Besna + Abyss (allemagne) - Split

Chronique CD album (29:06)

chronique Besna + Abyss (allemagne) - Split

S’il existe bien une nuance du Metal qui use et abuse des splits, c’est bien le Black. Il a bien des avantages : pour les formations jeunes et/ou soucieuses de s’extraire d’un relatif anonymat, celui de se faire connaître avant de mener à bien un court ou un long format en nom propre ou bien, pour les autres, celui d’occuper stratégiquement l’espace médiatique entre deux albums. Marchepieds, bancs d’essai ou moments de respiration, les splits offrent une relative souplesse aux musiciens, dégagés de la responsabilité d’un self made work ou en mal de labels. Mais, dans tous les cas, les aborder dans le cadre d’une chronique n’est vraiment pas chose aisée. En effet, les combinaisons à deux, voire à trois, en dépit des connexions artistiques et affectives qu’elles sous-tendent souvent, peuvent manquer d’homogénéité. Par trop disparates, ils peuvent pâtir d’une inégalité de production, d’une fenêtre d’expression souvent fort succincte (deux/trois par tête-de-pipe, rarement plus) ou encore d’une identité visuelle bricolée à l’occasion notamment d’un artwork dressé à la hâte.

 

C’est donc avec mesure et circonspection que je m’attaque au split proposé par les Allemands d’Abyss et les Slovaques de Besna. Les informations biographiques glanées ici et là sont assez chiches surtout chez les gars de Bratislava. Quoi qu’il soit, ces deux formations ne boxent pas du tout à fait dans la même catégorie. Abyss sont actifs depuis 2009 mais n’ont guère décollé depuis avec simplement, avant ce split, une demo et un EP 4 titres, tous deux en 2018. Le quintet s’est rarement aventuré en dehors du périmètre de leur Bavière nationale. C’est au cours d’une tournée européenne avec leurs compatriotes de Groza, en avril 2019, que leur est venue l’idée d’une collaboration avec une jeune formation. Rencontré justement lors d’une date slovaque, Besna a tiré le bon numéro. Ce quartet, qui se dénommait jusqu’en 2017 Rotting Gutless Corpse, se trouve toujours à-poil, sans label, en dépit d’un bon EP. L’effet-marchepied dont je parlais plus haut, joue à plein ici puisque ces Slovaques sont en pleine préparation de leur premier album.

 

Rien ne semble avoir été précipité ici ; doivent même être relevés une réelle coordination et un bel élan collectif entre la République tchèque (Shaark Studio), l’Allemagne (W-Audio) et même l’Islande (Krummafótur Studio pour le mastering), sans oublier la France avec l’artwork spécialement conçu par Théo Braisaz. La pochette est magnifique et participe sans nul doute à la prise au sérieux de ce travail ! Un label allemand (Wolfmond Production) s’est même penché dessus, entraînant seulement un report de la sortie de juillet à septembre 2020.

 

Le split débute par Abyss par les presque 7 minutes de "Odi Profanum Vulgus" puis enchaîne, en 3e position, sur "Arceo Din of Celestial Birds". Bien produite, mieux produite en fait que leurs homologues slovaques (c’est flagrant partout, surtout sur les lignes de batterie), la musique des Allemands puisent allègrement leur Black/Death mélodique dans la scène suédoise des années 1990 avec des références assumées telles que Dissection ou Sacramentum. Les parties mélodiques s’enchainent avec fluidité avec des passages plus agressifs, dopés par les déferlantes à la double. C’est efficace, très (trop) propre, mais à l’issue de deux titres, j’ai dû mal à me départir d’un sentiment tenace de déjà-entendu.

 

Or, c’est moins le cas chez Besna ! Et d’ailleurs, aussi étonnant que cela puisse paraitre, c’est ce groupe qui se farcit la plus grosse part du boulot avec ses deux titres "Cesta Krvi" et "Jazero" qui pèsent 17 des 29 minutes de l’ensemble. La prod’ – perfectible –  y est moins exubérante, avec une batterie plus sèche et clairement sous-mixée. Cela colle parfaitement à l’ambiance voulu pour ce Post-Black Metal qui propose une musique plus tranchée, plus ambiancée, en fait plus mélancolique (à la Psychonaut 4), qui souhaite par ses riffings et ses chants torturés privilégier les émotions à l’efficacité et la maitrise technique (clairement du côté d’Abyss). "Jazero" et surtout "Cesta Krvi" s’enrichissent d’une belle teinte folk qu’autorise notamment le choix – bien vu ! – de l’usage de la langue maternelle.

 

Donc, à l’issue de cette collaboration de qualité, si je dois mettre un p’tit bifton, et bien ce serait davantage sur ces p’tits Slovaques de Besna !

 

2 titres d’Abyss = 7,25/10

2 titres de Besna = 7,75/10

Moyenne sur ce split = 7,5/10

photo de Seisachtheion
le 09/04/2021

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