Vulture Industries - The Malefactor's Bloody Register

Chronique CD album (44:22)

chronique Vulture Industries - The Malefactor's Bloody Register

« L’avant-garde black metal à dentelles, ce n’est pas sale », épisode 2

 

Seconde étape de mon parcours initiatico-expiatoire dans l’univers de la R&D black metal (je vous renvoie à la chronique de The Great Maddening pour le pourquoi du comment), The Malefactor’s Bloody Register se place d’emblée dans un univers visuel décalé, loin des trips « Contesse Bathory » et autres « Loup Solitaire broute des edelweiss à même la neige ». C’est plutôt du côté des livides croque-morts popularisés par Morris et son Luke le Veinard que s’aventurent les norvégiens de Vulture Industries, pour un rendu situé quelque-part entre le « Dead Man » de Jim Jarmusch et « There Will Be Blood ».

 

Par contre vous pouvez remballer direct’ cette moue sceptique: non, Vulture Industries ne donne pas dans le black country et les solos de necro-banjos, ni même dans le (très bon) western nawak metal à la Ufych. A vrai dire ce qui frappe à l’écoute de ce 2e album, c’est à quel point celui-ci pourrait être la suite logique – certes assombrie, embagousée et quelque peu fêlée – du Binocular d’Atrox. Même feeling particulier, même guitare, même démarche aventureuse décalée, et surtout: même chant clair.

 

Quoique vocalement, Vulture Industries brasse quand même bien plus large. À la voix Rune Folgerø-like précédemment évoquée, il faut en effet ajouter (entre autres) des déclamations de précieux nobliots à voix chevrotante, des shrieks, des speechs typés « Mr Loyal vous présente son Cirque des Horreurs », ou encore des tirades fiévreuses de pauvres hères au bout du rouleau psychiatrique. Bref, The Malefactor’s Bloody Register déploie tout un bestiaire gothico-théâtral où l’on croise aussi bien dandys adeptes de Sade que bourreaux corpsepaintisés. Et cette diversité est mise au service de la construction d’un univers baroque, ambitieux et inquiétant, constitué d’autant de tableaux que l’album offre de morceaux. D’ailleurs la couleur est clairement annoncée dès « Crooks And Sinners » où pantins désarticulés et poupées macabres nous invitent à les suivre sur un manège qui doit autant aux Stolen Babies qu’à Tim Burton. Puis chacun des morceaux qui suit bénéficie d’une moyenne de 6 minutes pour poser ses ambiances, et dispose pour arriver à ses fins d’une large palette instrumentale, de l’orgue Hammond au violoncelle, en passant par le saxo (sur « Hangman’s Hatch » et « The Bolted Door »). Sur « I Hung My Heart On Harrow Square » et « Crowning The Cycle », la fantasque procession s’aventure même en des terres plus psychédéliques, allant jusqu’à user de tambourin et d’accents bluesy pour envelopper les sombres complaintes du groupe de vapeurs psychotropes et de mélopées lancinantes.

Tripant.

 

Certes, arrivés à « Of Branded Blood », on se dit qu’il est tout de même judicieux que la cérémonie ne continue pas au-delà de la barre des trois quarts d’heure: en effet, bien que très fouillée et calibrée pour les oreilles de gourmets, celle-ci peinerait sans doute à nous tenir plus longtemps en haleine, l’extrême homogénéité de l’opus pâtissant à la longue d’un manque certain de pics et d’encoches tubesques auxquels raccrocher l’attention de l’auditeur. N’empêche, The Malefactor’s Bloody est un excellent album, et j’ai hâte de voir voler les vautours et se balancer les potences du Hellfest au rythme de ces 8 hymnes à la gloire de la justice expéditive….

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: prenez Atrox dernière mouture, placez le en haut d’un gibet, habillé d’une cape gothico-black, accueillant avec théâtralité les condamnés à mort sous le ciel tourmenté d’un siècle depuis longtemps révolu, et vous obtiendrez The Malefactor’s Bloody Register…

photo de Cglaume
le 12/06/2012

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