Look People - Boogazm

Chronique CD album (41:26)

chronique Look People - Boogazm

Encore une. C’est dingue ça! Quand on croit qu’il n’y en a plus, qu’on a épuisé le filon des petites pépites confidentielles, on tombe sur une nouvelle. J’ai l’impression d’être un gros morfal d’oiseau suivant la piste du petit Poucet, chaque regard vers l’avant révélant un appétissant nouveau morceau de pain Nawak. Car figurez-vous que Look People et son superbe 2e album sont une autre surprise aussi merveilleuse qu’inattendue que la fée du Funk Metal a bien voulu extirper de la vieille malle Internet pour la livrer à mes oreilles avides. Vous en aviez déjà entendu parler vous? Moi non plus. Les zozos ont semble-t-il œuvré une petite dizaine d’années-même-pas – de 1985 à 1993 – à Toronto (et bien au-delà, puisqu’ils ont même tourné en Europe). Et si je suis évidemment déçu de savoir qu’on parle cette fois encore d’une formation malheureusement « déformée » au moment où je vous cause, croyez-moi qu’il y a quand même ici matière à se réjouir.

 

J’avoue ne pas avoir grand-chose à vous dire du CV des gugusses en question – si untel est le petit-fils d’Ella Fitzgerald ou si tel autre a été gastro-entérologue avant de se mettre au xylophone. C’est que le web est peu prolixe sur la question, mais si le cœur vous en dit vous trouverez au bout du clic une page Wikipedia en anglais qui leur est consacrée. Puisque la matière biographique est franchement mince, passons vite à la suite et let the music do the talkin’! Alors comment vous dire? Boogazm pour le lapin jaune moyen est comme La Maison du Bonbon pour un porteur de sac-à-dos Tchoupi: quand on y rentre, tout fait saliver, on ne sait plus où regarder, et on en ressort tout excité, des étoiles plein les yeux. Dès le début de « Love Bug » ça sent l’euphorie un peu barrée, la grosse basse funky slappée, le riffing nerveux sur ressorts, et le chant tongue-in-cheek complice, presque sensuel. Du bon goût, de la décontraction, quelques blagounettes ciblées (le mot « bug » se substitue à « love » au sein de refrains célèbres, genre Buuuuug, Bug-me-Do!), des moments un peu plus planants… Je ne vous le cache pas: on s’y sent comme à la maison.

 

Toujours aussi cool, toujours aussi porté sur la chose, le groupe embraie sur le Funk de fond de hamac de « Lousy Lover ». Et le morceau de prendre bientôt la forme d’un sketch où Jaymz Bee (ze singer), dans le rôle de l’éjaculateur précoce, donne la réplique à une chanteuse francophone qui a bien des reproches à lui faire. Mais même si l’envie est grande de continuer à suivre le fil de la tracklist – d’autant que les 10 morceaux se dégustent comme autant de sucreries ayant chacune leur personnalité – essayons de prendre un peu de hauteur. Hop: globalement les boogazmeries manifestent toutes une patte "Sweet Sexy Funk Sourire-en-coin" particulièrement séduisante, certains titres cultivant néanmoins leurs couleurs propres. On parle alors de plus de gouaille, de cuivres et de fraîcheur pour la reprise « Low Rider » (cf. Slave). Plus d’harmonica, de Jazz loungy et de chant à la Leonard Cohen sur « In Saunders Fields ». Plus de folie effervescente et de gourmandise sur « Five »... Ainsi de suite jusqu’à « I Think I Might Possibly Be Indecisive But Then Again I'm Not Exactly Sure » qui n’est qu’indécision, hésitations et flottement… Rigolo, mais un peu trop inconsistant comme final: c'est le seul vrai petit "dommage" de ces quarante minutes.

 

Mais vous l'aurez compris (... et sinon laissez-moi vous remettre les i sous les points): les moments forts sont nombreux au cours de ces quarante minutes. Parmi eux on s’attardera sur l’excellent « Love Bug », déjà décrit plus haut. Ainsi que sur la pure tranche de Nawak Metal « Five », dont la cocotte-minute n’arrête pas de siffler vu la forte pression cartoonesque qui s’exerce sous la surface… Sur « Mr. Big Feraro » encore, qui sonne comme une enquête où le groupe furette, fouine et fouille de la guitare et de la rythmique dans tous les recoins. Dernière grosse tuerie, « Faith Lift » fait dans le Funk Metal de combat, tendu, affûté, et en même temps diablement sexy, qui déchaîne ses trilles et ses roulements de batterie contre les vils télé-évangélistes pleins de dollars. Si le proéminent Jaymz attire évidemment tous les regards tant son micro diffuse du talent en continu, la basse de Clayton Tyson et la batterie de Bob Scott s’avèrent être les deux véritables forces de l’ombre sans lesquelles le groupe ne serait qu’un pantin désarticulé… A un tel point qu’on en oublierait presque la prestation des guitaristes, pourtant pas des manchots non plus!

 

Alors c’est pénible: ni Bandcamp, ni Deezer, ni Spotify n’abrite ce superbe album – qu’il vous faudra donc glaner en import sur Amazon ou via Discog. Mais il peut néanmoins s’écouter intégralement sur Youtube, si vous êtes curieux. Et vous feriez bien en effet de pousser la curiosité jusqu’au bout, surtout si vous êtes arrivés jusqu’à cette extrémité de la chronique. Parce que ce Boogazm conduira sans problème à l’« Eargasm » l’amateur averti de Funk Metal barré.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: du pur Nawak Funk Metal barré, à la croisée de Überband et Scat Opera (allez, on va dire ça), plein d’humour de bon goût, de basse dodue et d’énergie sensuelle. C’est le programme alléchant que vous propose Boogazm. ‘z allez pas dire Non quand même?

 

 

 

photo de Cglaume
le 28/06/2020

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