Dead To A Dying World - Elegy

Chronique CD album (49:01)

chronique Dead To A Dying World - Elegy

Non, ce n’est ni Bruce Springsteen ni Brendan Perry (chanteur de Dead Can Dance), encore moins Nick Cave, qu’on entend pousser la chansonnette sur le titre d’ouverture de “Elegy”, en guise d’intro. Il s’agit de Mike Yeager et Emil Rapstine, soit le chanteur principal du groupe et celui de The Angelus, un des nombreux invités, parmi lesquels Jarboe, la figure emblématique féminine des Swans, groupe culte ayant influencé moult groupes d’indus et de sludge, entre autres genres. Sa présence sur cet album ne relève pas du hasard, Dead to a Dying World ne fait d’ailleurs rien au hasard. Il suffit d’observer ne serait-ce que la construction de cet album monumental, composé de 3 longs titres épiques d’une richesse folle entrecoupés de morceaux plus courts qu’il serait idiot de réduire au rang d’interludes, tant leur force émotionnelle n’a absolument rien à envier aux pièces plus longues, pour constater l’extrême soin apporté à tous les compartiments de cet album monstrueux. Pris dans son ensemble, « Elegy » se montre exigeant, il faudra moult écoutes pour en dégager toute la substantifique moelle, les voyages risquent de se révéler longs et non exempts de nouvelles surprises dévoilées à chaque renouveau de cycle.


Prenez par exemple le 1e morceau épique, « The seer’s embrace ». En 11 minutes, vous passez du black metal pur et dur (début du titre) avant de glisser vers le post-rock, que Godspeed You! Black Emperor ou Mogwai ne renieraient pas, à grands renforts de violoncelle et de vocalises éthérées. Puis, de finir sur une montée où le chant propre au black se mêle aux plaintes des violons et à la fureur tellurique des guitares. A en vous foutre la chiale. Vous n’en êtes alors qu’au début de l’album.


Quoi qu’il en soit, si les arrangements se montrent travaillés, il en va de même pour les mélodies. Et ça colle aux atmosphères du concept de l’album. En gros, l’histoire de la solitude d’un survivant, après l’extinction de la race humaine, suite aux choix désastreux de l’Homme. Les Texans mélangent avec un réel bonheur ces éléments de black metal, de post-rock, avec l’intervention d’instruments comme la vielle à roue et le violoncelle, pour dépeindre leur univers post-apocalyptique dans lequel la nature reprend ses droits. On ne va pas chercher l’imagerie propre au Wasteland de Mad Max mais plutôt celle qui célèbre la victoire de Mère Nature sur les infamies humaines. En clair, DTADW ne verse pas dans le black metal des grands lacs de Finlande, mais caresse davantage la terre chaude des grandes plaines arides de l’Ouest américain. Même lorsque le chant se montre plus agressif, râpeux et torturé, il ne se déprend jamais de cette mélancolie qui habite toute la musique du groupe. Un sentiment d’inéluctable se lie à celui de fatalité, et le fruit de cette union subtile habite l’album dans son ensemble en l’enveloppant de son ombre épaisse. Sur « Empty hands, hollow hymns », à défaut de chevaucher un puissant destrier, on dévale pied nu les pentes brûlées des prairies sauvages pour emplir ses poumons de l’air rendu à sa pureté originelle. Avant de sonder sa propre âme devant un feu de camp dévoilant mille et une esquisses des secrets de la vie dans ses fumerolles dansantes. En d’autres termes, ce genre de titre, de par ses ruptures, ses transitions, ses arrangements, ses mélodies, invite à la transe, une transe cathartique et salutaire.


Si vous avez poussé l’écoute jusqu’à cette chanson, vous vous montrez prêt pour le final, « Of moss and stone », réunissant toutes les composantes de l’album, dans une apothéose d’émotions. Intro solennelle, avec force violoncelle, cavalcade chaloupée, vagues successives de coulées de lave plaintive, emportant tout sur leur passage, explosion de fureur brute, calme empli de cendres et de poussière, envolées post-rock mêlées à la rage du black metal, tout y est. Vous les avez vues passer, les 14 minutes ? Si votre réponse est négative, vous pouvez naturellement enclencher une nouvelle écoute de l’album qui vous promet de nouvelles sensations. Nous, on a pris un peu d’avance.

 

photo de Moland Fengkov
le 06/01/2021

7 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 06/01/2021 à 12:17:39

C'est comme sur les vêtements, si y'a trop de trucs sur l'étiquette, j'achète pas.

Moland

Moland le 06/01/2021 à 12:49:00

Bien dommage car contrairement aux vêtements, l'abondance d'étiquettes en musique est une promesse de richesses

Seisachtheion

Seisachtheion le 06/01/2021 à 13:41:31

Oooooooh, tu t'es pris ta première bâche par Cromy...
... Bienvenue dans la Crew CoreandCo !!!!!! 😂

Seisachtheion

Seisachtheion le 06/01/2021 à 13:42:04

Bâchounette en l'occurence...

Xuaterc

Xuaterc le 06/01/2021 à 15:26:13

Bâchounette bluntée

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 06/01/2021 à 21:19:46

Même pas, il a la bannière de Thulsa Doom en avatar: une preuve de goût !

Moland Fengkov

Moland Fengkov le 07/01/2021 à 14:06:21

Même pas mal. Et oui, Thulsa Doom. Je connais ses enseignements par cœur. 

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