Rïcïnn - Nereïd

Chronique CD album (41:02)

chronique Rïcïnn - Nereïd

Dans un temps lointain où nous pouvions encore aller en concert, j'avais eu la joie de me prendre une belle claquasse bien sentie de la part d'Igorrr. Une fois l'intense prestation terminée, j'avais croisé rapidement la vocaliste Laure Le Prunenec, partie en quête de la fraîcheur de la bière – et du public accessoirement mais est-ce si important à côté. Outre les politesses et félicitation de rigueur, elle m'avait confié qu'elle était fière de participer au projet Igorrr tant la musique de Gautier Serre la prenait aux tripes. Point de démagogie dans ce cas-là, quiconque l'aurait vu en live pouvait constater que l'intensité tient en partie du côté habité des deux vocalistes. La récente explosion d'Igorrr en terme de réception de visibilité étant ce qu'elle est, il n'est guère étonnant de voir un chouïa plus d'exposition – même si cela reste encore timide – du projet solo de Laure, Rïcïnn, qui nous livre son second opus, Nereïd. Et lorsque l'on s'y penche, on comprend d'autant mieux en quoi la collaboration avec Gautier Serre au sein d'Igorrr est pertinente. Surtout maintenant que ce dernier nous a sorti Spirituality And Distortion tant l'on retrouve finalement un feeling global plutôt commun avec ce Nereïd quand bien on ne se situe pas tout à fait dans les mêmes sphères musicales.

 

Rïcïnn n'est donc pas du Igorrr, ce qui n'empêche pas de partager quelques similitudes. A commencer par le côté avant-gardiste global, l'omniprésence de la musique baroque dans l'équation et les textes qui n'ont littéralement aucun sens. On sent d'ailleurs de manière très ponctuelle que le registre de Gautier Serre a certainement dû inspirer certains passages (les petites touches breakcore sur « Söre » ou encore « Ëon » où l'on retrouve ce même côté tragique que « ieuD » en version plus calme et dépouillée). Il y a comme quelque chose d'Igorrr qui traînasse en toile de fond mais sans spécialement en être, sans doute dû au fait qu'il doit y avoir une démarche/sensibilité artistique finalement assez commune entre Gautier et Laure, juste que leurs univers et influences ne sont pas tout à fait les mêmes. D'où un Nereïd qui n'a pas grand-chose à voir, passé les quelques détails sus-cités. Laure explose ici les barrières que lui posait Igorrr, notamment sur le plan vocal où elle dévoile sans surprise l'étendue plutôt vaste que lui permettent ses cordes vocales – jouant certes majoritairement sur le lyrisme mais pas que. Une chanteuse de plus à placer au panthéon des caméléons vocaux, à l'instar d'une Asphodel, certains choeurs et gimmicks vocaux donnant même l'impression d'être sortis d'un Pin-Up Went Down sous prozac (la seconde moitié de « Ele », « Doris »), ou Nehl Aëlin où l'on retrouve comme un petit ADN d'univers fantasque/burtonien commun sur « J-C ». Nereïd donne globalement la part belle au chant, pouvant parfois se montrer quasi-nu sans trop d'accompagnement d'instruments (« Zéro » et « Erani », ouvrant et clôturant respectivement les hostilités), mais surtout chiadé en terme de travail multicouches avec son beau lot de chœurs,d'harmonies et de variations d'intensité aussi bien progressives qu'abruptes, une approche finalement très björkienne.

 

En terme d'accompagnement instrumental, on se situe globalement dans une musique baroque, d'approche poppesque faisant la part belle aux atmosphères et tout un tas d'autres petites subtilités polymorphes sous-jacentes comme la musique synthétique ou encore le feeling très mystique/spirituel global, très folk. Rien de bien metallique là-dedans donc, même si ça sature en de rares moments (« Artäe ») sans jamais que l'on ne vienne à rentrer dans des registres extrêmes pour autant. En terme d'avant-gardisme, on se situe là dans des frasques très accessibles : morceaux courts et même si le métissage des genres est bel et bien présent, la part belle est faite au fait que tout soit harmonieux et cohérent sans spécialement de ruptures ou changements abrupts. Et pourtant, même si Nereïd se veut bienveillant auprès de son auditeur, il n'en demeure pas moins que l’œuvre est exigeante à appréhender.

 

Il y a comme un petit quelque chose de paradoxal chez Rïcïnn : si c'est sans conteste une invitation de la part de Laure à rentrer dans son univers aussi personnel qu'intimiste et viscéral, il n'en demeure pas moins cryptique. Le fait de chanter dans une langue totalement imaginaire, inventée par elle-même y joue, doit pleinement y jouer. Difficile donc de déterminer avec exactitude les sentiments, intentions et significations. Et clairement, ce n'est pas dans ce genre d'optique que l'on doit appréhender ce Nereïd : il n'y a pas à essayer de comprendre le pourquoi la nature créative, il faut au contraire se laisser porter. Nous ne sommes ici pas vraiment invité à accompagner Laure dans sa bulle mais plutôt une invitation à voyager nous-même au sein de notre propre bulle. Ou comment rendre quelque chose d'infiniment personnel tout aussi personnel de la part de quiconque s'y investit. Et lorsque l'on est prêt à le faire et à s'y abandonner complètement, le rendu ne paraît que plus brillant. Mais surtout inclassable (et s'affranchissant de toute notation).

photo de Margoth
le 27/03/2021

1 COMMENTAIRE

Xuaterc

Xuaterc le 27/03/2021 à 19:38:21

Une très grande artiste, qu'on peut sur le dernier Spectrale aussi

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