Naw - Head Pain

Chronique CD album (33:27)

chronique Naw - Head Pain

Autant vous le dire directement, NAW a déclenché à pleine balle l’alerte méga coup de cœur et ce, dès la première écoute. Mieux encore, c’est sans réserve qu’il va truster complètement mon top de l’année 2021 car j’ai rarement été convaincu aussi vite de la qualité d’un groupe et, oserais-je dire, de son potentiel.

 

Coup de cœur parce que NAW , c’est le résultat d’un métissage de rock crasseux grungy, de rock fuzzy, épicé deçi delà de touches noisy, punk et/ou sludge, tout ce que j'aime. Mais avec NAW, non, le mélange ne sonne pas comme "on a fait du neuf avec du vieux"; non, le mélange n’a pas cet arrière-goût pop/folk sirupeux. Le mélange est ici un terreau fertile dans lequel le groupe a plongé ses pognes jusqu'aux coudes et les a ressorti couverte jusqu’aux ongles d’une terre crasseuse, d’un humus musical qui sent bon la promesse d’une récolte fructueuse.

Pour les fans de name dropping, imaginer une hybridation malaisante de L7, Couch Slut et Code Orange. Coup de cœur parce que ces groupes, tout différents et uniques qu’ils sont, partagent plusieurs caractéristiques: un son harsh et unique, une énergie indéniable et surtout une voix féminine. Pendant que d’aucuns s'écharpent gentiment sur les chanteuses de métal qui sonneraient (ou pas) comme des bonhommes, Amanda Sherman s'en tamponne avec sa voix rauque, particulièrement classe, avec un grain qui change de ce à quoi on peut être habitué, une voix qui embrasse des harmonies dangereuses, qui parvient à chanter sans le faire, une voix flegmatique parfois mais qui ne manque pas de vie et de nuance, une voix qui sait s’érailler, s’égosille mais ne s’étouffe jamais, pas plus qu’elle n’étouffe l’auditeur, une voix habitée parfois ("Cote Atypical"). Bref, une voix! Certains diront peut être que je m’emballe un peu, ils ont probablement raison car on la sent encore un poil hésitante parfois, on sent qu’elle se cherche, qu’elle se découvre, qu’elle teste ses limites mais une telle voix ne peut que (continuer à) se bonifier avec le temps.

 

Coup de cœur pour les ambiances des titres. Urgentes, criantes, intenses et pleine d’une indéfinissable classe (qui bizarrement m’a rappelé The Kills) car ne basculant jamais dans le bas du front ambiance vestiaire. Même quand le tempo se tempère au gré d’un morceau ("One More Day", fausse balade pop aux accents sludgy), il subsiste une tension palpable, une lourdeur très subtile. Les fans des Melvins y trouveront leur compte, comme ceux qui trouvent que les Melvins ne sont pas assez "rock".

 

Coup de cœur pour le son des guitares. Si vous voulez expliquer la notion de “fuzz” aux gens, mettez leur cet album. Un véritable porridge sonore, granuleux, lourd mais tellement réconfortant. L’équilibre des fréquences du son des guitares est parfait, ni trop d’aigus, ni trop de graves, ni trop de médiums. C’est fuzzy mais ça ne sonne jamais anémique, lofi ou carton.

Coup de cœur pour la section rythmique avec cette basse et cette batterie qui assurent parfaitement leurs arrières surtout quand la guitare part dans des logorrhées atonales ou noisy. La basse est bien sèche et manque de rondeurs mais cela s’intègre parfaitement avec le son des guitares. La batterie est variée et malgré des tempos plutôt moyen/lent, elle assure un décorum rythmique dont on se plaît à déceler les nombreux détails au fil des écoutes.

 

Coup de cœur pour le mixage hyper saturé, mais cette belle saturation croustillante, ce crépitement bien chaleureux. Pour ceux qui apprécient la dynamique du vinyle, je pense qu’il faut foncer sur cette pépite. Autre fait appréciable: le groupe n'a pas joué la carte de la surenchère du multi-pistes à gogo. Ils sont quatre, on entend bien quatre personnes jouer et pas douze comme sur certaines prod. Rien ne semble hyper overdubé à outrance et c’est normal car on sent chez NAW une véritable unité dans le son des musiciens, une cohésion humaine et artistique totale et capable de porter les morceaux au-delà même des enceintes. De fait, la transposition live se fera sans aucun effort.

 

 

Il y a tellement d’excellents EP, d’excellents albums qui sortent qu’il est de plus en plus difficile de faire la part des choses. J’ai l’impression d’avoir été inondé de belles découvertes et d’excellentes sorties cette année, surtout chez les groupes qui "se lancent". Du coup, j’ai sûrement déjà grillé pas mal de mes cartouches de crédibilité, j’ai sûrement survendu à tort et peut-être que je survend cet album à travers. Mais écoutez ne serait-ce que le titre "Weed Them And Reap" et osez me dire que ce titre ne vaut pas son pesant de cacahuètes, osez me dire que ça ne sent pas le prémisse d’une belle discographie. Alors, oui, tout n’est pas encore parfait, il y a quelques passages moins efficaces que d’autres, des errances stylistiques que certains qualifieraient de maladresse des débuts mais elles sont rares et oubliables car Head Pain n’est qu’un commencement.


 

On aime bien: le métissage, la voix d’Amanda S., la sensation d’un vrai groupe qui joue en groupe, la pochette.

On aime moins: peut être encore une cartouche de crédibilité grillé. Tant pis, j’assume.
 

photo de 8oris
le 11/10/2021

2 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 11/10/2021 à 11:48:28

Yes, très bonne découverte également !! 😊

cglaume

cglaume le 11/10/2021 à 13:50:46

Aller de coup de cœur en coup de cœur, ça ne fait pas de toi un cœur (des oreilles ?) d'artichaut, mais un mélomane qui se donne la peine de dénicher des pépites et de les écouter suffisamment pour découvrir ce qu'elles ont vraiment dans le bide ;)

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