Sentient Horror - Morbid Realms

Chronique CD album (41:37)

chronique Sentient Horror - Morbid Realms

Invoquer les Grands Anciens au sein d’un groupe de Swedeath, c’est un peu comme faire de l’équilibrisme sur un fil tendu au-dessus d’une mare: la marge de manœuvre pour proposer un spectacle susceptible de captiver les foules est hyper étroite. Ce qu’on risque par contre, si on s’agite trop ou qu’on s’éloigne trop de la ligne directrice, c’est de faire un gros plouf. Alors quand certains artistes réussissent cet exploit, on les suit, de prestation en prestation, avec toujours cette appréhension qu’une chute malencontreuse se produise. Comme c’est arrivé à Demonical, dont le Black Flesh Redemption n’est pas vraiment jojo. Ou à Entrails, qui a glissé sur la peau de banane Rise of the Reaper. Heureusement certains ont jusqu’ici réussi à éviter le faux pas. Comme Gods Forsaken par exemple. Ou Sentient Horror, dont l’enchaînement Ungodly Forms / The Crypts Below est non seulement quasi irréprochable, mais de qualité croissante. Alors forcément, à l’annonce de la sortie de Morbid Realms, à l’excitation s’est glissée l’habituelle – dans de telles circonstances – petite goutte glacée qui se faufile le long de la nuque puis glisse entre les omoplates.

 

Bonne nouvelle: rien ne justifiait celle-ci. Si petite goutte il avait dû y avoir, elle aurait dû être produite autrement, et ailleurs (… non n’insistez pas: pas de schéma explicatif, je n’ai pas de tableau noir).

 

Et pour emporter notre adhésion, cette fois Matt Moliti – le prêtre de Yog-Sothoth en chef – a décidé de ne pas laisser ses compos brouter trop basiquement le plancher des vaches. Le gugusse s’est mis en-tête de revenir « aux arrangements plus osés et aux structures plus complexes des albums de Death des 90s ». Ce qui, pour autant, ne conduit pas le groupe à gambader de par les collines du Metal progressif, ni même à grimper sur les sommets du Techdeath. Sentient Horror garde en effet pour objectif principal que l’auditeur sorte de ces 40 minutes avec la blouse toute tâchée… N’empêche, le premier des missiles qu’il lâche après nos fesses dure 6:36. Et pourtant croyez-moi que ça cavale ventre à terre nom de dieu! Toujours à cheval entre impact frontal et mélodie brûlante, le groupe continue d'agir comme un Dismember particulièrement accrocheur, ou – on retourne la banane pour l’attaquer par l’autre bout – comme un Edge of Sanity gonflé à la HM-2, dont la personnalité Infestdead s’exprimerait lors d’accès de schizophrénie passagers. Ajoutez à cela, dans des concentrations moindres, quelques traces de brume pour l’incontournable révérence à Entombed, ainsi que quelques coups de matraque bien secs rappelant le Gorefest de False (tiens: sur « Black Wings of Delirium »), et vous aurez une bonne image de ce que vous réserve ce 2e album – surtout si vous imaginez que Dan Swanö s’est cette fois occupé non seulement du mastering, mais aussi du mix, pour un résultat bien plus chaud et moins granuleux que sur l'EP précédent.

 

Pour ne pas vous laisser partir sans avoir pleinement mordu dans la chair de ce nouvel album, on évoquera les 3 solos qui émaillent « Call of Ancient Gods ». On évoquera également la juteuse explosion au fort goût d’Edge of Sanity furieux qui fait décoller « Bound to Madness » après  une bonne minute de mid tempo moins vaillant. On s’arrêtera sur le massif début de « Sworn to the Dead » qui rend clairement hommage à Dismember. On remarquera les touches Punk de « Reanimated » et « Obsessive Killing Disorder », ainsi que la courte durée du fulgurant « Ripped From Hell » – qui mettra à genoux les derniers dubitatifs. Plus fort encore, « Loss of Existence » arme le Edge of Sanity le plus furieux de Crimson (si si: ça fonçait sévère parfois sur cet album) avec l’artillerie de la bande à Matti Kärki et Fred Estby pour proposer un véritable tube! Et puis en bout de course « Cemetery Slaughter » ressort un riff plein d’écho à la Dissection pour un dernier coup de frais avant de nous laisser hébétés, en train de réaliser quelle putain de mandale on vient de se prendre – mandale pourtant uniquement constituée d’éléments classiques et de nous connus. Comme quoi, le Swedeath c’est comme le vin: on peut partir des mêmes cépages mais, malgré quelques évidents goûts de déjà-bu, arriver à des résultats bien différents en termes de puissance et de saveurs!

 

C’est donc sur la ligne d’arrivée de l’année 2019 que les fans du genre pourront enfin goûter au haut du panier en matière de Swedeath, et ainsi se consoler de n’avoir trop longtemps eu que peu de choses consistantes à se mettre dans le lecteur. Grace à ce gaillard 2e album, donc, mais aussi grâce aux derniers Revel in Flesh, Nightbearer et Swarn, dont on vous reparle tout bientôt.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: sur le circuit du Swedeath, quelques bolides "dernière génération" se taillent la bourre avec une férocité non feinte. Et à l’approche de la fin du tour 2019, ce Morbid Realms – qui suit les excellents Ungodly Forms / The Crypts Below – permet à Sentient Horror de prendre la tête de la course.

 

 

photo de Cglaume
le 27/12/2019

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