Odraza - Rzeczom

Chronique CD album (53 mn)

chronique Odraza - Rzeczom

Placek, strucla, racuchy, kluski, vous connaissez ? Hé ben, évitez de vous saturer le gosier avec ces merveilles de la pâtisserie polonaise, parce que vous risquez bien de les gerber à l’écoute du second album d’Odraza, tant les déflagrations de leur Rzeczom vont vous agripper les entrailles !

 

Ce duo, actif depuis 2009, est composé de Stawrogin et de Priest : tandis que les deux se chargent de la guitare et de la basse, le premier se réserve le chant et le second la batterie. Originaires de la ville de Cracovie, à laquelle ils sont extrêmement attachés, ces deux musicos jouent déjà ensemble dans Massemord – j’adoooore ! – et Totenmesse, ce qui n’est pas sans nourrir la réelle osmose qui se dégage de leur Black Metal. Pris à l’origine sous la coupe du label No Solace créé par les membres de Mgła et Kriegsmaschine (eux aussi Cracoviens), Odraza est maintenant dans le roster de Gods Ov War Productions, spécialisé dans la musique undergound polonaise. Il vient d’ailleurs de pondre un excellent sampler, d’où ressortent notamment Biesy (album-ovni Transsatanizm), Uerberos, Throneum et Wilczyca.

 

Si on rajoute des formations – outre celles déjà citées – comme Above Aurora, Black Altar, Furia, Gruzja, Outre, Martwa Aura, Mentor ou Thaw - et j’en oublie ! -, la Pologne devient un véritable essaim fourmillant de groupes BM, d’une radicalité exacerbée. Une radicalité vénéneuse, mais non nauséabonde, en dépit d’une apparence très souvent trompeuse. En témoigne ainsi, un an après leur premier album Esperalem Tkane, la sortie par Odraza au printemps 2015 de leur one-track Kir, tiré d’un concert « Remember with us » organisé en hommage à la libération du camp de concentration nazi de Płaszów, quartier historique de Cracovie…

 

En dépit d’une entame efficace, mais convenue ("Schadenfreude") et d’une production un peu trop propre sur elle (celle de leur premier opus était bien plus crue), Rzeczom vous crache à la tronche 53 minutes d’un Black Metal fielleux, aux antipodes de la finesse des traits de la topmodel Dorota Maria Kuźmicka présente sur la couv’. Aucun rets de lumière n’en jailli : on se croirait pris au piège des masures des vieux quartiers ouvriers de Cracovie. La succession des morceaux nous plaque dans une ambiance sordide, rendue encore plus crasseuse par les hurlements de Stawrogin, capable d’étonnantes variations.

 

D’accord "W godzinie wilka" renifle Mgła à plein nez ; d’accord "...twoją rzecz też" ressemble méchamment à Pensées Nocturnes (à la sauce tsigane) ; d’accord les deux minutes de "Długa 24" et surtout "Młot na małe miasta" ramènent de suite aux performances délurées de Niklas Kvarforth de Shining (mais ici en plus méchant encore et en bien plus trippant). Mais aucun n’atteint un tel niveau d’agressivité, comme à l’écoute des blast beats féroces de Priest dans "Świt opowiadaczy". Et ce "Bempo" : ouf !

 

Cette musique acrimonieuse s’accompagne pourtant de nombreuses séquences plus calmes, émouvantes. Déjà présentes dans le premier album d’Odraza, spécialement dans le long titre éponyme présent dans leur 1er album, ces pauses structurent davantage l’écoute de ce second long format (2e moitié de "Świt opowiadaczy", "Najkrótsza z wieczności", "Ja nie stąd"). Rzeczom devient alors bluffant de modernité et de diversité.

 

En mettant dans la balance la renommée de ce groupe, chevillé à l’underground polonais et donc encore trop peu connu, avec la calotte que l’on se prend à l’écoute de ce Rzeczom, étourdissant, je dois bien me rendre à la conclusion que la paire Stawrogin/Priest porte un des albums Black les plus en vue de cette première moitié de l’année 2020. Et c’est d’autant plus marquant lorsqu’on ne s’y attend pas, mais pas du tout !

photo de Seisachtheion
le 23/06/2020

4 COMMENTAIRES

gulo gulo

gulo gulo le 23/06/2020 à 10:11:09

Ouvrier, ouais.
Ce beumeu-là évoque la fumée de Gauloise, les Assedic, le PMU, et la déprime y assortie.
Le black en marcel.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 23/06/2020 à 10:25:00

Très bon en effet, la calotte de ses morts.

Xuaterc

Xuaterc le 23/06/2020 à 12:08:33

Ah, l'école polonaise, tout un voyage!

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 24/06/2020 à 20:04:14

Ah une époque, le voyage en Pologne n'était pas synonyme de panacée.

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