Ophidian I - Desolate

Chronique CD album (38:50)

chronique Ophidian I - Desolate

« Le [Brutal] Death technique: comment aller plus loin ? Vous avez 2 heures… »

 

C’est la question qui démarrait la chronique de Gloire Éternelle, le dernier album de First Fragment. En corrigeant la copie de l’élève québécois, on avait découvert une réponse originale faite de riffs néoclassiques, de basse slappée, d’ouverture vers des genres plus accessibles (hou les jolis accents andalous!) et de groove insolent. Le tout était par ailleurs empaqueté dans de longues compos peu impressionnées par la barre psychologique des 10 minutes.

 

Eh bien sachez, mes bien chers frères & mes très chères sœurs en musicophilie, que les Islandais d’Ophidian I étaient dans la même salle d’exam' à bûcher sur le même sujet. Même qu’ils ont rendu leur copie plus de 3 mois avant leurs homologues canadiens. Et que la teneur de leur réponse n’est pas franchement la même. Car plutôt que de contourner le problème en échafaudant de brillants subterfuges, Þórður Hermannsson, H Símon Þórólfsson et leurs pairs (-sson ?) se sont contentés de proposer la stratégie suivante : « Il suffit de jouer sur le même terrain que la concurrence, mais en étant plus brillants encore ».

 

Facile à dire, vils prétentieux !

 

Sauf que sur Desolate nos amis ont joint le geste à la parole... Les monstres ! Et croyez bien qu’ici le terme est non seulement affectueux, mais plein d’admiration. Car c’est peu dire que ce deuxième album est hallucinant. Une pleine cargaison de superlatifs concentrés sur 38 exaltantes minutes de records du monde pulvérisés les uns après les autres. Bon, c’est vrai : cette description est elle aussi excessive, car nul huissier de justice n’a enregistré telle ou telle performance dans le but de réclamer une mise à jour du Guiness des Records. Néanmoins c’est bien ce à quoi on a l’impression d’assister en écoutant cet impressionnant opus. A l’image des sensations éprouvées en écoutant le dernier Beneath The Massacre, quand on cale Desolate dans son lecteur, on a soudainement l’impression de se retrouver en plein ouragan Katrina, au milieu de vents cyclopéens emportant en un puissant vortex ascendant tout ce qui se trouvait 2 minutes auparavant solidement ancré au sol – pilonnes électriques, paillote « Chez Jean Mi’ », blondes d’Aquitaines et Renault Kangoos Be Bop. Sauf qu’au lieu de laisser derrière lui destruction et bovins écrasés au sol comme de vulgaires moucherons, l’album nous laisse dans les oreilles constellations scintillantes et échos d’infini.

 

Parce que si, à première vue, le groupe semble tenter de démontrer en langue étrusque le dernier théorème de Fermat, il faut peu de temps pour réaliser à quel point son propos est en fait relativement limpide. C’est que de ce flot ininterrompu de notes et de beats jaillissent régulièrement de grandes et belles apparitions aussi majestueuses que captivantes qui nous arrachent des Oooh et des Aaah admiratifs. Et pas besoin d’attendre longtemps pour que nos mandibules béantes laissent échapper de telles onomatopées : dès les premières secondes de « Diamonds », le torrent fougueux qui nous inonde est gorgé de mélodies ruisselantes qui apportent panache et élégance à la violente agression auriculaire en cours. On écarquille les yeux devant la somme d’informations à ingurgiter, mais un grand sourire satisfait vient bientôt remplacer l’hébétude initiale, quand on se rend compte que le chaos apparent est aussi limpide que l’exposé du plus sexy des vulgarisateurs scientifiques. Même chose avec « Spiral To Oblivion » qui nous titille les terminaisons nerveuses avec de formidables séances de tapping capables d’un groove inédit. Même chose encore avec « Unfurling The Crescent Moon » dont les mélodies fourmillent et foisonnent avec une intensité merveilleusement inhumaine. On croirait écouter une version deluxe d’Archspire dont les fulguro-poings aurait été doublés de soie pour un rendu plus aristocratique.

