Modern Rites - Monuments

Chronique CD album (36:47)

chronique Modern Rites - Monuments

Prenez deux musiciens :

 

- Le premier est le Suisse Berg, fondateur et homme à cordes d’Aara dont j’ai pu louer les performances dans le dernier album Triade I : Eos, porteur d’un Black Metal atmosphérique toujours élégant, souvent flamboyant ;

 

- Le second est l’Américain Jonny Warren qui s’occupe de tout dans son projet Metal expérimental et 100% instrumental Kuyashii (plaisant au passage son dernier EP Apex) et de presque tout dans son groupe duo … Disco/Electro/House Ashjoma.

 

Voilà deux trajectoires créatrices, fécondes mais fort contrastées, et qui se sont pourtant télescopées en 2020 pour donner naissance, sous le doux nom respectif de Katalyst et d’Archytekt, au projet Modern Rites, placé d’ailleurs de suite sous l’aile protectrice de Phil de Debemur Morti. Katalyst reste à la guitare, tandis qu’Archytekt se coltine la basse, le synthé, la batterie programmée ainsi que le chant. Cette nouvelle entité artistique, qui porte en elle la double facette Dark Indus et Black mélodique, s’est appuyée de la composition du premier morceau à la construction du dernier segment "Self Synthesis" sur un challenge et moults allers-retours entre ces deux hommes. Mais l’élan et l’engagement sont d’abord du côté de l’Américain, véritable "mastermind" de ce Monuments. En effet, c’est Jonny Warren qui commençait souvent avec le duo basse/batterie, spécialement avec la basse dont le son bien distordu et bien lourd s’inspire directement de la Dark Industrial du début des années 1990. Charge à Berg de « répondre » dans un second temps, à l’aide de son riffing de suite identifiable dès les premiers souffles épiques de "Vigilance Eternal" ou de "Unburdened". Particulièrement réussie sur "Self Synthesis" et "Machine Paradox", cette combinaison – le groupe parle même de « fusion » – entre les éléments sombres, métalliques et inquiétants de la musique industrielle et l’ambiance plus mélodique, expressive et parfois hypnotiques du Black donne quelques pistes de novation musicale, comme si ce duo souhaitait élargir et approfondir les sillons creusés depuis bien des années maintenant par Blut Aus Nord et Tryptikon. Cette plaque inconfortable est donc la source de nombreuses aménités otiques, même quand le ciel s’obscurcit sur "Black Wolf" où la guitare de Berg ne parvient qu’à de rares occasions (après 90 secondes par exemple) à en déchirer l’épaisseur.

 

Il ne manquait plus, en tout dernier lieu, qu’à trouver un liant conceptuel offrant l’opportunité d’homogénéiser l’ensemble de ce Monuments. Et cela a commencé par la réalisation de l’artwork, dont l’auteur est … Jonny W. en personne. Il faut dire qu’il se présente lui-même avant tout comme un "visual artist". S’inspirant de l’architecture de l’immense hôtel Marriott Marquis d’Atlanta (son bled), la pochette représente « le fonctionnement interne de l'esprit et les monuments psychologiques que nous portons tous à l'intérieur de nous ». Les incessantes luttes intérieures, les effets délétères de l’isolement, les redoutables tourments psychologiques sont – ok, c’est loin d’être original dans le Black… – les idées chevillières qui ont guidé le travail sur les paroles de cet album densément ouvragé, froidement texturé et sous tension permanente.

 

Une qualité – au moment où j’ai vu débarquer ce projet sorti de nulle part – à laquelle je ne m’attendais pas un instant.

photo de Seisachtheion
le 31/08/2021

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