Olivier Depardon - Un soleil dans la pluie

Olivier Depardon - "Un soleil dans la pluie"
chronique Olivier Depardon - Un soleil dans la pluie

Olivier Depardon sort son premier album (presque en solo) après un travail d’une bonne douzaine d’années dans l’ombre de différents groupes férus de rock à la française, ciselé et lettré. Pour le plus notable, on retiendra le bon premier album de Ortie (ici). En référence sourde à l’œuvre d’Hubert-Félix Thiéfaine (Soleil cherche Futur – cinquième album – 1982) et comme souvent à l’œuvre d’un Gainsbourg qui, pour l’occasion,  taperait le carton avec Stanley Kubrick, Ian Curtis et John Cassavettes. Olivier Depardon entame pleinement (enfin !) sa carrière personnelle avec un nombre d’images et d’émotions brutes à nous transmettre.  Aussi touchant soit-il, parler de ce disque ne peut que provoquer un flux épais de nostalgie jusqu’à nous tirer les larmes.

 

Parce qu’Olivier Depardon, c’est aussi l’ancien de leader de Virago, le groupe rock français le plus fort du monde ex-aequo avec Sloy.  Plus humain qu’un Diabologum,  moins cérébral ce groupe nous a parlé le temps de trois disques (tous formats confondus) avec sa chair, avec ses tripes, au point d’en être bouleversé, la gorge serré à écrire sur ce premier effort. Nostalgie pesante qui nous fait penser immanquablement aux quatre fantastiques Portobello Bones, pour les coups de rein, Sloy pour cette folie bienveillante, Les Tétines noires  (LTNO) parce qu’à 20 ans, il est bon de s’encanailler,  et Virago parce qu’ils n’ont pas guéri les premiers vrais chagrins d’amour mais nous ont appris à vivre mieux avec.

 

Le vocabulaire est toujours aussi juste pour toucher l’âme, on n’avait que peu de chances de se tromper, c’est du côté de la musique qu’il faut chercher les engagements.  D’abord cette guitare, forte, présente souvent mise en boules avant d’être mise en boucles, ensuite ces éclairs de synthé qui donnent la consistance, la pertinence et le jeu près du corps du complice Pierre de Maczde Carpate à la batterie.  Ce disque invite l’auditeur à se poser à écouter, à vivre le moment et l’émotion, parfois la réflexion.

 

« Naître un jour » qui ouvre fort justement l’album, traîne depuis un bon moment sur la toile son spleen. Un titre direct dans les mots et limpide dans l’arrangement. Un classique instantané.  « Je suis » s’apparente à une version éclairée du « je » présent sur Introvertu, le premier album de Virago et cette progression de notes au milieu du titre ne renforce que le frisson. « De bonne heure » évoque une passion adolescente,  plus loin « Dans l’objectif » rappelle vivement le trio grenoblois, tout ce qui en a fait sa singularité. Les riffs tranchants, cette légèreté qui frôle la pureté et ce chant si particulier, si proche de l’auditeur. Tout va pour le mieux dans le malheur du monde.

 

Fort de ses expériences, Olivier Depardon ose des contours nouveaux, notamment pour l’arrangement des voix et le travail des boucles sur sa guitare.  Au niveau des textes, l’homme est concerné par ce qui l’entoure, on s’éloigne des premières lignes brutales et la contemplation prend une belle place. Sans parler de fric mafieux, de meufs à gros seins, et de bagnoles, le moment n’est pas à la déconne. Olivier Depardon se livre avec sérieux et sérénité en se posant sur des ambiances parfois psychédéliques, « Dans tes yeux » en fin d’album en est un bon exemple.

Il faut plusieurs écoutes pour saisir la richesse de l’ensemble de ce disque maniéré fait de sens et d’engagement.  Les esprits chagrins regretteront sans doute la virulence passée, l’homme a fait son chemin depuis, conscient d’une certaine attente.  Les attentifs n'en sont que plus récompensés. Un soleil dans la pluie porte décidemment bien son nom, même si le fond de l’air reste frais.

photo de Eric D-Toorop
le 07/07/2012

2 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 07/07/2012 à 10:29:39

Quel plaisir de retrouver Olivier Depardon... Virago me manque quand même ;)

Sam

Sam le 11/07/2012 à 19:50:45

Justement, je reste un peu accroché à Virago, tant pour la musique, la production, et aussi un peu pour les paroles. ça m'embête un peu, mais ça me laisse un peu de froid (parce que quand-même pas de glace)....

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