RQTN - We were...we are

Chronique CD album (39:13)

chronique RQTN - We were...we are
Le post rock est une mode dans laquelle de nombreux groupes s'immiscent et se cassent les dents. Si la scène islandaise est un modèle, les français n'ont pas grand chose à leur envier. Avec de très bons représentants, Mélatonine en tête, Rroselicoeur suivant, RQTN s'ose à présenter un premier EP de 5 titres. Le défi est de taille : passionner un public souvent jeune et avide de musiques électriques puissantes avec une musique douce, planante, dont la durée est longue et le concept basé sur les guerres de la seconde moitié du XXe siècle.

Si on se laisse embarquer par l'idée de la guerre, aidés par les documentaires ou le cinéma (y compris populaire) pour les plus historiens de ses auditeurs, RQTN réussit à transporter son auditeur. On ferme les yeux, et on écoute.

Nous sommes tout d'abord bercés par 5 notes du plus "naïf" des instruments : le xylophone. Sa douceur, est ensuite poussée par une cymbale et lancée une guitare..."Morning and handwritten letters" avance doucement, marquée par des breaks relevés par des violons, le ton est donné, l'introduction d'un piano ajoute au ton dramatique dans devenir trop poussif. Les images se créent, les plus cinéphiles revoient alors ces romances sur fond de guerre (Pearl Harbor, Autant en emporte le vent pour citer les plus populaires), les autres s'attacheront aux "histoires" qui font l'"Histoire".
8 minutes qui passionnent avec pour fil rouge ce xylophone spleenant.

"Of course they all died" a un caractère plus tranchant, chaque coup de l'introduction porté sur un tom de la batterie sonne comme un couperet, l'accélération de cette dernière offre une nouvelle vision. On referme les yeux.
L'introduction est un réveil difficile révélant un bombardement lointain, un homme se retrouve seul au milieu d'un territoire de désolation, les images de la veille se recréent...Courir, se cacher, avoir peur, attendre, penser aux siens. Au bout de quelques minutes tout se calme, seule la guitare demeure...Les violons arrivent. Le temps de contempler le paysage désastreux laissé par la bataille de la veille. Les cymbales frémissent, la basse vrombit, le xylophone retentit, les coups sur la batterie se font plus francs laissant tout les sentiments se mêlés, entre crainte et tristesse.
On contemple et une autre course commence...celle du retour vers les siens.

"She left me when I was on the battlefield" est quelque peu plus simpliste. Un piano, un sample de pluie. On se laisse de nouveau entrainer avec pour seul indice le titre. Juin 44, en Normandie la bataille fut rude, de jeunes hommes qui sont partis de chez eux depuis deux ans sont sur une terre qu'ils ne connaissent pas pour libérer une population qui n'est pas la leur. A l'arrière ils reçoivent enfin une lettre qu'ils lisent sous une pluie battante...Celles à qui ils tenaient et pour qui ils pensaient rentrer ne les a pas attendus.
Musicalement, bien que l'image soit facile à créer, on est déçu par le minimalisme, mais pas par sa portée mélancolique du titre.

"All my feelings were fake" s'annonce bien plus complexe, les images ne se créent pas, les sentiments se bousculent, on observe une véritable évolution grâce à la guitare, l'inclusion discrète d'un cuivre en sourdine. La mélodie est une trouvaille rare, la tranquille arrivée des violons hisse ce titre à un haut niveau émotionnel.

"Passing out the front of us" s'ouvre sur une batterie plus agressive et un clavier "psychedelisant", le chant s'invite pour la première fois dans cet ep. Le ton, le rythme peut rappeler un "Jesu" inspiré et bavard. Comme pour clore cet ep et son concept, RQTN achève son œuvre avec ce que l'on pourrait imaginer, comme une histoire racontée a posteriori à ses proches ou des réminiscences nocturnes d'un traumatisme dont on ne sort pas indemne...comme avec cet EP.

We were...we are est simplement une réussite. Un amoureux de musique émotionnelle accrochera s'il se penche le temps d'une écoute sur le cas RQTN, qui derrière ses 4 lettres, cache une inspiration, un charme et un talent tout simplement indéniables.
photo de Tookie
le 25/05/2008

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