Mourir - Animal Bouffe Animal

Chronique CD album (33:35)

chronique Mourir - Animal Bouffe Animal

Êtes-vous déjà mort par étouffement? Je suppose que non. Et j'espère pour vous, mais surtout pour nous car sinon vous remettriez en cause un paquet de fondements rationalistes sur lesquels beaucoup d'entre-nous reposons notre sérénité existentielle. Toujours est-il que si vous souhaitez faire l'expérience d'une NDE (Near Death Experience, le truc avec le tunnel tout blanc là...) deux choix s'offrent à vous. Le jeu du foulard ou le premier album de Mourir. Les Toulousains, chopés par Throatruiner, viennent dernièrement de sortir Animal Bouffe Animal. Et il mérite sincèrement de s'y attarder. Au risque de se faire prendre à la carotide.

Analyse.

 

L'entrée en matière est brutale, animale. Oublions ici toute forme de politesse (nous ne sommes de toutes manières pas là pour ça). Les êtres humains que nous sommes suffoquent de ce monde à l'instar du chant, lointain et étouffé. Rien de bien étonnant pour du black, me direz-vous. La sauvagerie, au sens littéraire du terme (i.e « caractère de quelqu'un qui fuit les contacts humains ») est plutôt de mise dans le milieu. Par contre, nous avons affaire tout au long de l'album à une cadence assez surprenante qui se dévoile écoutes après écoutes. Détails après détails cette même cadence si particulière a pour effet de retranscrire assez fidèlement le pouls animal, sauvage et fielleux. Ces six pistes oscillent entre des moments nerveux et soudains (à l'instar de ces premières secondes qui te prennent à la gorge) et des périodes non pas plus calmes et détendues, mais bien sournoises et pleines de tensions, pesantes comme les pressentiments d'un danger imminent. La piste instrumentale 'La Gueule Ouverte' en est un très bon exemple. L'ensemble, en plus d'être rude et décharné est complètement glacé; glacé par la trouille qui te coule dans les veines. La trouille du chacun pour soi.

Dans le détail, on a ici un chant technique et surprenant, que je tenterais de rapprocher de celui de Vaerhon de Pensées Nocturnes de par son aspect totalement foutraque mais maîtrisé de A à Z. Ça susurre, grogne et vocifère en exprimant l'entière animosité de l'espèce humaine dans toute sa palette (magistral sur 'Animal Bouffe Animal'). Couplé à la batterie et ses rythmes tantôt galopants, tantôt réfrénés,le duo se complète parfaitement pour parfaire et retranscrire l'insondable : l' instinctif et l'animal. Au-delà de l'aspect technique et musical, je m'interroge tout de même sur le travail d'introspection que cet album a dû demander pour aller chercher aussi profondément les torpeurs inconscientes enfouies au plus profond de notre ADN d'homo sapiens.

Les guitares, quant à elles, sont légèrement en retrait par rapport au couple chant/batterie, à l'exception des pistes instrumentales comme 'La Gueule Ouverte' où elles ont le champ libre pour exprimer tout le potentiel doomesque qu'elles ont en elles. Excepté cela, elles sonnent aussi lointaines que des trompettes de l'apocalypse (ici le final de 'Foutu Pour Foutu') tout en réussissant à balancer des riffs énergiques. Je penses notamment à 'Paroles de Hyènes'.

 

Au final, on a froid. Terriblement froid. De solitude. Car rien ne bouge. Aristote nous disait déjà que nous étions des animaux politiques et rien depuis n'a pu le contredire de manière fondée. Dieu ou Animal, l'humain n'existe pas. Mourir aborde la thématique phare et fondamentale du black tout en y apportant une sensibilité particulière, une manière de penser et d'exprimer tout à fait nouvelle. Mais ressentir, penser et exprimer, n'est-ce pas là preuve d'humanité? Rendez-vous au deuxième opus, histoire d'y réfléchir un peu plus.

photo de Vincent Bouvier
le 21/02/2020

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