Orchid - Chaos Is Me

Chronique CD album (18:29)

chronique Orchid - Chaos Is Me

Voilà trois ans déjà que Orchid n'est plus, et cela au plus grand désespoir de toute la scène hardcore, moderne en particulier. Rarement un groupe aura réussi à s'imposer et à influencer aussi rapidement. Nombreux splits ont vu le jour avant l'entame du nouveau millénaire avec des artistes réputés comme Combat Wounded Veteran, Pig Destroyer, Encyclopedia Of American Traitors ou Red Scare. En 2000, un split, surement le plus remarqué avec le groupe d'émoviolence Jerome's Dreams. A l'époque de leurs splits le groupe était pointé du doigt pour leurs paroles, leur discours de jeunes révolutionnaires énervés, leur manque de sens et leur platitude. Avec Chaos Is Me, c'est le début de la maturité, on joue sur la subtilité et la philosophie tout droit inspiré des Albert Camus et Jacques Attali. Voilà pour le côté esprit du groupe. Musicalement, si vous ne connaissez pas encore, nos américains jouaient du screamo-power/emoviolence.

Autrement dit une musique ultra violente et régurgitant un maximum d'émotions. [fortes]. Pour le moins.

 

Orchid aura réussi en trois albums, en trois ans, a sublimer, imposer et graver leur musique. Sans égal à mon goût. Venant en a cette première réalisation. Chaos Is Me. La première pierre de l'édifice, du monument, du mythe Orchid.

 

Tout d'abord, une remarque, 11 chansons pour 18 minutes. Comme vous le devinez, les adjectifs court, intense, compact, dense reviendront souvent avec ce groupe.

Première piste. Dès les premières secondes on se sent mal à l'aise, les claustrophobes et les paranöiaques vont l'avoir mal. On imagine un couloir très étroit, ou il fait nuit, les murs sont de couleur rouge/rouille, une ambiance très glauque, des gouttes (de sang ?) qui tombent sur le sol, les violons montent en volume... Et attachez-vos ceintures, c'est parti. Les premières déflagrations de nos schyzophrènes raisonnent sans prévenir personne. Un voyage court, intense et violent vient de débuter sans que l'on comprenne ce qu'il se passe. On retient sa respiration et on se dit que ca va être éprouvant au possible. Tout d'abord un son très crade, comme souvent dans l'émoviolence ou la powerviolence. C'est dégueulasse mais en même temps de bonne qualité et fluide. Ce son crade élève le niveau de rage du groupe déjà beaucoup trop élevé. Dès le départ on est dans le rouge et on va le rester pendant tout le restant du cd tellement c'est rapide et intense, intense est le mot, c'est hallucinant. Le batteur a dû se coincer les doigts dans la prise, c'est survolté au possible, ajouté à ca, des riffs abrasifs comme rarement j'ai entendu mais qui restent étrangement mélodieux malgré la violence inouïe. Ce sont ces riffs qui font monter la pression en moi, on essaye de respirer mais impossible, on transpire, on frissone. A peine une minute d'écoulée. La voix est purement screamo/powerviolence, on dirait que le chanteur est un peu enroué mais c'est tellement malsain, hurlé, sincère qu'on trouve ca génial. Quel boulet de canon, les compositions s'enchaînent à une vitesse folle, quasiment jamais plus de deux minutes, le pied au plancher Orchid accélère et casse la boite de vitesse, c'est bouleversant. Les trois premières tracks sont finies sans qu'on puisse dire Waw. Quelle colère. " New Jersey Vs Valhalla " est l'occasion de souffler justement. Du moins au début où la guitare nous offre une intro mélodique de bon goût. Puis ca repart aussi vite que pour " Le désordre c'est moi ", accélération-ralentissement on finit la chanson comme elle a commencé. " Week end at the fire academy " on y est. En plein dedans. Cette grosse masse monolithique qu'est Orchid. Une chanson typique ultra violente, des riffs urgent qui font paniquer pendant 54 secondes. " The Action Index " , une de mes favorites. Cinq secondes de chaos, la basse lourde et triste qui débouche sur LE riff. La montée en puissance est enclanchée, c'est parti. Magnifique. Que d'émotions. " Boys With No Arms ", une intro qui nous laisse quelques secondes pour inspirer et repartir sur le chaos, le chaos et le chaos le plus intense, le plus terrible. L'avant dernier titre " Invasion USA " passe pour arriver à l'épilogue (Of A Car Crash).

Une longue chanson de 3:50 min, cataclismique, bouleversante, splendide. Une intro calme avec une batterie planante, un riff triste et puis le tout monte en puissance comme si c'était irréversible, et ca l'est avec Orchid. Puis l'apocalypse. Chant désespéré, cris maladifs s'apparantant à des pleures et une extrème douleur. C'est profond comme jamais.

 

L'album est terminé, mais il repart en boucle inlassablement. Avec ce premier album Orchid signe une véritable pièce maitresse de screamo mais plus généralement de musique extrème. Une violence incroyable, une intensité et une densité énorme et surtout des créations et un talent légendaire et inégalable. Un groupe né il y a peu, mort hier mais qui a influencé presque tous les groupes de la branche et ces héritiers entre-temps. Et dire que je ne les verrai jamais en live, quelle tragédie.

 

NB : Après la sortie de Gatefold en 2002 et leur split, les membres d'Orchid ont formés et sont apparus dans d'autres groupes tels Okban, The Bucket Full Of Teeth, The Wolves, Ampere ou The Panthers.

photo de Noisy
le 22/08/2005

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