tout juste 2 phrases on vient d’évacuer la liste complète des trucs qui clochent sur cette merveilleuse antiquité malheureusement trop peu connue. Ceux qui se délectent de la lecture d’un paragraphe assassin peuvent d'ailleurs passer leur chemin: cette chro va plutôt faire dans le tressage de couronne de laurier que dans la crucifixion critique.

 

Les qualités de Kingdom of Paranoia ont beau être indéniables, il est aisé de deviner pourquoi celui-ci est resté très largement ignoré des masses headbangantes jusqu’à aujourd’hui. D’abord 1) le nom du groupe et la pochette de l’album ne font que moyennement rêver – bravo Kevin, on vient de le dire, ça veut dire que tu suis. Ensuite 2) nos araignées-garous viennent tout droit de Poznań , Pologne, contrée qui, en 1990 – autrement dit en pleine ère pré-Vader / pré-Behemoth –, faisait assez peu saliver le chevelu. Enfin 3), Wolf Spider s’illustre dans un genre – le techno-thrash, excroissance technique du thrash, donc – qui n’a que rarement fait la fortune de ses plus éminents représentants, du moins jusqu’à très récemment (avant Vektor et le retour de Coroner quoi...)

 

Donc oui, en effet, Wolf Spider joue du techno-thrash. Mais pas la version hyper élitiste de Mekong Delta, ni la déclinaison clinique pratiquée par les suisses évoqués en fin de paragraphe précédent. Non les polonais ont manifestement à cœur que le commun des thrasheurs s’exclame « Putain, mais ça déboite! », et ne s’adressent donc pas exclusivement aux experts en mesures tordues et autres accords impossibles à jouer. Leur approche est plutôt celle d'un Death Angel quoi. D’où une musique chaleureuse, fonceuse, accrocheuse… Bref: accessible. Ce que l’on entend sur Kingdom Of Paranoia, leur 3e opus, c’est donc avant tout un putain de thrash qui défonce – bien que, soyez prévenus, doté d'une voix un peu old school s’aventurant parfois (mais sans excès) dans des aigus aux accents vintage. Les guitares y sont de malicieux et fougueux frelons qui virevoltent, tourbillonnent et passent sous nos nez à toute berzingue. La basse est l’habituel bourdon de service, ronronnant et tournoyant en support, tout en ne se laissant pas impressionner par ses collègues plus véloces. Et la batterie dynamise le tout en insérant dans la marmite bien plus que le Tagada-tagada habituel, les lattages véloces classiques étant souvent truffés de pas chassés et autres démarches subtilement en crabe. Ainsi armés, les polonais nous emmènent à de multiples reprises au Valhalla du thrash, chaque morceau ayant droit à son passage pépitesque (la décharge sprinteuse du couplet de « Manifestants », les attaques incessantes menées à partir de 2:38 sur « Pain », la totalité de « Foxes », le riffing « hélico of death » lors du décollage du morceau « Waiting For Sense », etc). Le summum du genre est néanmoins atteint sur l’incroyable instrumental « Nasty – Ment » qui enchaîne à une vitesse folle les décharges d’adrénaline… Un putain de chef d’œuvre qui mettra à genoux même les plus exigeants des amateurs de dentelle guitaristique.

 

De plus, au fur et à mesure des écoutes, bien que notre nuque chauffe aussi sûrement que sur n’importe quel album de Testament ou de Tankard, on se met à remarquer tantôt un passage rappelant furieusement Atheist (à 1:28 sur « Black’N’Whites »), tantôt des décalages rythmiques désormais popularisés par les vagues djent et modern death (là je vous laisse chercher, il n’y a qu’à se baisser), tantôt des échos du Destruction de Release From Agony (vers la fin de « Sickened Nation ») ou encore – pour rester chez Schmier – une ressemblance étonnante avec le Headhunter de A Bizarre Gardening Accident, le temps d'un grand écart entre grosse tranche de fun et thrash-millimétré-mais-qui-néanmoins-ratatine (sur « Weakness », qui figure en bonus sur nombre d’éditions). Bref, on tient là un album qui contient les ferments de tout ce qui fera le sel des chapelles metal les plus techniques au cours des décennies suivantes.

 

Forcément, quand on s’enfile une galete aussi généreusement remplie de puissance, de justesse et de dextérité, on en ressort sonné, ravi, conscient d’avoir laissé tremper nos oreilles dans un bain métallique exceptionnellement bouillonnant. Ceux qui auront goûté l’aventure seront d'ailleurs heureux d'apprendre que le groupe a enregistré un 4e album, Drifting in the Sullen Sea, également très impressionnant, et proposant entre autre sucreries une reprise du « Mustapha » de Queen. Autre bonne nouvelle: le groupe – enfin disons plutôt les guitaristes et le bassiste, entourés de nouveaux partenaires – semble avoir envie de remettre le couvert. En effet un EP, It’s Your Time, est tout juste sorti cette année, après plus de 20 ans de mutisme. Espérons que ce retour aux affaires soit un retour gagnant!

 

 

PS: Metal Mind propose une version digipack de l’album qui, en plus de l’excellent « Weakness », contient 5 morceaux a priori extraits de Barwy zła – le 2nd album qui n’a jamais vu le jour sous cette forme, mais qui a bénéficié d’une vraie sortie en 1991, sous le nom Hue of Evil. Ces titres s'avèrent plus crus, mais sont déjà incisifs et percutants.   

PPS: peu connu en France, le groupe a quand même joué en 1ere partie de Rage, Running Wild et Deep Purple. Et Kingdom of Paranoia est sorti chez Under One Flag, subdivision de Music For Nations. Donc quand on parle d'anonymat, cela reste tout relatif.

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Kingdom of Paranoia propose près de 40 minutes d'un techno-thrash qui ne sacrifie jamais la puissance et l’accroche sur l’autel de la technique, ni ne les gâche par une pénible pédanterie élitiste. C’est tout simplement l’un des meilleurs albums du genre, aux côtés des plus belles pépites de Coroner et Mekong Delta

photo de Cglaume
le 29/09/2013

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