 

Mais effectivement, contrairement à First Fragment, les Islandais réussissent à subjuguer sans réduire le débit du robinet à gravity blasts, sans abuser des mosh parts groovy, sans empiler les couches de velours, et tout en sachant rester concis. Alors il est vrai que « Caprive Infinity » démarre sur des cordes acoustiques à la classe toute ibérique, et que « Jupiter » laissera l’auditeur se badigeonner les tympans de baume apaisant le temps d’un début de solo particulièrement détendu (... à 1:56 – un bluesman pourrait presque apprécier l’exercice). Mais ce genre d’offrandes sur l’autel de la Fée Originalité sont rares. Car la copie des bougres ne mentait pas : ceux-ci préfèrent séduire sans renier la chapelle qui les a vu naître. Et on peut dire qu'ils remportent sans mal leur pari… Même si – allez, pinaillons – la face A de l'album est plus solide que sa soeur jumelle en termes d’accroche. Et si – amis à la fragile constitution – votre organisme risque de ressortir fortement secoué de cet entretien pour le moins tumultueux.

 

N’empêche, préparez-vous à un choc. Sachez que de mon côté, la découverte de Desolate a eu sensiblement le même effet que ma première rencontre avec Necrophagist, ou ma première écoute du « Spheres of Madness » de Decapitated. Et il n’est pas impossible que vous viviez pareille expérience. Car il ne s’agit pas simplement d’un bon album de plus. D’ailleurs pour marquer le coup, je lui octroierai un petit supplément de points, histoire de bien marquer la différence avec le pourtant excellentissime Gloire Éternelle.

 

Pour un décollage immédiat vers la planète Grosse Hallu’, vous savez donc sur quel bouton appuyer…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: on croyait avoir atteint des sommets avec Gloire Éternelle, le dernier First Fragment. Pourtant, sans arrondir aucun angle ni jamais rétrograder à la vitesse inférieure, Ophidian I réussit l’exploit de créer un album encore plus hallucinant, un bouquet luxuriant de cordes en fusion et de beats en furie qui subjugue par sa capacité à rester accessible malgré l’extrémisme de son propos. Après Relentless Mutation d’Archspire, c’est un nouveau jalon que viennent de poser les Islandais dans le petit monde du Brutal Death technique (décidément, quel flair chez Season of Mist !).

 

photo de Cglaume
le 21/10/2021

5 COMMENTAIRES

Matt Gr0bzr

Matt Gr0bzr le 21/10/2021 à 09:37:50

Cet album est fantastique !

Pingouins

Pingouins le 21/10/2021 à 10:59:18

Ça passe très bien avec le café du matin, je dois dire.
Beaucoup plus mélodique que ce à quoi je m'attendais !

8oris

8oris le 21/10/2021 à 12:21:25

D'accord avec Pingouins, ça passe nickel avec les chocapics.
Les plans de guitares sont vraiment dingues, il y a des choses absolument insaisissables. Sachant que Daníel Máni Konráðsson n'a que 28 ans, c'est encore plus impressionnant (de maturité).
Mais ça n'a pas l'efficacité, le côté catchy d'un Archspire ou d'un Beneath The Massacre selon moi, ça n'a pas le côté "recherche harmonique" d'un "The Faceless", on est plus du côté de "Ring Of Saturn" dans le son et dans la surrenchère technique (gratuite) qui me chafouine un peu tout comme ce côté "démonstration". C'est ça que je trouve ça dommage dans ce tech-death, ça va toujours plus vite mais ça va un peu toujours dans la même direction et on ne sait plus ce qui relève de la démonstration technique de ce qui relève de la musique. D'ailleurs le groupe semble clairement revendiquer ce côté "on veut pousser les limites de la technique encore plus loin" et c'est là où la comparaison avec Necro me semble délicate car Necro n'a "pas fait exprès" d'être technique, ils l'étaient.
Bref, un album de dingue mais un peu trop "technicalisé" à mon goût et qui ne changera pas la face du death. ;)

cglaume

cglaume le 21/10/2021 à 12:25:31

Je comprends l’analyse mon Bobor :)
Mais moi il me parle vraiment cet album. Là-bas, dans les tripes. Et c’est un super-non-technicien (qui va d’ailleurs gentiment éreinter le dernier Panzerballet pour ce côté technique pure pour la technique) qui te dit ça

8oris

8oris le 21/10/2021 à 13:24:52

"Mais moi il me parle vraiment cet album. Là-bas, dans les tripes. " Et c'est ce qui compte le plus à la fin! ;)

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