Nightbearer - Tales of Sorcery and Death

Chronique CD album (46:27)

chronique Nightbearer - Tales of Sorcery and Death

A quoi distingue-t-on un jeune chroniqueur boutonneux d’un vieux briscard à la plume bien trempée? Facile: le premier s’enflamme au quart de tour, sans se laisser le temps de la réflexion, alors que l’ancien combattant sait prendre du recul afin d’éviter d’asséner de ces vérités qu’on prononce vite et fort, mais qu’on regrette peu après…

 

… Bon eh bien je me sens moins vieux du coup! Non parce qu’à la fin de la chronique du très bon dernier album de Sentient Horror, je présentais celui-ci comme ce qui se faisait de mieux en Swedeath millésimé 2019, aux côtés des derniers Revel in Flesh, Swarn et Nightbearer. Et autant je réaffirme avec force la suprématie des deux premiers de ces opus, autant Crom n’a accordé au 3e qu’un accueil à l’enthousiasme tout juste syndical, tandis que de mon côté je me vois dans l'obligation de faire de même avec Tales of Sorcery and Death. Parce que je me suis monté un peu vite le bourrichon sur cette sortie qui n’est certes pas mauvaise, mais qui ne mérite pas non plus de faire l'objet d'un sujet de thèse en Swedeathologie.

 

Allez hop, embrayons sur quelques faits histoire que vous n’ayez pas à chercher ces info vous-mêmes et que, le temps d’un paragraphe, je me la joue wikipédant. Nightbearer, donc, est une formation allemande qui, après un EP intitulé Stories from Beyond en 2018, propose aujourd’hui son premier album (aparté calendaire: la chose a en fait vu le jour en décembre dernier. Désolé pour la latence – en même temps ‘y a pas marqué "BFM Webzine" sur le fronton…). Fortement inspiré par la scène Swedeath et sa célèbre friture guitaristique obtenue via la non moins célèbre pédale HM-2, Dominik Hellmuth – qui s’occupe de tout ici, sauf du chant – a souhaité apporter sa goutte de lave à la rivière de basalte qui s’écoule en fumant depuis le berceau historique suédois.

 

Mais plutôt que d’envisager la chose avec l’abnégation et le classicisme qui, souvent, caractérisent la patte allemande, Nightbearer a décidé de varier quelque peu son propos. Pas dans des proportions nawakesques, non non, ce n'est pas encore cette fois que Mr Bungle ira trublionner dans les marécages. Mais quand même, par moments le groupe s’offre de grosses frappes vertement blastées, ce qui n’est guère dans les habitudes stockholmoises. A d’autres – plus fréquents – il dégaine des leads aux froides couleurs épico-blafardes – façon Death/Black – voire prend carrément des teintes plus héroïco-Heavy. Ce qui m’offre une transition toute trouvée vers cette autre relative originalité: l’utilisation de thématiques Tolkien-friendly que l’on a plutôt l’habitude de voir du côté de la sphère Dungeons & Power Metal. D’ailleurs cette pochette… Ne dirait-on pas un peu l’une de ces commandes passées par Blind Guardian à Andreas Marschall? Par ailleurs tout ce froid amène naturellement quelques shrieks qui – tranchant avec la growlitude habituelle – emmènent par intermittence l’album dans les contrées du Black. A noter qu'au tout début de « Beware the Necromancer », quand cette pandattitude se combine avec les blasts préalablement évoqués, l’espace de 15 secondes on a l'impression d'entendre l'un des vieux disques de Tsathoggua.

 

Donc oui, Tales of Sorcery and Death est relativement varié. Et il propose de vrais bons morceaux comme le fougueux « Beware the Necromancer », le classique mais délicieusement accrocheur « As Cold as Their Eyes », ou le tout aussi inspiré (et couillu, diantre!) « Daggers in the Night ». Par contre il joue également la carte du remplissage (cf. le punky mais générique « All Men Must Die », ainsi que le morceau-titre, légèrement décevant). Et pire: il s’enlise dans des morceaux pesants aux tempos lourds, voire carrément doomy. A ce titre le Death’n’Roll baveux de « Lycanthrophic Death Squad » s’avère assez bourratif, d’autant que le refrain est aussi sexy qu'une Nadine Morano engoncée dans un sac poubelle. De leur côté « The Gods May Weep » déprime sur près de 5 minutes de désolation dégingandée, « The Watcher Between the Worlds » consacre son début à l’extrême-pesanteur, tandis que « The Dead Won't Sleep Forever » traîne lui aussi sa neurasthénie sur une bonne partie de ses 7 minutes.

 

Boooarf quoi….

 

Pour ajouter un peu de suie sur ce cambouis poisseux, on évoquera également – quoique rapidement, car ce n’est pas non plus la cata’ – la prod maison, assurée par Dominik Hellmuth, toujours lui, qui laisse parfois la batterie manger les mélodies de guitare. Scrogneugneu. Bref, vous avez compris: sur Tales of Sorcery and Death, soit ça blaste et ça passe, soit ça boite et ça lasse. Du coup, certes, l’album apporte un peu de fraîcheur bienvenue… Mais il se prend malheureusement les pieds dans le tapis de quelques choix discutables, ce qui lui fait louper la marche menant au podium.

 

Allez: insert coin, play again, et la fois prochaine roussis-nous la couenne Dominik!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: sur son premier album Nightbearer tente d’apporter un peu de fraîcheur dans la soupe Swedeath, ceci à coups de leads mélodiques, de blasts virils, d’accents Black et d’une certaine variété (un peu de Doom par-ci, un peu de Death’n’Roll par-là, un poil de D-beat, une petite fleur, une bougie, un bâton d'encens…). Malheureusement des ralentissements lourdingues, une prod’ parfois un peu trop drumophile, et des morceaux plus faibles refroidissent notre enthousiasme initial.

photo de Cglaume
le 25/05/2020

5 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 25/05/2020 à 22:23:40

Le 3ème de ta liste c'est Swarn: c'est bien Swarn… C'est pas syndical.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 25/05/2020 à 22:27:39

Sinon Nightbearer, on dirait un peu un truc à la Rogga.

cglaume

cglaume le 26/05/2020 à 07:39:00

C'est bien à hauteur de 7,5. Cool mais pas dément. Non ?

cglaume

cglaume le 26/05/2020 à 07:39:22

(je parle de Swarn of course)

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 26/05/2020 à 18:04:09

7,5 c'est de la bonne série B pour moi. Mon genre préféré.

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