Psychefunkapus - Skin

Chronique CD album (52:44)

chronique Psychefunkapus - Skin

Quoi que l'on pense des 2 albums de Psychefunkapus (rien, pour la plupart des gens, le groupe étant totalement tombé dans l'oubli), il faut bien reconnaître que ces Californiens n'ont pas fait de concessions quant à leur démarche artistique:

- on attend d'un album de Funk Metal qu'il soit monté sur ressorts et démarre plein pot à la mode Benco? Les 4 préfèrent généralement se couler dans leur hamac, rêvasser, voire se laisser traverser par quelques frissons mélancoliques – comme quoi on peut avoir la beuh triste

- on préfère généralement, par souci de cohérence, qu'un opus respecte les unités de lieu, de temps et de style? Nos lascars ne consacrent qu'une moitié de ce 2e album au Funk Metal, les autres pistes étant plutôt dédiées à taquiner le Blues, les origines du Hard Rock, la Country ou le Surf Rock

- on s'attend, quand on parle Fusion, à un artwork qui claque, suggère la rondeur de la basse, la chaleur du soleil, et donne soif? La pochette de Skin sent le brouillon psychédélique d'artiste pop art ayant abandonné Warhol pour des cours de poterie dispensés à Katmandou...

 

Le contre-pied est d'ailleurs pris dès le début de l'album, celui-ci étant un vrai repoussoir pour quiconque viendrait ici en quête de Juvamine musicale. Avec son ton volontiers plaintif et son violoncelle tout en nuances de gris, « Evol Ving » mériterait presque l'étiquette « Funk Metal dépressif ». Non non, il ne s'agit pas d'un hoax, tout juste d'un « hoaxymore »; il faut l'entendre pour le croire, d'autant que sur ces plus de 6 minutes, la grosse déprime laisse ponctuellement la place à une résurgence Fusion qui aboutit, un peu après la barre des 4 minutes, à une sorte de coït musical décalé. Gné? Bien qu'un peu timide – voire, une fois de plus, larmoyant, cf. la supplique « Please get me out of here! » – « A New Beginning » sort enfin la bonne vieille distorsion juteuse et les palmiers baignés de lumière matinale. Ça funke sur la pointe des pieds, mais ça funke, que diable! Du coup on y croit, on met les lunettes de soleil et on commence à se tartiner de crème solaire... C'est alors que débarque « Surfin' on Jupiter », sorte de réinterprétation psychédélique du « Surfin' USA » des Beach Boys par un Led Zep en pattes d'eph'. Pardon? Mais ce n'est pas ce que j'avais commandé! J'avais dit « Bien cuit! »

 

Et ça oscille comme ça pendant 13 titres. Tantôt la basse arbore de belles fesses rebondies moulées dans un petit short en jean tandis que la guitare nous invite à nous déhancher avec insistance (cf. les interludes « Syria » et « Eyeball »), tantôt le groupe se tape un trip régressif, façon 70s (« Work Like a Horse / Drink Like a Fish » dégaine l'harmonica, « Liars » riffe dans le désert, au coucher du soleil, « Autumn Leaves » commence comme un « When The Levee Breaks » doté de trompettes). Tantôt l'ambiance est à la discussion matinale détendue, sur la terrasse du bungalow (cf. le tranquillou « No Time », ou « Forgiveness » sur lequel les yeux sont encore collés par le sommeil), tantôt on prend la tangente complète en se lançant dans une méga line dance de saloon (« Hillbilly Happy Smash »). C'est un peu déstabilisant, voire décevant parfois, d'autant que le chien de faïence « Banana Slug King » offre une symétrie un peu trop parfaite avec « Evol Ving » en terminant l'album sur presque 9 minutes de Fusion indolente, à la musculature quelque peu affaissée.

 

Mais ce qu'il y a de merveilleux – et de profondément mystérieux – avec la musique, c'est que même si au premier contact l'eau parait froide et que, sur le papier, tout – méduse, galets, soleil hostile – semble réuni pour nous gâcher la fête, on se retrouve finalement, au bout de quelques écoutes, à nager avec délectation dans une crique magnifique, seul au monde dans l'eau turquoise. Ainsi, malgré les digressions qui initialement nous irritaient, malgré la nonchalante et les quelques échos d'un spleen lointain, on se prend à passer, repasser et re-repasser ce Skin finalement amical, profond et doucement estival. Car cette basse est vraiment trop belle, cette gouaille légère (ah le passage scat de « Work Like a Horse / Drink Like a Fish »!) assez irrésistible, et ce « Television People » particulièrement frais et fringuant. Et puis les accroches sont nombreuses... D'ailleurs regardez: au final tout le monde finit avec un grand sourire en travers de la trogne!

 

Si vous avez l'occasion de mettre la main sur cette sympathique petite vieillerie, je vous fiche mon billet qu'elle accompagnera nombre de vos petits-dej's de juillet / août.

 

 

PS: l'avantage quand on est signé sur Atlantic Records, c'est qu'on peut avoir des invités aussi prestigieux que Dick Dale (« Misirlou »!) et Bernie Worrell (Parliament-Funkadelic)!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: bien qu'il s'avère au premier abord trop nonchalant, trop dispersé – et au final quasi-décevant –, Skin finit on ne sait trop comment par nous convaincre presque totalement. Sans doute grâce à ce Funk Metal tranquille, ni pressé ni trop entreprenant, profitant du beau temps sans s'en faire, de ces accroches loin du tape-à-l’œil californien, et de ces bonnes vibes apportées par des riffs piochés dans des genres adjacents comme le Hard Rock 70s, le Blues ou la Country. Un album atypique, inattendu, et rafraîchissant.

 

photo de Cglaume
le 25/04/2021

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